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Cinéma

Saïd Taghmaoui/ De la Haine A Hollywood

 

Saïd TAGHMAOUI/ De La Haine A Hollywood

 

 

La main posée, il semble regarder par la fenêtre. Il observe. Ce qu’il aperçoit ne lui plait pas. C’est peut-être un braqueur ou une sentinelle à la recherche du moindre scintillement qui pourrait lui révéler la présence d’un tesson de bouteille, d’une infanterie du GIGN ou l’approche d’une très mauvaise nouvelle.

 

Ses cheveux noirs lisses et plaqués, sa petite moustache, sa peau basanée et son profil lui donnent une allure d’homme grec. L’Homme grec des Mythologies. Celui des péplum mais aussi celui des grands philosophes et des grands orateurs. Ceux qui ont contribué au rayonnement de la pensée humaine il y a des millénaires et que l’on continue d’étudier et de citer encore aujourd’hui. Y compris au sein des élites. Dans les grands Ministères. A côté de toutes celles et tous ceux que l’on nomme.

 

Lorsque l’on veut faire peur à toutes sortes de boxeurs, de rappeurs ou de personnes que l’on tient à amadouer. Que ce soit sur une scène politique, lors d’un combat ou lors d’une phase de séduction car tout cela se ressemble.

 

Lorsque l’on veut faire savoir que, nous aussi, on a des titres et du potentiel.

 

Ni magistrat, ni petit bras, son registre, c’est le cinéma.

 

A l’origine, et pendant longtemps, il n’a pas été aidé. Famille nombreuse d’origine marocaine. Famille modeste et croyante appliquant à la lettre les préceptes de la religion. Le père s’use au travail pour peu d’argent. La mère reste à la maison. Cité de banlieue précaire. Un frère aîné aimé mais héroïnomane qui mourra du Sida. Une personnalité « hyperactive » et souvent incomprise de ses propres parents. Une scolarité vite prise en défaut sur le modèle du titre du Rappeur Oxmo Puccino :

 

Peu de gens le savent  (interlude) où l’on peut entendre, parmi d’autres, cette phrase

 

« Tu veux faire quoi, avec un BEP ?! Combien de millionnaires ont un BEP ?! » ou celle-ci

« Un BEP chaudronnerie ?! Tu veux faire quoi avec un chaudron ?! ».

 

 Il a alterné vols d’autoradio, gardes à vue, Tags (sous le pseudo Airone), Rap, rencontres, multiples boulots tels chef de rang ou autre emploi manuel avec des rôles au cinéma. 

 

 

Puis, il a fini par se stabiliser. S’il avait été blanc de peau, à ses débuts, on l’aurait comparé à une époque à un Nicolas Duvauchelle ou à tout autre ex-jeune voyou du cinéma français lors de ses débuts (Depardieu, Dewaere, Léotard, Lanvin…).  

 

« Mais », pour les autres, et aussi pour lui-même, c’est un Arabe. Un de la « pire espèce » : des cités, peu éduqué. C’est  un « physique », dans le sens où c’est davantage un instinctif et un affectif qu’un intellectuel. Et qu’il a d’abord été beaucoup chargé en Rap et en roue arrière sans casque. Il a connu ou été témoin de ce qui peut se décrire de pire dans une cité. Une de plus. Une de trop.

 Il a été ou il est encore un Arabe sans filtre comme on pourrait le dire d’une cigarette à forte concentration nicotinique.

 

Comparaisons/ comparutions

Alors, comparons-le à ses « cousins » et « frères » (masculins, donc) acteurs arabes ou d’origine arabe. Dans son livre, il ne cite pas ces autres acteurs et réalisateurs arabes ou d’origine arabe. C’est moi qui prends l’initiative de citer ces acteurs et ces réalisateurs.  Autant pour réviser. Que pour mieux « le » situer dans une généalogie approximative de l’apparition des acteurs masculins arabes ou d’origine arabe ces trente ou quarante dernières années dans le cinéma français. Cette généalogie, et les rôles attribués, pourraient bien-sûr permettre un début d’analyse de l’évolution de l’image de l’homme arabe ou d’origine arabe dans le cinéma et la société française. Mais je ne pourrai pas le faire dans cet article.

 

Ces acteurs et ces réalisateurs que je vais citer, je les ai tous vus, regardés, dans un ou plusieurs films. J’en ai même interviewé deux : Sami Bouajila et Roschdy Zem pour le mensuel Brazil pour la sortie du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb (réalisé en 2010). Du reste, j’avais aussi interviewé Rachid Bouchareb à propos de ce film.

 

 

« Lui », Il s’est fait connaître sur grand écran dix ans après Le Thé au harem d’Archimède (1985) de Mehdi Charef. Dans ce film de Charef,  Kader Boukhanef avait un des deux rôles principaux aux côtés de Rémi Martin.  

 

 

 

Roschdy Zem, Sami Bouajila et Zinedine Soualem l’ont précédé de quelques années. Michel Polnareff, aussi. ( Bien-sûr, Polnareff n’est ni acteur ni arabe. Et, alors ?!).

 

Je devrais citer Simon Abkarian parmi ceux qui l’ont précédé sur grand écran « mais », sans vouloir l’exclure, Abkarian est d’origine arménienne.

 

Il est plus ancien sur grand écran que Rachid Djaïdani, Reda Kateb, Samir Guesmi, Tahar Rahim ou Karim Leklou.

 

Le premier Taxi de Luc Besson qui avait fait connaître Sami Nacéri mais aussi Marion Cotillard au grand public ? 1998. Trois ans après lui.

 

 

 

L’acteur et réalisateur Jalil Lespert ? 1998 (Nos vies heureuses de Jacques Maillot) ou 1999 (Ressources humaines de Laurent Cantet).

 

Le film Le Ciel, les oiseaux… et ta mère de Djamel Bensalah, premier grand succès cinématographique de Jamel Debbouze ? 1999.

 

L’acteur/réalisateur Rabah Ameur-Zaïmèche ? 2002 avec le film Wesh Wesh qu’est-ce qui se passe?

 

Mehdi Nebbou ? 2005 dans Munich de Steven Spielberg ou 2007 dans Truands de Frédéric Schoendoerffer.

 

Tomer Sisley ? 2006 pour Toi et moi de Julie Lopes-Curval, 2007 pour Truands de Frédéric Schoendoerffer et, bien-sûr, 2008 pour Largo Winch de Jérôme Salle.

 

Slimane Dazi ? 2009 dans Un Prophète de Jacques Audiard.

 

 

Désormais, il a un CV assez chargé. Et international. Plus cinématographique que judiciaire. ( Les Rois du Désert, Wonder Woman, John Wick, Ali Zaoua prince de la rue….) Ça dure comme ça depuis un peu plus de vingt ans, mais en France, personne ne le « connaît ».

