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Justice Ă  Rock en seine ce 23 aout 2025

Justice au festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Justice Ă  Rock en Seine ce 23 Aout 2025

Cet article est la suite de Jorja smith au festival rock en seine ce 23 aout 2025 et Festival Rock en Seine 23 Aout 2025 ).

Ils ont fait les shows !

Avant le concert de Justice ce samedi 23 Aout 2025 au festival Rock en Seine. Photo©Franck.Unimon

Contrairement au public prĂ©sent devant la grande scène environ trois heures avant le dĂ©but du concert, je n’avais aucune attente envers le groupe Justice. Je connais Ă  peine le prĂ©nom et le nom du duo. J’ai entendu quelqu’un crier « Gaspard, je t’aime ! Â» au dĂ©but du concert et une autre personne appeler « Xavier ! Â» Ă  la fin du concert.

Le groupe Justice après le concert ce 23 Aout 2025 au festival Rock en Seine. Photo©Franck.Unimon

Sans vérifier, je me dis que Gaspard doit avoir Augé comme nom de famille. Mais je n’en suis pas sûr. Pour Xavier, je n’ai pas de piste. Je pense à Xavier Lestrat car il a un peu un visage de vampire comme Lestat dans le film Entretien avec un vampire avec Brad Pitt et Tom Cruise.

Mon ignorance vient du fait que cette année, j’étais venu pour Jorja Smith (voir article Jorja smith au festival rock en seine ce 23 aout 2025). Et, la programmation du festival a fait que Justice passait « derrière » elle.

A la fin du concert de Justice, Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

De Justice, je savais qu’ils avaient fait un premier album très remarqué. Puis un second. Et un jeune fan d’une vingtaine d’années devant moi, rappelait à ses amis qu’ils avaient disparu pendant huit ans et qu’il tenait à les voir avant qu’ils se séparent comme l’ont fait les Daft Punk il y a un ou deux ans.

Le groupe Justice après le concert ce 23 Aout 2025 au festival Rock en Seine. Photo©Franck.Unimon

Pour moi, la « faiblesse Â» de Justice, c’était d’être arrivĂ©s ou de s’être fait connaĂ®tre plusieurs annĂ©es après les Daft Punk, Alex Gopher, Etienne De CrĂ©cy, Laurent Garnier…..tous ceux (et toutes celles) qui avaient fait soit partie de la French Touch dans les annĂ©es 80/90 ou qui avaient fait de la techno française autre chose que de la musique d’épilation. ChloĂ©, Rebekka Warrior, Maud Geffray,, Agoria, Manu le Malin…

 Je ne les connais pas toutes et tous mais j’ai des noms. Et Justice n’en faisait pas partie.

Sans oublier les précurseurs tels que Jean-Michel Jarre, Cerrone, Kraftwerk, hé oui, Kraftwerk. Et d’autres. Et d’autres. Je n’ai même pas cité Jeff Mills et d’autres références en Europe ou aux Etats-Unis.

Pour moi, Justice, c’étaient les petits nouveaux. Et je ne voyais rien de très nouveau chez eux. Ils s’étaient même faits connaître après Cascadeur.

Justice, ce 23 Aout 2025, lors du concert à Rock en Seine. Photo©Franck.Unimon

Vraisemblablement après la sortie il y a quelques mois de leur nouvel album dont on avait beaucoup parlĂ©, par curiositĂ©  j’avais Ă©coutĂ© un ou deux de leurs titres en empruntant un ou deux ou de leurs prĂ©cĂ©dents Cds Ă  la mĂ©diathèque. Ça m’avait donnĂ© une idĂ©e mais ça ne m’avait pas poussĂ© Ă  approfondir.

Mais puisque j’avais payĂ© ma place, que le concert de Jorja Smith s’était terminĂ© en me laissant modĂ©rĂ©ment satisfait et que j’étais près de la scène, j’allais rester pour voir Justice. Je « savais Â» que Justice allait faire une musique qui tabasse. Je n’en savais pas plus.

S’ils n’ont pas changé la donne en termes de composition musicale et de son, Justice a fait plus que nous mettre de la musique qui tabasse.

Justice lors du concert à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Il y a quelques années, on se serait demandé ce que vient faire un groupe comme Justice dans un festival de Rock. Avant de les voir et de les entendre.

