Sergio et Sergei

» Posted by on Fév 24, 2019 in Cinéma | 0 comments

Sergio et Sergei

       Sergio et Sergei un film d’Ernesto Daranas ( Sortie Nationale le 27 mars 2019)

 

L’acteur Ron Perlman, l’Américain, dans un film cubain version socialiste du film Gravity du Mexicain Alfonso Cuaron.

 

 

 

Cela pourrait être une accroche pour présenter Sergio et Sergei. Ça serait peut-être aussi vendeur qu’une conférence sur le Marxisme. N’en déplaise à Sergio ( l’acteur Tomàs Cao), professeur émérite, contraint à donner des cours de philosophie marxiste pour – péniblement- subvenir aux besoins de sa mère et de sa fille dans le Cuba de la fin des années 80 et du début des années 90. N’en déplaise à Sergei (l’acteur Héctor Noas) , cosmonaute soviétique, qui apprend lors de sa mission que l’URSS qui l’a propulsé dans l’espace a cessé d’exister.

 

Sergio et Sergei sont deux idéalistes inconnus l’un de l’autre. Des « purs » qui croient encore en l’avenir de l’idéologie de leur patrie et dans la valeur des efforts pour des jours meilleurs. Comme en occident où il est encore des « purs » ou des idéalistes inconnus l’un de l’autre qui continuent de croire que notre idéologie libérale désormais souveraine et de plus en plus dépénalisée est la seule à même de nous sauver. Amen !

Sergio et Sergei -ainsi que Peter, le personnage joué par l’acteur Ron Perlman également impliqué dans la production du film- sont des « purs » pacifistes, désintéressés, plutôt altruistes. Certains diraient d’ailleurs que Sergio et Sergei sont deux grands balais adoptifs et dépassés sur le marché des aspirateurs Dyson : voire deux idiots décotés ou deux robots de la pensée qui persistent à se croire branchés. Et le film nous montre qu’ils sont loin d’être des exceptions.

 

 

 

 

Disons que Sergio et Sergei nous parle du revers de cette crue libératrice survenue en occident en 1989 avec la chute du mur de Berlin. L’effondrement de l’URSS s’en était ensuivi deux ans plus tard. Une histoire pas si lointaine, aux multiples incidences sur notre quotidien, et pourtant déjà d’une évidence incertaine même pour celles et ceux qui y avaient assisté. Car nous sommes désormais plus familiers avec les présences immédiates et intérieures d’une avidité financière généralisée ; avec l’extension de la carte mémoire du jihadisme, du terrorisme islamiste et des extrémismes politiques et racistes ; avec la poussée du délabrement climatique et écologique ; avec la montée des eaux de quelques dérèglements numériques- harcèlement, hacking et autres cybercriminalités ; avec la colonisation de nos vies par la téléphonie mobile, les casques et écouteurs audios ( murs et remparts sonores) ainsi que par des lois, des règles et des frontières de plus en plus liberticides. Et facturées. Peu à peu, nous  entrons dans un monde monobloc fait de labyrinthes armés. Pour l’instant, il existe encore un certain nombre d’années avant que nous soyons véritablement établis dans un monde refermé sur lui-même.

 

 

 

Pourtant, en occident, avec la chute du mur de Berlin et le démembrement de l’URSS, nous avions été nombreux à assister à la télé à ce débarquement- à notre Débarquement- de jours meilleurs. Sans avoir véritablement à faire la guerre. Du moins, pas frontalement et massivement comme en 1939-1945 ou en 1914-1918. Sergio et Sergei nous raconte un peu ce qui s’est passé de l’autre côté du mur lorsque les retransmissions télé s’étaient ensuite tournées vers d’autres programmes.

 

En 2019,  on pourra trouver désuets les habitats et les façons de vivre et de penser de Sergio, de Sergei et de celles et ceux qui les entourent. Et ils le sont. Pourtant, il est parfois  difficile de savoir si nos progrès ( numériques et autres) et notre puissante – et « superbe »- économie (et pensée) moderne actuelle nous ont- en tous points- assurément un peu plus éloigné de l’âge du silex comparativement aux années 80-90.

 

Sergio et Sergei est inspiré d’une histoire réelle survenue entre un Cubain et un cosmonaute soviétique devenu russe dans l’espace. Alors que la CB (bande de fréquences utilisée par les radioamateurs cibistes à ne pas confondre avec la carte bancaire) était plus utilisée qu’aujourd’hui par quelques cibistes et conducteurs automobiles. La téléphonie mobile étant à l’époque moins « démocratisée » qu’aujourd’hui. Nous ne sommes pas ici dans un film d’espionnage ou un méchant testostéroné est trop content de vous malaxer en écoutant du mbalax alors que vous connaissez vos dernières pensées à travers le filtre de sa cigarette. Mais on nous parle tout de même, sur le ton de la comédie, des derniers réflexes de la guerre froide et de ses effets sur le quotidien de trois hommes reliés entre eux par un fil et qui sont comme des vases communicants.

Plus joyeux que le Solaris de Tarkovski ( oui, c’est assez facile ), beaucoup moins spectaculaire et moins grand public que le Alita : Battle Angel de Robert Rodriguez, Sergio et Sergei est un film  sur la solitude, la décrépitude, la loyauté et l’amitié. Mais c’ est aussi un film sur la difficulté à se comprendre les uns, les autres, selon l’histoire qui nous encombre et nous poursuit ou depuis le tamis de l’idéologie à laquelle on reste asservi. Sur notre capacité au changement. Certains diraient même :

« Sur notre capacité à être proactif et à ne pas nous laisser impacter ».

Cependant, on peut aussi dire que Sergio et Sergei est un film sur les limites d’un engagement comme sur les raisons qui peuvent pousser à rester honnête, fidèle à sa patrie, ou, au contraire, sur les raisons qui peuvent inciter à quitter sa patrie, sa région ou un être cher.

 

Sergio et Sergei nous raconte d’autant plus un monde « disparu » ou en voie de disparition que Cuba, depuis peu (au moins depuis le décès de Fidel Castro en 2016) se libéralise de plus en plus. Certains diraient sans doute que Cuba leur devient de plus en plus un pays étranger. A l’image de Sergei lors de sa mission spatiale, sans doute que beaucoup de Cubains et beaucoup d’exilés de par le monde, aujourd’hui, ont quitté un pays (ou un être) qui – transformé- a, à leurs yeux, depuis cessé d’exister. Et, à l’image de Sergio, peut-être que beaucoup d’êtres humains rêvent encore d’un monde qui peine à exister.

 

 

 

Ce film plutôt sentimental et ensoleillé plaira sans doute aux personnes capables de s’adresser à leurs rêves- marxistes ou tout autres- afin de leur demander de leurs nouvelles pour mieux leur envoyer de nouveaux gestes et mots d’encouragements.

Franck Unimon, ce dimanche 24 février 2019.

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