 

 

La Haine

 

Personne ne le connait ?! Sauf pour le film La Haine réalisé par Matthieu Kassovitz en 1995.

 

.

Dans son livre, cela en devient comique lorsqu’il relate le nombre de fois, où, dix voire vingt ans plus tard, après l’avoir vu dans La Haine, des grands noms du cinéma américain ( réalisateurs, producteurs) pensent à lui pour un rôle dans leurs projets.

 

 

1995, c’est vraiment loin. Par exemple, c’est quatre années lumière avant le premier volet du film Matrix des ex-frères Wachowski. C’est avant l’an 2000. Avant les attentats du 11 septembre 2001. Avant Ben Laden. Et, bien avant que Kassovitz ( le même) ne se fasse connaître par son rôle de l’agent Malotru dans la série ( cinq saisons) de Le Bureau des Légendes. Avant que Vincent Cassel (Vinz, dans La Haine) ne tourne avec le réalisateur David Cronenberg (Les promesses de l’ombre en 2007) puis ne joue Mesrine, ex ennemi public numéro 1 dans les deux films réalisés par Jean-François Richet en 2008 : L’Instinct de mort et L’Ennemi public numéro 1.

Hubert Koundé (un acteur noir) l’autre « héros » de l’aventure cinématographique, commerciale et sociétale du film La Haine est encore plus mal loti que lui. Car, aujourd’hui, qui connaît Hubert Koundé au cinéma ?

 

Lorsque le film La Haine était sorti au cinéma en 1995, je n’avais rien fait pour aller le voir. Je me rappelle de l’éclat médiatique du film. Des prix. Du fait que ce film avait propulsé la carrière de Kassovitz et de Cassel. Mais, aussi, que Joey Starr, du groupe de Rap NTM avait qualifié Kassovitz…. « d’opportuniste ».  

 

Plus j’avais entendu parler du film- et on en avait beaucoup parlé- et moins j’avais eu envie d’aller le voir. Aujourd’hui, on compare facilement La Haine (1995) avec Les Misérables de Ladj Ly (2019).

 

Cependant, les émeutes en banlieue en 1995 puis en 2005 avaient et ont donné d’autant plus de crédibilité à La Haine.

 

J’ai regardé La Haine bien plus tard (il y a moins de dix ans). Je lui préfère pour l’instant largement Le thé au harem d’Archimède qui lui est antérieur de dix ans. Cependant, il est indiscutable que La Haine a été dans le cinéma français l’équivalent du Rap dans la chanson et dans la société française. Peut-être que Joey Starrn’aurait pas eu la carrière cinématographique et théâtrale qu’il connaît, à juste titre, depuis des années maintenant, sans un film comme La Haine….

 

Les ricochets de La Haine blessent certains et en bénissent d’autres… de reconnaissance.

 

Littérature

Son livre a une faible teneur en littérature. Cependant Saïd Taghmaoui témoigne. 

 

Je n’ai pas arrêté de parler de lui depuis le début de cet article. Même si j’ai cité beaucoup d’autres personnes qui sont désormais connues en France et ailleurs.

 

Dès que je suis tombé sur son livre dans la librairie, il y a quelques semaines, je l’ai acheté. Je connais mal sa filmographie. Mais, plusieurs années après La Haine, j’avais été étonné d’apprendre, au travers d’articles, que sa carrière d’acteur continuait. A l’étranger. Grâce à ses dons, découverts par hasard, pour apprendre des langues étrangères. Mais, aussi, parce qu’ailleurs, on le regardait d’abord comme un acteur capable. Et non comme une photocopie de clichés ou de l’Arabe de la cité.

 

Je l’avais vu dans Confession d’un dragueur (2001) réalisé par….Alain Soral avec Thomas Dutronc. J’avais été marqué par une réplique qu’il faisait à Thomas Dutronc qui confiait, déjà, que son image, quoiqu’il dise, passerait moins bien que celle de Dutronc, homme blanc. Et fils « de ».

 

J’avais oublié que ce film avait été réalisé par le Soral aujourd’hui ouvertement raciste et au moins antisémite. Taghmaoui dit sans ambigüité qu’il est aux antipodes des pensées racistes de Soral.

 

Notoriété et normalité

Notoriété et normalité sont incompatibles nous apprend-il. Nous en entendons parler de temps à autre dans les journaux à potins ou sur divers réseaux sociaux. Mais il nous donne quelques exemples. Il nous parle aussi de certaines désillusions connues avec des acteurs ou des réalisateurs qu’il considérait comme des « frères ». De la difficulté de s’ouvrir à une vie affective comme il a pu le faire avec sa carrière d’acteur.

Taghmaoui est peut-être du genre hérissé. Pas évident à approcher. Et, il est possible que dans ces désillusions amicales qu’il raconte, il ait pu être difficile de lui faire accepter certaines règles ou certaines limites. Néanmoins l’envers du décor de certaines vedettes qu’il raconte est crédible dans ce monde trait d’artifices qu’est le cinéma.

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 24 juin 2021

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Projet d’annonces II pour Tinder et ce genre de sites ou Prince Charmant

 

 

Projet d’annonces II pour Tinder et ce genre de sites ou Prince Charmant

 

Vous avez été nombreuses et nombreux à réagir à mon précédent article intitulé Projet d’annonces pour Tinder et ce genre de sites . Et, cela, ne serait-ce que dans ma tête ! Je me serais presque cru dans un stade de Foot ou dans une salle de concert remplie de la taille de l’Arena Défense. J’attends donc que tout le monde se calme, se taise, se mette en rang et se tienne par la main. Car j’ai une annonce à vous faire. Maintenant que je me sens une soudaine très haute responsabilité….

 

 

 

Franck Unimon, mercredi 16 juin 2021. 

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Projet d’annonces pour Tinder et ce genre de sites

 

            Projet d’annonce pour Tinder et ce genre de sites ou Prince Charmant

Comme j’ai un peu de temps devant moi, je me suis dit que j’allais m’essayer à un projet initiatique d’annonce pour Tinder et ce genre de sites d’annonces.

 

Ce n’était pas prévu.  J’ai eu quelques idées qui me sont arrivées alors que j’étendais le linge, chez moi, en faisant bien attention aux plis. ça (les idées) m’a fait rire. Je me suis dit qu’ensuite, j’allais l’enregistrer. En plus, comme ça, cela me permettra d’accélérer mon débit de voix, de parler plus fort. Et de m’animer. Ça changera. Je suis tellement mort, d’habitude. Presqu’un fantôme….