On peut voir leur jeu de scène comme une anomalie de sons et de lumières contraires à l’écologie de notre monde de moins en moins préservé. Mais on peut aussi le voir comme des allégories d’Alien, d’un engin spatial extraterrestre, de l’explosion de la bombe atomique, de la pollution dans un univers d’usines et de souricières. Leurs lunettes sont justifiées devant ce déferlement de poussière et de lumières.

Leur spectacle n’a pas traîné. J’ai eu l’impression que les photographes officiels présents avaient le sentiment d’assister à un événement peu ordinaire. Et je les comprends.

Autant le son, lors du concert de Jorja Smith, a manqué quelques uns de ses rendez-vous, autant, là, il était parfaitement maitrisé avec une entrée des basses qui a donné l’impression qu’un lourd vaisseau se posait. C’était le vaisseau Justice.

Lors du concert de Justice à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Lors du concert, j’ai Ă©tĂ© intriguĂ© de voir que les deux membres de Justice puissent se parler par moments. Et leurs attitudes de statues, imperturbables, froides, inexpressives, sauf pour changer de position de temps Ă  autre, rajoutaient aux impressions visuelles.  

Justice à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Il fallait être à ce concert. Et, je suis content d’y avoir assisté.

Justice à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

A la fin du concert, alors que le duo passait à tour de rôle comme des Rock stars, j’ai commencé à me dire qu’ils avaient très bien trouvé leur nom, Justice, car il passe aussi bien en Français qu’en Anglais. Et, j’ai commencé à réfléchir à la signification de leur croix, symbole de leur groupe.

Le groupe Justice, à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Ce 23 Aout 2025, (la) Justice m’a parlĂ©. 

Franck Unimon, ce lundi 25 Aout 2025.

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Jorja smith au festival rock en seine ce 23 aout 2025

Jorja Smith à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Jorja Smith au festival Rock en Seine ce 23 Aout 2025

Cette annĂ©e, je suis venu pour elle. ( cet article est la suite de Festival Rock en Seine 23 Aout 2025 ).

Il y a quelques mois, j’avais raté son concert, complet, à la salle Pleyel. L’année dernière, à Rock en Seine, j’avais raté le concert de Lana Del Rey.

J’ai donc Ă©tĂ© surpris de pouvoir acheter une place pour aller voir Jorja Smith Ă  Rock en Seine Ă  peine une semaine plus tĂ´t. Bien sĂ»r, on ne parle pas de la mĂŞme carrière ou de la mĂŞme personnalitĂ© Ă  « comparer Â» Lana Del Rey et Jorja Smith, ce que je viens de faire un peu.

Jorja Smithe à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Personne, autour de moi, n’avait vu Jorja Smith en concert ou n’a pu me dire comment elle était sur scène. J’avais vaguement perçu quelques commentaires affirmant que ses concerts étaient marquants.

Je savais qu’elle Ă©tait jeune (28 ans cette annĂ©e) et qu’elle s’était faite connaĂ®tre par son premier album Lost & Found sorti en 2018 et qui reste mon prĂ©fĂ©rĂ© en particulier pour les titres Teenage Fantasy dont la vidĂ©o en noir et blanc  ( tournĂ©e Ă  Paris) m’épate pour la dĂ©contraction attractive de Jorja Smith et Wandering Romance.

Sur Wikipédia, on souligne l’obsession de Jorja Smith, adolescente, pour l’album Frank d’Amy Winehouse. Puis, on y relate d’autres influences, des duos avec divers artistes renommés (Burna Boy, Drake, Kendrick Lamar…). On y rappelle aussi la mesure sociale de ses paroles.

Jorja Smith à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Sur scène avant le concert du groupe Justice, Jorja Smith est acclamĂ©e lorsqu’elle arrive. Elle est agrĂ©able et entourĂ©e de musiciens et de choristes performants qui l’épaulent et l’aiment visiblement beaucoup. Mais, assez vite, peut-ĂŞtre aussi parce-que je ne comprends pas suffisamment ce qu’elle chante en public, je ne suis pas entraĂ®nĂ© par ce qu’elle « fait ».  Et le dĂ©cor sur scène a probablement Ă  voir avec son dernier album mais je trouve qu’il fait plutĂ´t toc.