 

 

Franck Unimon, ce mardi 15 juin 2021. 

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Croisements/ Interviews

Bilan de mes articles les plus lus

 

                                 Bilan de mes cinq articles les plus lus

J’ai traîné pour faire le bilan des cinq articles les plus lus, à ce jour, sur mon blog.

 

Même si vous êtes encore des milliers et des milliers et des milliers à ne pas lire mes articles, et que j’aurai sans doute tout oublié d’aujourd’hui lorsque vous le ferez, ce n’est pas une raison pour que je minimise ce que ce bilan me permet de découvrir, aujourd’hui, ce mardi 15 juin 2021.

 

Par ordre décroissant, voici les cinq articles actuellement les plus lus sur mon blog, balistiqueduquotidien.com :

 

 Arts Martiaux : un article inspiré par Maitre Jean-Pierre Vignau   

 

Jacques Bral, l’indépendant

 

Interview des apnéistes Julie Gautier et Guillaume Néry en 2016

 

4 ) Redemption Day

5) Marche jusqu’au viaduc

 

Et, en sixième position, on trouve Préparatifs pour le stage d’apnée à Quiberon, Mai 2021  

 

La première « place » de l’article consacré à Maitre ou Sensei Jean-Pierre Vignau déboute certains principes.

 

On m’a dit et répété qu’il vaut mieux écrire court. Les gens veulent lire du court. Du rapide. Ou voir des images.

 

J’aime les images. Je peux écrire court. Mais lorsque je suis inspiré. Si je suis inspiré….

 

Cet article consacré à Maitre Jean-Pierre Vignau est un article long. Plus de 4000 mots. Quelques photos. Pas de vidéo.

 

Il y a sans doute un lectorat, déjà acquis à Maitre Jean-Pierre Vignau (Il enseigne le Karaté), qui a lu cet article et a su le trouver car correctement relayé. Néanmoins, le contenu, aussi, de cet article et le contexte de sa publication y est peut-être aussi pour quelque chose.

 

Après la sortie et le succès de son film Gravity,  le réalisateur  Alfonson Cuaron avait dit dans une interview quelque chose comme  :

 

«  Ce n’est pas parce qu’un film a moins de succès qu’il est moins bon ». De Cuaron, je garde un souvenir particulier de son film Les Fils de l’homme. Un film passé pratiquement inaperçu et sous-estimé à sa sortie.

 

Concernant les articles de mon blog, malgré leurs défauts, je me dis aussi de temps à autre, que même s’ils sont beaucoup moins lus qu’ils le pourraient ou le « devraient », que cela ne signifie pas qu’ils soient moins bons qu’un certain nombre de commentaires  lus et relus ailleurs des milliers ou des millions de fois.

 

Pour écrire cet article consacré à Maitre Jean-Pierre Vignau, je m’étais déplacé jusqu’à chez lui en voiture. En m’affranchissant de la restriction kilométrique imposée pour causes de Covid. Ni Jean-Pierre ni sa femme, ni moi, n’avions ensuite contracté le Covid. Nous avions bien-sûr respecté certaines règles. Je n’ai serré la main à aucun des deux. Ni embrassé. Et, je me tenais à un bon mètre de Jean-Pierre.

 

Mes deux passages chez eux, en banlieue parisienne, puis dans son club, à Paris, ont sans doute inspiré à Jean-Pierre une certaine sympathie pour mon personnage. Car, depuis, il arrive, qu’assez régulièrement, il me laisse un message téléphonique. Pour avoir de mes nouvelles. Et de ma fille. Et pour s’assurer que tout va bien chez moi. Je le rappelle ensuite et lui laisse, à mon tour, un message téléphonique.

 

A mon deuxième passage chez lui, j’avais raconté à Jean-Pierre avoir croisé récemment par hasard Maitre Léo Tamaki ( Maitre d’Aïkido) près des Galeries Lafayette, à Paris. Aussitôt, Jean-Pierre m’avait dit : «  Il n’y a pas de hasard ». Et, Jean-Pierre m’avait donné le numéro de téléphone personnel de Maitre Léo Tamaki. Il est prévu que je l’interviewe prochainement.

 

On peut donc dire que c’est une belle rencontre que j’ai faite avec Maitre Jean-Pierre Vignau.

 

Une autre sorte de rencontre :

 

Le deuxième article, consacré au réalisateur Jacques Bral, est une autre sorte de rencontre. C’est la rencontre avec sa mort. Sachant que rencontrer la mort d’un autre, c’est souvent, se rencontrer soi-même aussi.

 

Je n’étais pas supposé être présent à l’enterrement de Jacques Bral, au cimetière du Père Lachaise. Mais il se trouve que j’ai appelé ce matin-là, Jamila Ouzahir, l’attachée de presse. Comme ça. Par sympathie. J’étais dans ma voiture. Et, c’est là qu’elle m’a appris que Jacques Bral, dont j’avais appris le décès par la presse quelques jours plus tôt, allait être enterré (incinéré, plutôt) vers 10h.

 

Le peu que j’avais compris de Jacques Bral à travers un de ses films, m’a convaincu de venir.

Mais, alors que j’écris, je trouve que Jacques Bral, l’indépendant, cela va très bien, aussi, à Maitre Jean-Pierre Vignau. Il m’est bien sûr impossible de savoir si les deux hommes s’étaient rencontrés, s’ils se seraient entendus. Mais, l’un comme l’autre me semblent faits de cette absence de compromis qui les ont rendus ou les rendent indépendants.

 

Et, d’une façon ou d’une autre, même si je suis sans doute moins radical qu’eux, et sois aussi moins « connu » qu’eux, il est probable, qu’à ma façon, je sois, aussi, un indépendant.

 

Interview des apnéistes Julie Gautier et Guillaume Néry :

 

C’est une interview ( filmée) dont je reste très content. Cette interview dit tellement de choses. Et, grâce à Eddy Brière, elle est si bien réalisée techniquement. J’ai aimé le fait qu’Eddy et moi nous soyons très bien complétés. C’était et c’est à ce jour le seul travail que nous avons faits ensemble depuis l’expérience journalistique pour le mensuel de cinéma Brazil qui nous avait permis de nous rencontrer : C’était, Place d’Italie, pour l’interview de l’acteur Reda Kateb à propos de son rôle dans le film Qu’un seul tienne et les autres suivront  de Léa Fehner.

L’acteur Reda Kateb. Une des photos que j’ai prises de lui, ce jour où je l’ai interviewé, Place d’Italie, pour parler du film « Qu’un seul tienne et les autres suivront » de Léa Fehner. Interview effectuée pour le mensuel papier « Brazil ».

 

Auparavant, Kateb s’était fait connaître dans Un Prophète d’Audiard ainsi que dans la série Engrenages.

 

Depuis  cette interview de Julie Gautier et de Guillaume Néry, l’apnée est devenue une pratique plus courante pour moi. Je  me suis ensuite inscrit dans un club, à Colombes. J’ai parlé un peu de mes expériences d’apnéiste. En particulier dans l’article Préparatifs pour le stage d’apnée à Quiberon, Mai 2021, sixième de la liste de mes articles les plus lus.

 

L’apnée a pour moi des points communs évidents avec les Arts Martiaux. Ne serait-ce que pour et par la respiration. La mort, aussi, d’ailleurs, si je fais un peu d’humour noir.

 

Je vais moins m’attarder sur l’interview de Julie Gautier et Guillaume Néry parce qu’ils ont moins besoin de couverture médiatique que mes articles ou les autres personnes que je peux citer dans un certain nombre de mes articles.

 

Mais leur interview reste selon moi une très bonne interview. Et, je ne serais pas surpris d’apprendre un jour que cette interview soit l’une des meilleures qui ait été faite d’eux, ensemble. En outre, habituellement, on interviewe « seulement » Guillaume Néry. Alors que, moi, j’ai tenu à ce que sa compagne, Julie Gautier, soit présente lors de l’interview. Il était évident pour moi que cela donnerait un plus. Et, c’est plus que le cas.

 

Redemption Day

 

Cet article sur le projet de film de Hicham Hajji m’avait été demandé par Jamila Ouzahir. «  Comme un service ». Service rendu. Si je peux, en quelques lignes, rendre service, je le fais. Je ne sais pas où en est le projet. Hicham Hajji, d’origine marocaine, a tenté l’aventure hollywoodienne, mettant en hypothèque sa maison, je crois. Faire son possible pour réaliser son rêve, je crois que cela justifie un petit coup de pouce. Si, d’une façon ou d’une autre, avec mon article, j’ai pu donner un (tout) petit coup de pouce à Hijam Hajji dont le rêve est de devenir réalisateur de cinéma, je le donne.

 

Marche jusqu’au viaduc :

 

Mon article peut-être le plus remuant. Peut-être, aussi, l’un de mes meilleurs.

 

Des larmes me montent aux yeux alors que j’écris. Pourtant, je n’ai plus touché à cet article depuis un moment. J’ai écrit bien d’autres articles depuis. Mais, c’est instinctif. Pour parler de ce fait divers survenu dans ma ville, à Argenteuil, le 8 mars dernier, je me suis fait reporter, ce que j’étais déjà sans doute. Mais, aussi, plus que ça :

Père, témoin, victime, éducateur, passeur…..

 

Passeur de quoi ?

 

Cet article-là, je l’ai écrit sans filet. Vraiment sans filet. C’est un très grand article. Très bien écrit. Mais il ne devrait pas. Il n’aurait pas dû. Mais, à tout prendre, alors que le meurtre avait eu lieu, autant, si possible, écrire « bien » les choses. Sans détourner les yeux. Sans banaliser l’événement.

 

Il y a quelques jours, encore, alors que nous sortions du déconfinement et qu’il faisait beau, j’ai repensé aux parents de la jeune Alisha. Comme elle devait leur manquer par ces beaux jours. Je crois que lorsque l’on perd son enfant, ce serait plus simple si, dehors, il faisait moche et pleuvait tout le temps. Alors que, là, il faisait beau et il continue de faire beau. Et, les gens, et c’est bien normal, sont contents.

 

Lorsque j’ai mis Marche jusqu’au viaduc, sur ma page Facebook, il a eu un succès inhabituel. C’est aussi un article long. Mais, pour une raison un peu surprenante, plusieurs personnes l’ont lu et ont fait des commentaires pour l’approuver. Bien plus que pour mes autres articles en général.

 

Donc, en regardant ce « Top 5 », parmi mes articles, je me suis dit :

 

« Voici ce qui le marche le mieux pour mes articles dans mon blog. Voici là, où, je suis le mieux inspiré apparemment : Les Arts Martiaux, le cinéma, L’apnée, Un fait divers, une interview ».

 

Il n’y a pas de règle ni de recette pour réussir. Mais dans avec ces thèmes, soit il y a un lectorat prêt à venir, soit j’écris de manière suffisamment attractive pour que cela donne envie de lire mes articles.

 

Franck Unimon, ce mardi 15 juin 2021.

Du côté de Quiberon, Mai 2021.

 

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Erykah Badu

 

           Erykah Badu

 

 

Ses albums sont placés derrière les barreaux depuis plusieurs années maintenant. Parfois vingt.  Pourtant, ils continuent de nous libérer. Pourtant leurs canons ont fait et continuent de faire la jeunesse d’artistes que l’on écoute aujourd’hui.

 

Quand on est jeune.

 

Si le corps essuie et colmate avec des rythmes les gestes qui, dans la vie courante, nous manquent ainsi que les bruits que l’on cache et qui nous braquent, notre esprit, lui, détruit ou non, est la gomme qui efface les distances entre les œuvres et nous.

 

Plus jeune, j’avais entendu parler d’Erykah Badu. Je l’avais écoutée. Sûrement en regardant et en écoutant d’autres plus jeunes qui écoutaient les Fugees, Macy Gray, Kelis, Alicia Keys et sont probablement, aujourd’hui, passés à autre chose.

 

Autre chose.

 

Moi, le vieux, depuis peu, je réécoute ses albums. J’en ai emprunté à la médiathèque près de chez moi. J’en ai un acheté un, neuf, vendredi, à une femme d’une trentaine d’années, enceinte de plus de six mois, à Mairie de Montreuil, près d’un marchand de fleurs. Le lieu du rendez-vous avait été choisi par la vendeuse. Deux ou trois jours  plus tôt, j’avais commis un impair. Trop attaché à ce que j’écrivais, j’avais pris trop de retard. Mais, cette fois, j’avais plus d’une demi-heure d’avance. Je lui ai de nouveau présenté mes excuses. Je lui ai donné un peu plus que ce qui était prévu pour le disque. J’ignorais qu’elle était enceinte.

 

Aujourd’hui, j’entends autrement les titres d’Erykha Badu. Je croyais pourtant qu’avec les ans, on devenait sourd. Peut-être pas. Je repense à mon père, tiens. Le premier amateur de musique que j’ai connu. Pourquoi, vers ses quarante ans, a-t’il arrêté d’acheter des disques comme d’écouter de la musique à la maison ? Lui, qui était allé jusqu’à acheter des magazines de musique spécialisés tels Rock & Folk et Best. Des magazines dans lesquels des critiques, qui se dévouent à la musique, passent leur vie à en écouter, à aller à des concerts, à rencontrer des artistes. Puis, à en parler et à donner envie de les écouter et d’en discuter avec d’autres.