Jorja Smith à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Souriante, Jorja Smith n’est pas l’artiste qui se la pète. Elle inspire vraiment beaucoup de sympathie. Mais en concert, ça ne mord pas. Par moments, le son est même un peu raté et, ce que je trouve très frustrant c’est que sa voix me paraît trop soumise. Trop peu mise en valeur.

A la voir et à l’écouter essayer poliment et sagement d’ambiancer le public, je me dis que c’est une trop grande scène pour elle. Ou un public trop « Rock » pour elle. Pourtant, on ne peut pas dire que le public de Rock en Seine soit impatient et malpoli.

Je me dis qu’elle serait beaucoup mieux dans une petite salle de concert ou dans un club. Parce-que sa musique, c’est celle de l’intimité. Pas celle des gesticulations, du bagout et du vacarme. Cela était sûrement mieux à la salle Pleyel.

Lorsqu’elle commence par chanter Teenage Fantasy a capella, cela aurait pu être un climax. Mais cela reste gentil et bien élevé.

Jorja Smith à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Je ne demande pas Ă  Jorja Smith de se forcer ou de se transformer. Elle est comme elle est. Mais j’ai l’impression de ne pas avoir entendu Jorja Smith. De ne pas avoir fait davantage connaissance avec sa voix ! Je m’avise qu’elle est peut-ĂŞtre un peu comme Sade dont les concerts avaient la rĂ©putation d’être moins porteurs que les albums studios mais avec des tubes moins gigantesques.

A la fin du concert, la jeune femme avec qui j’ai eu quelques Ă©changes auparavant me dit :

« Je ne suis pas déçue ». Mais je crois surtout qu’elle est contente que le concert soit terminé pour laisser la place au groupe Justice qu’elle attend.

 

Franck Unimon, lundi 25 Aout 2025.

 

 

 

 

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Festival Rock en Seine 23 Aout 2025

 

Au Festival Rock en Seine ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Festival Rock en Seine 23 Aout 2025

 

Jambes lourdes et tĂŞte en bois

16h30, ce dimanche 24 Aout. Hier, j’étais au festival Rock en Seine au parc de Saint Cloud.

En allant au Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

J’ai un peu la tête en bois. Depuis que je suis rentré cette nuit (j’ai dû prendre un taxi entre la Défense et la gare d’Argenteuil), j’ai beaucoup dormi ou fait un peu acte de présence auprès de ma compagne, notre fille et de notre chaton.

Aucune consommation de substance de ma part. Je crois que c’est dû à mon âge, peut-être au poids de certaines nouvelles et, aussi, à l’attente, immobile, devant la grande scène. A peu près une heure avant le concert de Jorja Smith de manière à être le mieux placé possible pour la voir et la prendre en photo.

Jorja Smith, à Rock en Seine, ce 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Et autant, si ce n’est davantage ensuite, pour assister au concert du groupe Justice également sur la grande scène du festival.

Le groupe Justice à Rock en Seine ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

A Rock en Seine, j’ai dĂ» attraper froid ou pris un coup de chaud.  J’étais sans doute encore entamĂ© physiquement en arrivant malgrĂ© la sieste que j’avais faite avant de venir.  J’Ă©tais mĂŞme arrivĂ© vers 18 heures alors que les premiers concerts de la journĂ©e avaient commencĂ© Ă  14h30. Mais j’avais les jambes lourdes en me dirigeant vers la sortie du festival hier soir après minuit. Et j’étais claquĂ©, assis dans le taxi (heureusement que j’en ai trouvĂ© un Ă  La DĂ©fense et que j’avais de quoi le payer, 25 euros la course) en rentrant chez moi. 

MĂŞme si j’ai vu près de moi des plus jeunes que moi ( dans la vingtaine ou trentaine) s’asseoir en attendant le dĂ©but des concerts, je me dis que je suis sans doute devenu trop âgĂ© pour un festival comme Rock en Seine.

Je me suis rappelé les propos d’un ami, de quatre ans mon cadet, qui m’a dit cette année ou l’année dernière :

« Je suis trop vieux pour aller dans des festivals ». 

Lui et moi nous Ă©tions retrouvĂ©s au concert de PJ Harvey lorsqu’elle est passĂ©e dernièrement Ă  Paris ( PJ Harvey Ă  l’Olympia, octobre 2023 ). C’Ă©tait dĂ©jĂ  il y a bientĂ´t deux ans. 

Il y a quelques minutes, en me réveillant de ma sieste, après un déjeuner allégé, j’ai dit à ma compagne que j’allais me recoucher. Elle a exprimé un peu son étonnement. Puis, je suis reparti. J’ai pris une douche. Et, pendant la douche, mes pensées se sont mises à faire un peu de développé coucher à propos du festival.

Je n’ai pas menti à ma compagne. Ma réelle intention était de continuer de me reposer. Mais, je tente, là, une incursion dans le récit plutôt que dans le sommeil.

Après avoir pris le tramway T2, vers l’entrĂ©e du festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025 vers 18h. Photo©Franck.Unimon

Aller au plus grand festival de Rock en région parisienne

J’ai lu ou entendu que le festival Rock en Seine était le plus grand festival de Rock en région parisienne.

Ce Samedi 23 Aout 2025, en allant au festival Rock en Seine vers 18h. Photo©Franck.Unimon

J’ai commencé à venir au festival Rock en Seine au début des années 2000. J’avais vu les affiches annonçant la venue de PJ Harvey. Je n’y étais pas allé. C’était trop loin pour moi. J’habitais à Cergy-Le-Haut. Et, dans ma tête, j’étais seul.

En allant au festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025 vers 18h. Photo©Franck.Unimon

Je vais Ă  la plupart de mes sĂ©ances de cinĂ©ma, de « mes » concerts ou des festivals, seul. Je prĂ©fère y aller en solo plutĂ´t que de ne pas y aller. PlutĂ´t que de devoir dĂ©penser de l’énergie Ă  rassembler ou essayer de convaincre une ou plusieurs personnes autour de moi. PlutĂ´t que de dĂ©pendre du planning de quelqu’un d’autre.

Et lorsque je me dĂ©cide pour une expĂ©rience sportive, c’est pareil. Il en aurait peut-ĂŞtre Ă©tĂ© diffĂ©remment si ma jeunesse avait Ă©tĂ© cette pĂ©riode de sorties Ă  laquelle on l’assimile gĂ©nĂ©ralement. 

Adolescent, je n’ai pas ou très peu connu l’expérience d’aller au cinéma ou à des concerts avec les copains et les copines. Je n’en n’avais ni les moyens ni l’autorisation. Je suis un citadin né dans une ville de banlieue, élevé avec une mentalité de campagnard de parents antillais issus de la campagne. A la campagne, en Guadeloupe, du temps de mes parents, les enfants et les ados n’allaient pas au cinéma. Il n’y en n’avait pas. Et c’était trop cher. Et pour les concerts, on allait sans doute plutôt aux bals, aux soirées telles que baptêmes, mariages et communions où les musiques qui passaient, c’était le Konpa, la musique antillaise de la Guadeloupe et de la Martinique d’avant le Zouk, un peu de Salsa et de Reggae. Puis le Zouk.

 Ce sont des soirĂ©es que j’ai connues enfant, adolescent et jeune adulte avec mes parents en rĂ©gion parisienne voire un peu en Guadeloupe, oĂą je retrouvais de temps Ă  autres des oncles, des tantes et des cousins et dont j’ai une certaine nostalgie par moments. Je regrette de n’avoir jamais eu d’appareil photo ou de camĂ©ra dans les mains lors de cette Ă©poque oĂą je regardais beaucoup ce qui se dĂ©roulait devant moi. J’ignorais Ă  la fois que ce monde allait disparaĂ®tre pour moi mais aussi l’importance qu’il prendrait pour moi rĂ©trospectivement.

Je crois que beaucoup des personnes qui se rendent à un festival comme Rock en Seine appréhendent de connaître un jour ce genre de nostalgie. D’être passés à côté de leur vie et de leur époque.

En allant au festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Je crois aussi qu’ils ont entendu parler, d’une façon ou d’une autre, de ces grands festivals de musique qui ont fait « l’Histoire Â» ou qui font dĂ©sormais partie de l’Histoire. Woodstock et autres. Jimi Hendrix, les Beatles, Bob Marley, Elvis Presley, Led Zeppelin, Les Stones et beaucoup beaucoup d’autres.

Je cite ici plutĂ´t des « rockers Â» (mĂŞme si j’inclue Bob Marley) car je crois que le Rock, en occident, Ă  partir des annĂ©es 60, est le genre musical qui a donnĂ© lieu aux prestations les plus mĂ©diatisĂ©es dont on se repasse les histoires et les images et qui ont ensuite servi de modèles Ă  d’autres artistes quel que soit leur horizon musical.  