 

La musique, ça a à voir avec la vie mais aussi avec notre enfance et notre jeunesse. Alors, mon père a-t’il arrêté de vivre vers ses quarante ans comme beaucoup d’autres ? Ou a-t’il considéré que tout cela était anecdotique et coûtait trop d’argent pour si peu d’épanouissement ?

 

On arrête tous de faire quelque chose à un moment ou à un autre, de notre vie. Mentir. Vomir. Sucer son pouce. Faire du sport. Sortir. Rire de tout.

 

Certaines personnes nous expliqueront que cela correspondait à une étape de leur vie. Et que tout cela appartient désormais au passé. Mais est-on toujours obligé de le croire ?

 

A quarante ans, néanmoins, j’ai arrêté d’aller danser. De danser. Je me sens un peu fautif. Surtout envers ma fille. Enfant et ado, j’ai des souvenirs de soirées antillaises (mariages, baptêmes, communions) où beaucoup de gens dansaient, discutaient et mangeaient pendant des heures dans des grandes salles. Et, parfois, deux ou trois se bagarraient. Je me suis raconté des histoires, certains soirs, à regarder tout ce monde. Mais j’ignorais que ce que je voyais et entendais était exceptionnel. Ce que nous voyons et entendons peut être exceptionnel. C’est nous, qui l’oublions.

A ces soirées, je n’ai pas pris de notes. Je n’en prenais pas. Je n’ai rien filmé. Je n’avais pas de caméra. Je n’ai pas pris de photos. Et les quelques photos qui ont été prises l’ont été par d’autres regards et d’autres intentions. Mais j’ai appris à gesticuler. Ou à…danser.

 

 

J’ai été un peu triste, lorsqu’un jour,  un petit a demandé à sa mère si, à leur mariage, elle et son père, avaient dansé. Elle a répondu un peu gênée, intimidée par cette question posée en public, comme si le sujet était osé :

« Non, on n’a pas dansé ». Elle avait une trentaine d’années et était plutôt d’un abord avenant. C’était au conservatoire d’Argenteuil, au Val d’Argenteuil. J’avais emmené ma fille à son cours de danse. A son cours d’initiation à la danse et au chant. On emmène au conservatoire nos enfants pour qu’ils apprennent ce qui a pu et peut s’apprendre dans les soirées voire entre copains et copines. Ou chez la tante, le grand-père ou avec la cousine ou le cousin.

 

Je ne sais pas quoi penser de ma « défection » à propos de la danse. Si ce n’est que, certaines fois, je me dis que j’en ai assez de répéter les mêmes gestes. Pourtant, je n’aime pas penser que, pour moi, la danse, c’était l’armée. On danse aussi pour arrêter d’être des bêtes traquées.

 

J’ai peut-être eu moins besoin de m’échapper. Et, aussi, celles et ceux que je fréquente désormais sont plus installés dans leur vie et davantage portés sur la parole. Ou, souvent aussi, quand même, nous parlons des mêmes…. sujets.

 

J’imagine qu’Erykah Badu, même si son dernier album a quelques années, a continué de danser et de chanter. Si une Me’Shell Ndégeocello ou une Björk ont pu se mettre en danse sur scène, cela se passait autrement pour Miles Davis. Par contre, j’ai appris qu’Erykah Badu avait dirigé la réédition d’albums de Fela. Mon père avait un de ses albums à la maison. Mais il ne le mettait pas souvent. Et il n’achetait plus de disques lorsque Kassav’ a émergé. Et encore moins lorsque d’autres artistes de zouk sont ensuite arrivés tel Jean-Michel Rotin qui fait partie des anciens, maintenant.

 

Comme Erykah Badu.

 

Rimshot, en concert, a été le titre qui a reposé Erykah Badu sur mon atlas musical. Et, tout cela, suite à un stage d’apnée à Quiberon, en Bretagne, avec mon club le mois dernier. Parce-que j’ai fait des photos. Et qu’ensuite j’ai fait deux  diaporamas, un long et un court, et qu’à chaque fois cette chanson d’Erykah Badu a été celle que j’ai mise au premier plan.

 

De l’apnée en Bretagne, et, aussi, de la chasse sous-marine, à Erykah Badu. Nos directions et notre façon d’écouter la vie restent assez imprévisibles. Notre façon d’écouter, surtout. Car, souvent, le reste suit. A plus ou moins long terme.

 

Franck Unimon, ce dimanche 6 juin 2021.  

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Pour les Poissons Rouges

Célébrités

 

                                                     Célébrités

Un jour, toutes ces personnes que j’ai aimées écouter,  regarder, ainsi que leurs œuvres. Qui m’ont guidé, protégé et aidé à me décider. Que j’ai souvent- ou toujours- placées au dessus de moi, de mes idées. Grâce auxquelles j’ai fait mes choix, me suis fâché, ai évolué.

 

Toutes ces personnes que je n’ai jamais rencontrées. Avec lesquelles je n’ai pas vécu. Auxquelles je ne me suis pas confronté. Toutes ces statues.

 

Toutes ces personnes, religieuses, politiques, artistes, intellectuelles, riches, charismatiques et belles, un jour, je m’apercevrai qu’elles n’ont pas existé. Et que, depuis le début, c’est moi et le plus grand nombre qui les avons fait vivre, rendus vibrants et exceptionnels. Elles, elles se sont présentées ou avait déjà été mises là par d’autres, avant nous, qui les avaient fait vivre, entretenues, et nous avaient ensuite passé le relais.

 

Sans toutes celles et tous ceux qui nous ont précédés et qui les ont fait vivre, il ne serait resté que des ruines ou quelques échos migratoires plus ou moins persistants.

 

C’est par ce genre de mystère que nous pouvons aussi réaliser certaines inventions. L’observation et l’imitation ne sont pas les seuls moyens dont nous disposons pour inventer. La projection, le fait de se protéger en l’autre, de confondre « Je » avec « toi » ou « Je » avec « nous », est un de nos plus grands pouvoirs.

 

Il nous distingue, pour l’instant, de beaucoup d’espèces. Grâce à lui nous pouvons nous diriger. Nous propulser dans l’espace et aussi ailleurs. Car il peut, aussi, nous rendre, très fous :

 

C’est à dire, connus du plus grand nombre.

 

Franck Unimon, dimanche 6 juin 2021. 

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Corona Circus Croisements/ Interviews

Un supermarché pour tout

 

Un supermarché pour tout

Ce matin, je suis retourné dans un Décathlon. Je cherchais des mitaines pour faire du vélo. Les miennes commencent à être usées. Et un short, tendance cuissard, pour faire du vélo.