Le Rock a été ou est cette musique iconoclaste, de contestation, de la jeunesse du monde dit libre ou qui se veut libre en Occident puis ailleurs. Même si, ensuite, la liberté ne se retrouve pas à l’équilibre.

Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025 vers 18h. Photo©Franck.Unimon

Je ne connais pas exactement ce qui a poussĂ© les promoteurs ou les crĂ©ateurs du festival Ă  l’appeler Rock en Seine mais je me hasarde Ă  supposer que le terme « Rock Â» a Ă©tĂ© choisi pour entretenir une certaine filiation avec tous ces artistes « Rock Â» ou « Rock stars Â» dont on sait nous parler et avec lesquels on nous fait rĂŞver. Du moins, avec lesquels on fait rĂŞver un certain public en occident. Un occident plutĂ´t blanc ou qui a, dans sa grande majoritĂ©, un public blanc. Car le Rock, malgrĂ© ses diverses inspirations, origines et influences s’adresse plutĂ´t Ă  un public blanc ou un public « de Â» blancs. MĂŞme si ce public ou ses artistes, par ailleurs, peuvent ĂŞtre tout Ă  fait capables d’aller Ă©couter et voir d’autres artistes d’autres genres musicaux.

Même si au festival Rock en Seine, il y a désormais des rappeurs qui passent sur scène (lorsqu’ils n’annulent pas leur présence tels Asap Rocky ou Doeechi cette année) ou Jorja Smith qui sait rapper.

Lorsque tout Ă  l’heure, j’ai parlĂ© de Konpa, de musique antillaise, de zouk ou de salsa, la lectrice ou le lecteur attentive/if s’est peut-ĂŞtre Ă©tonnĂ©( e ) de me voir parler du festival Rock en Seine oĂą des artistes tels que Kassav’, Meiway ou autres super vedettes africaines ne sont jamais passĂ©es et ne passeront peut-ĂŞtre jamais. Des artistes qui correspondent beaucoup plus Ă  mon Ă©ducation et Ă  mon « milieu Â» d’origine. Et, je n’ai pas oubliĂ© l’espèce de moue que semblaient faire certains de mes anciens « collègues Â» journalistes du magazine XCrossroads chaque fois que je m’amusais Ă  leur parler de Zouk ou de Dub. Comme si je leur avais demandĂ© d’avaler une cuillère d’huile de ricin par les narines.

Un jour, après d’autres concerts ailleurs,  je suis allĂ© Ă  « mon » premier festival Rock en Seine parce-que je n’avais plus peur de me perdre en route. Parce-que je ne craignais pas de devenir fou. Je n’avais pas ou je n’avais plus l’impression de trahir mon identitĂ©, mon groupe, mon histoire ou ma famille. Et je crois que cette attitude a aussi Ă  voir avec le Rock. Sauf que cette partie-lĂ  de l’expĂ©rience du Rock est peut-ĂŞtre oubliĂ©e ou a Ă©tĂ© oubliĂ©e au profit du fait de s’afficher et de s’affirmer. Comme on peut le faire en Ă©tant très fier de porter certains drapeaux ou certains discours nationalistes. Et de considĂ©rer que l’on est particulièrement attachĂ© Ă  un pays, Ă  une musique ou Ă  une personne parce-qu’on le crie partout et qu’on le (dĂ©)montre au monde entier.

Je ne suis pas là pour démontrer ou pour essayer de prouver quelque chose. Plutôt pour témoigner.

Pour essayer de témoigner.

Mais ce sont Ă©videmment des paroles de vieux. Et le vieux va continuer de s’exprimer car il a appris Ă  utiliser un clavier. Et, comme beaucoup de vieux, il croit que son expĂ©rience compte mĂŞme si celle-ci fond comme une bougie. Car, plus que tout, le vieux croit encore Ă  ses histoires. 

A Rock en Seine, avant hier, j’avais vu les Hives, le dernier concert des Rita Mitsouko quelques semaines avant le décès de Fred Chichin, Emilie Simon, Jesus and the Mary Chains ( je crois) ou Faith No More plutôt, Massive Attack et d’autres groupes.

( voir Massive Attack Ă  Rock en Seine Aout 2024)

Ma prestation préférée reste celle de Björk qui avait clôturé le festival et qui avait entre-autres chanté son Déclare Indépendance.