 

Aujourd’hui, on peut se rendre dans une enseigne de cette chaine – Décathlon– de grands magasins de sport comme chez le boulanger ou le marchand de primeurs. Trente ans plus tôt, dans les années 60, cela eut été inconcevable. C’était un autre monde.

 

C’est pareil pour certaines grandes enseignes de bricolage. Et d’autres enseignes telles que la Fnac qui agrège librairie, informatique, photographie, produits high tech, Cds, Blu-rays et autres. Il y a aussi Darty. S’y rendre est une formalité.

 

On entend encore parler de la mort des petits commerces et de l’artisanat. Mais on n’est pas à ça près. D’abord, on fait avec ce qui se trouve à proximité, ce qui est moins cher et le plus pratique. Les supermarchés offrent des grandes quantités, de la variété. Et nous sommes preneurs. Je suis preneur.

 

Avant d’aller à Décathlon, j’ai confié mon vélo à un petit magasin de cycles qui a ouvert à quelques minutes de là, il y a quelques mois :

La Roue Liber.

 Pour des nouveaux patins de frein. J’ai préféré passer par un petit magasin à une chaine telle que Décathlon. Ceci afin de soutenir un peu économiquement les petits commerces.

 

Je m’échappe de plus en plus des grandes surfaces. Sauf quand je n’ai pas le choix.

 

Dans le petit magasin de cycles, La Roue Liber,  j’ai été étonné lorsque celle qui m’avait accueilli m’a demandé :

« Vous voulez boire, quelque chose ? ». J’étais en train de refermer mon sac à dos et j’allais partir à Décathlon.  

 

J’ai accepté de prendre un verre d’eau. En me l’apportant, cette même personne m’a dit :

 

« Vous pouvez aller vous asseoir sur la terrasse. C’est à nous ». Devant le magasin de cycles, se trouve en effet une petite terrasse. Près de la route. Donc, à portée des pots d’échappement des voitures des rues parisiennes. Mais, lorsque l’on passe du temps à Paris, on est immunisé contre ce genre de paradoxe. Et puis, une telle proposition détonait dans,  pratiquement, toute ma vie de consommateur. 

 

Alors, mettons-ça sur le fait que ce magasin de cycles vient d’ouvrir. Qu’il se constitue sa clientèle. Et que dans d’autres commerces, telles les concessions automobiles ou certains opticiens, on fait aussi ce genre de proposition.

 

Après mon verre d’eau, je suis parti vers la grande enseigne du sport (Décathlon). J’avais à peine fait quelques mètres que je suis passé devant une pâtisserie tenue par un couple japonais. Je ne l’avais jamais vue auparavant. Le couple Chiba. Angélique, qui tient cette pâtisserie avec son mari, m’a parlé. Mais j’avais « mon » Décathlon en tête. Alors, je lui ai répondu que je reviendrais plus tard.

 

 

Sur le chemin, je suis passé devant un autre magasin d’articles de sport. Une marque plutôt cotée, assez technique, qui, depuis plusieurs années, s’est ouverte au grand public : La marque Salomon. Avant, même s’il y en a encore peu, aujourd’hui, en plein Paris, on trouvait moins ou pas de magasins représentant exclusivement cette marque.  

 

En vitrine, j’ai aperçu un pantalon qui m’a plu. Dans le magasin, j’ai demandé conseil à l’un des vendeurs. Le vendeur ne voyait pas de quel pantalon il s’agissait. Il a accepté de me suivre dans la rue où je le lui ai montré. Pour finalement m’apprendre qu’il s’agissait d’un article….pour femme

 

S’adressant à moi comme si je comprenais  son langage, le vendeur m’a annoncé qu’il s’agissait d’un pantalon « chino » et « wide ».

 

Je n’ai pas compris tout de suite.  Je lui ai fait répéter. J’ai même compris « Wild ».

Peut-être parce-que, dehors, face à lui, je me suis senti un peu soupesé par le vendeur en tant que valeur sur le marché du sexe. Car j’ai oublié de dire que je m’étais mis à mon avantage pour cette sortie :  

Cycliste noir moulant, mi-cuisses, baskets, allure sportive. Puisque j’avais pris mon vélo et qu’il faisait chaud.  

 

Les femmes ont les jupes, les robes, les décolletés, les  bustiers, les les jambes nues et autres prompteurs à cristaux liquides. Un retard d’acclimatation peut étourdir et faire perdre un peu le goût de l’heure et du temps qui passe. Cependant,  nous, les hommes, en été, ou lorsqu’il fait chaud, l’équivalent de notre panoplie érotique ou sensuelle peut-être une certaine allure sportive.  Avec ou sans marcel. Avec ou sans gamelle.

 

Le magasin Salomon n’avait pas encore reçu ce type de pantalon. Je pouvais en trouver sur le site internet. A voix haute, je me suis soudainement plongé dans un abysse d’incertitudes inéluctables :

Pouvais-je- en- tant -qu’homme-porter- un- tel- pantalon- puisqu’il- s’agissait- d’un article- féminin ?

Notre vendeur, empathique, et pragmatique, m’a alors dit :

« Il m’arrive de mettre des vêtements pour femmes. Ça va passer crème ! ». Il fallait juste que je me fasse à l’idée que c’était un pantalon « taille haute ». 

 

«  Passer Crème ! ».  Cette expression, je l’ai découverte par hasard en écoutant un concours d’éloquence il y a un ou deux ans.

 

Au Décathlon, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Ni éloquence. Ni crème. Les mitaines étaient moches. Il n’y avait pas le short que je recherchais, non plus. Mais j’ai trouvé un  vendeur qui a bien voulu m’aider. Pendant toutes ces années, j’avais été suffisamment négligent pour laisser le code barre sur mes mitaines usagées. Cet article ne se vend plus m’a appris le jeune vendeur. « C’est un vieil article » a-t’il continué  tel un expert qui, examinant au microscope les lignes de ma main, s’aperçoit qu’il a affaire à un objet désuet. Puis, il m’a assuré  que j’avais dû le payer «  six euros ». Les nouvelles- et moches- mitaines présentes devant moi dans les rayons coûtent désormais 20 euros.  

 

Les employés des enseignes comme Décathlon sont désormais souvent de passage. Comme dans les banques. On se rappelle davantage du nom de l’enseigne, de l’article ou de la marque que l’on achète.

 

Après Décathlon, je me suis arrêté dans la pâtisserie tenue par le couple japonais. J’ai appris qu’elle existait depuis…42 ans.

 

« Tout est fait maison », concernant les pâtisseries, m’a appris Angélique. Celle-ci, la soixantaine, s’est affairée pour me servir. Il y avait sans doute le côté commercial qui consiste à vouloir faire acheter le plus de produits. Mais, aussi, la volonté de conseiller.

 

Un habitué est arrivé. Un homme en costume cravate. L’heure du déjeuner approchait. Comme Angélique s’occupait de moi, après l’avoir saluée, il s’est installé tranquillement en terrasse. Angélique a continué à me parler des autres thés disponibles. Fouillant dans ses placards, elle sortait des grands paquets de hojicha, de Gemmaïcha. Elle m’a parlé d’un thé Sencha qu’elle venait de recevoir et qu’elle allait goûter. Mais celui que j’avais pris était très bon ! Elle vendait du Matcha, aussi. Mais, le matcha, lui ai-je dit, je ne sais pas le faire. Alors, Angélique de me dire :

 

« Un jour, si vous avez le temps, je vous montrerai ». Je lui ai répondu :

« Je prendrai le temps ». Elle s’est mise à rire. Approuvant sans doute ma conduite.

 

Au moment de partir, je l’ai remerciée en Japonais : « Arigato Gozaimasu ». Alors, s’inclinant vers moi avec déférence, Angélique m’a également répondu en Japonais.

 

J’ai récupéré mon vélo à La Roue Liber. J’ai été content de la rapidité des « travaux ». J’avais été informé par sms -alors que j’étais encore au Décathlon- qu’il était prêt.

 

Ensuite, je suis passé dans cette pharmacie, près de la gare de St Lazare, qui a, depuis peu,  changé d’emplacement. Elle est s’est maintenant rapprochée d’un grand hôtel : Le Hilton.

 

L’intérieur a été modifié. Très éclairé. Cela se veut modélisé. Prestigieux. Mais, impossible de trouver les huiles essentielles. Une personne de la pharmacie, souriante, me répond que, désormais, il suffit de faire la commande en appuyant sur un grand écran. Et que le flacon arrive dans une sorte de boite. Mais ça ne marche pas. On ne peut pas sélectionner l’huile essentielle que je souhaite acheter. L’écran « cale »  à la lettre « G ». Je dois donc me passer de l’huile essentielle que je comptais acheter.

 

J’escompte trouver du dentifrice. On m’indique où se trouvent les tubes de dentifrice. Parmi les différents dentifrices, je ne trouve pas le dentifrice que je cherche. « Avant » le déménagement, je le trouvais facilement. Je sors de la pharmacie sans rien acheter. J’irai ailleurs, une autre fois, dans un supermarché où je trouverai ce que je « cherche ».

 

Il y a des supermarchés pour tout. Partout. Bientôt, il y aura aussi des supermarchés où nous trouverons des premiers prix pour nos tombes. Bien-sûr, tout n’est pas perdu. Puisqu’il y a eu des pauses  et des oasis tels que ce magasin de cycles et cette pâtisserie. Et, il en existe d’autres. Certaines de ces oasis viennent de se créer ou vont se créer. D’autres sont là depuis longtemps et sont seulement connues des habitués ou de leur proche voisinage.

 

A La Roue Liber, le réparateur, prévenant, m’a engagé à ne pas appuyer trop fort sur les freins. Afin, de me réhabituer au système de freinage. Je l’ai écouté avec approbation.

 

Le monde dans lequel nous vivons, auquel nous appartenons en grande partie, et qui nous consomme, autant que nous le consommons, n’aime pas freiner. Ses freins sont  défectueux ou usés. Ou brutaux. Il faudrait sans doute partir loin de tout ça avant l’irrémédiable. Savoir sortir, au bon moment, de ces supermarchés- et de leurs hiérarchies- depuis longtemps établis dans notre tête. Cela peut sans doute s’apprendre au jour le jour. Car nous avons encore plus de pensées et de rêves qu’il n’existe de supermarchés.

 

Franck Unimon, ce jeudi 3 juin 2021.  

 

 

 

 

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Corona Circus Vélo Taffe

Perdre pied-vélo taffe

Perdre pied

J’ai travaillé cette nuit. En quittant mon service, ce matin,  23 minutes,  pour faire le trajet à vélo depuis le 14 ème arrondissement de Paris jusqu’à la gare St Lazare.

 

Certes, il fait beau, assez chaud, mais c’est surtout parce-que, pour une fois, je me suis autorisé à « suivre» certains cyclistes pressés (hommes comme femmes) que je suis allé aussi vite. Habituellement, pour le même trajet, je mets entre 27 et 29 minutes. En « flânant » quelque peu. Hier soir, une femme sur un vélo de course de marque Triban était belle à voir. Son short cycliste noir lui arrivait à mi-mollet. Lesquels mollets étaient fermes et assez volumineux. Elle devait avoir à peine la trentaine. Si elle démarrait doucement, elle avait ensuite une façon d’avaler les mètres en avant, sans forcer, qui me décrochait de plusieurs mètres. C’était beau, cette aisance. C’était comme si elle rentrait dans le vent.

 

Hier soir, Bd Raspail, dans la montée, j’ai bien rattrapé et lâché quatre ou cinq personnes sur leur vélo. Mais pas elle, toujours revenue et restée facilement devant moi, et qui a tourné, sur la droite, vers la Tour Montparnasse, après un feu, alors que je continuais tout droit vers la Place Denfert Rochereau. J’ai vu sa main indiquer qu’elle allait tourner. Un geste simple, économe, sans précipitation. Et, ça a été tout. C’était fini.

 

Je croise ça ou là quelques cyclistes sur mon trajet. Des hommes comme des femmes.  Certains que je peux rattraper. D’autres qui sont des « missives » en express que leur braquet emporte loin de moi. Néanmoins, même disparus de l’horizon et de la rencontre, j’en garde quelques unes et quelques uns, pour quelques temps, dans ma mémoire.

 

Ce matin, il y avait « un » vélo électrique, « un » Brompton mécanique et une cycliste sur un Vélib qui m’ont marqué et qui m’ont aussi…inspiré.

 

« Le » vélo électrique m’a d’abord dépassé avec agilité et facilité Boulevard ou rue St Jacques. Sur le chemin assez étroit de la piste cyclable protégée. Pourtant, j’avais bien pris mon élan depuis le début. Etant donné que je ne me sentais pas essoufflé et que mes cuisses le supportaient, j’ai appuyé sur mes pédales pour le suivre malgré les mètres qui nous séparaient déja. Je me suis dit que pour monter, il fallait de toute façon prendre de l’élan. Et non se traîner. Au feu, « Le » vélo électrique a pris une autre direction. J’ai passé les pavés et me suis dirigé vers la descente du Bd Raspail vers la rue du Bac. C’est là qu’un autre « vélo électrique » a pris le relais. Il a quelque peu fusé. Avec son pantalon Khaki, son casque Cusco, il délivrait de la facilité. Moi, je devais me donner. Un peu plus bas où à moins qu’il ne nous ait rattrapé, « Le » vélo Brompton a débarqué. A nouveau, cette fluidité que je trouve dans cette catégorie de vélo. L’homme dessus était du genre cadre qui se rend au travail.  La trentaine. Casque sur la tête. Lunettes de soleil. Chemise  de couleur claire, chaussures de villes, pantalon de ville. Une sacoche à l’avant. Une petite derrière la selle. On aurait dit un skieur ou un pratiquant de roller. Il glissait sur le bitume. Il a rapidement pris les devant sans même se préoccuper de nous.

 

Même « Le » vélo électrique, si avancé, a fini par être derrière. Car « Le » Brompton virevoltait. A aucun moment, je n’ai essayé de lui parler. Il avait un air de « Je ne connais plus personne en Brompton ». Mais aucune ressemblance avec Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg.

 

Certainement sobre sur sa selle, « Le » Brompton était plutôt grand, élancé. Je suis incapable de dire s’il était sportif. Ces vélos « Brompton » me donnent toujours l’impression que, dessus, tout le monde est athlétique. Que tout le monde est performant. Je l’ai déjà écrit :

 

« Certains vélos sont faits pour rouler. Le mien semble fait pour pédaler ».

 

Ce matin, une femme en vélib était étonnante. Ce type de vélo est lourd. Pourtant, elle suivait de près « Le » Brompton. Au point que cela m’a donné l’impression qu’elle et lui étaient ensemble. Plus surprenant, alors qu’elle pédalait, devant, régulièrement, cette cycliste en Jean et casquée, secouait un de ses bras. Tantôt le droit. Tantôt le gauche. J’ai plus eu l’impression que c’était une peu une force de la nature. Une jeune femme en pleine forme. Et non une sportive assidue. Mais impossible de le certifier.

 

Au feu rouge, à la rue du Bac, juste avant de tourner à gauche pour prendre cette rue qui passe ensuite devant le musée d’Orsay, je me trouvais derrière « Le » Brompton que je venais de rejoindre. La jeune femme au vélib’, elle, s’était détournée de la rue du Bac auparavant et nous avait quitté.

 

« Le » vélo électrique est arrivé après nous. Nous l’avions distancé plusieurs centaines de mètres plus tôt à un endroit où il s’était arrêté à un feu rouge. Et, où, de manière opportuniste, à la suite du « Brompton», nous avions été plusieurs à nous engager.

 

Chaque fois que je fais ça, je regarde bien si une voiture vient. C’est comme traverser à pied une route en dehors d’un passage piéton ou lorsque le feu est vert pour les voitures. On évalue la distance et la vitesse des autres véhicules. On regarde avec attention. Et on s’engage. Bien-sûr, il convient de ralentir voire de freiner avant de faire ça.

 

Chaque fois que je suis passé au rouge, les autres véhicules étaient soit absents de l’horizon. Soit à l’arrêt. Et, moi, j’étais lancé et à plusieurs mètres d’eux.

 

 

Puis, rue du Bac, le Brompton est passé alors que, pour nous, le feu était encore rouge.

 

Je ne l’ai pas suivi. J’ai mes limites.

 

Je ne passe au feu rouge à cet endroit. « Le » Brompton a tourné sur la gauche et est descendu. Il allait passer devant le musée d’Orsay, vers la place de la Concorde. Mon trajet.

 

A la place de la Concorde, « Le » Brompton avait une bonne centaine de mètres devant moi. Il filait.

 

Mais, près du jardin des Tuileries, au lieu de repartir, alors qu’il s’était arrêté et attendait le feu rouge, pour les voitures, il est descendu de son vélo pour vérifier ou prendre quelque chose sous sa selle. C’est à ce moment-là que je suis passé, une fois que le feu est passé au vert pour nous, les cyclistes. Je ne l’ai plus revu ensuite.

 

Avant la gare St Lazare, j’ai fait un crochet par la rue Vignon où se trouve un magasin de cycles qui vend des vélos électriques, des accessoires et fait des réparations. Afin de récupérer son nom car je l’avais oublié. Puis, je suis reparti vers St-Lazare. Ce qui fait que j’aurais sans doute pu faire ce trajet en 21 minutes. Ce qui n’est pas mal en durée.

 

Je sais avoir rompu avec certaines de mes résolutions en matière de terrorisme de la vitesse. Mais mon séjour à Quiberon m’a débarrassé pour l’instant de mon émerveillement pour les environs que je traverse à Paris, désormais. La mer à Quiberon était bien plus belle que ce béton, toutes ces voitures et cette densité humaine.

Voir Quiberon, Mai 2021.

Ou, si l’on est pressé : 

 

Sans compter qu’avec le beau temps, et plus de possibilités de sortie depuis quelques jours dans le contexte Covid , il y a bien plus de personnes à vélo dans Paris à divers endroits selon les heures.  Et certains de ces cyclistes ( hommes et femmes) s’adressent à leur route sans ( trop) faire attention aux autres :

 

Je reste étonné par le peu d’usage qui est fait de la sonnette pour prévenir les piétons ou les autres cyclistes que l’on dépasse. J’ai deux sonnettes sur mon vélo. Et, je m’en sers régulièrement pour prévenir que j’arrive. Le piéton qui traverse à plusieurs mètres devant soi. Le cycliste ou la cycliste à côté de qui l’on va passer.

 

Il doit y avoir bien peu de cyclistes qui se servent d’une sonnette. Que ce soit « Le » Brompton de ce matin, les deux vélos électriques, la femme en Vélib’ ce matin ou celle d’hier sur son vélo de course Triban, aucun n’a utilisé de sonnette. Par contre, ils portaient tous un casque. C’est déjà bien.

 

Je suis « content » du temps mis pour rejoindre St Lazare. Mais, surtout, d’avoir pu suivre certains vélos sur mon vélo pliant. Celui-ci conserve des défauts. Parmi eux, cette selle qui descend insensiblement et que, hier soir, à un feu rouge, sur le Bd Raspail, j’ai dû remonter. Ce soir, encore, sans doute, je devrais à nouveau la remonter. Je pressens aussi que pour ce qui est du passage des vitesses, il y a mieux que mon vélo de marque B’Twin. Mais, cela mis à part, entre hier soir et ce matin, j’ai eu la satisfaction d’avancer quelque peu sur mon deux roues. Mon vélo n’est donc pas fait que pour pédaler.

 

Franck Unimon, mercredi 2 juin 2021.