J’ai connu le festival lorsqu’il se déroulait sur deux jours (contre cinq cette année) si mes souvenirs sont justes. Le tarif était plus bas mais je n’en suis plus très sûr. Pour 69 ou 79 euros pour une journée contre près de 90 euros pour la journée d’hier. C’était avant le tramway T2. Pour venir en transports en commun depuis Cergy le Haut, je récupérais la ligne 10 du métro. Puis, je marchais une dizaine de minutes en prenant le pont qui passe au dessus de la Seine.

 J’ai le souvenir que le festival se terminait Ă  une heure permettant de rentrer chez soi par les transports en commun alors qu’hier soir, après le concert de Justice, il Ă©tait trop tard pour que je prenne un train depuis la DĂ©fense jusqu’à St Lazare.

Hier soir, en quittant le festival vers minuit. Je me suis retourné pour prendre la photo. On peut apercevoir la foule qui avance « derrière » moi et qui se dirige aussi vers la sortie. Photo©Franck.Unimon

Le service de presse du festival s’est targuĂ© d’avoir attirĂ© 180 000 festivaliers l’annĂ©e dernière. C’est sĂ»rement plus qu’au dĂ©but des annĂ©es 2000. Je ne suis ni comptable ni historien de ce festival et je ne scrute pas le « bizness Â» ou le modèle Ă©conomique du festival. Mais ce qui m’apparaĂ®t nĂ©anmoins, c’est qu’avec le temps, Rock en Seine est devenue une entreprise plutĂ´t rentable.

Burger King et commerces

Comme dans d’autres festivals, avant d’entrer (alors que nous avons payé notre place), pour des raisons dites de sécurité, on nous explique que l’on ne peut pas emporter avec soi certaines quantités de nourriture ou des bouteilles ou des gourdes de telle dimension. On nous limite aussi sur le type d’appareil photo que l’on peut apporter avec soi. Le mien a failli se retrouver à la consigne, ce qui aurait impliqué ensuite la contrainte de devoir faire la queue pour le récupérer. Sauf que, au vu de la technologie de plus en plus poussée des smartphones (et Rock en Seine comme les autres festivals n’interdit en rien les smartphones) en matière d’image, de son, et vue la facilité avec laquelle les images sont aujourd’hui postées sur les réseaux sociaux, il m’apparaît rétrograde et plus que borné de vouloir maintenir cette police des appareils photos.

Au festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon.

A l’intĂ©rieur du festival (comme dans d’autres festivals), on nous oblige aussi Ă  passer par les portiques de son système Ă©conomique. Je sais très bien que cela fait dĂ©jĂ  plusieurs annĂ©es que c’est comme ça que ce soit Ă  Rock en Seine et dans d’autres festivals. Mais mĂŞme si cela est dĂ©jĂ  « normalisĂ© Â», acceptĂ©, digĂ©rĂ© et assimilĂ©, cela n’empĂŞche pas de parler de cette folie.

Cette « folie Â» consiste Ă  prĂ©payer nos consommations de nourriture ou de boisson car il est dĂ©sormais impossible de payer soi-mĂŞme directement.  Nous devons donc nous dĂ©placer jusqu’à des bornes qui dĂ©bitent nos cartes bancaires ou qui prennent nos espèces. Bornes devant lesquelles, nous devons nous confesser ou prĂ©voir pour combien nous allons en avoir lorsque nous aurons envie, après avoir Ă  nouveau fait la queue devant le stand de nourriture choisi, de commander Ă  manger ou Ă  boire. Et, il nous revient de prĂ©voir juste.  Hier, il m’a ennuyĂ© de devoir me dire que le festival Rock en Seine ferait mieux de s’inspirer du système de commande d’un Burger King.

Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Hier, j’ai tenu Ă  ne rien acheter au sein du festival. Ni boisson, ni nourriture. Rien. J’avais fait en sorte de bien manger auparavant et d’emporter avec moi de quoi me nourrir et boire suffisamment et rapidement : quelques pains au lait ; un snickers ; deux pâtes de fruits. Une petite « gourde Â» que j’ai remplie Ă  un des robinets du festival.

Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Un peu plus loin, j’ai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© de tomber sur ce bandeau publicitaire en faveur de Revolut. Je me suis demandĂ© ce que cela venait faire dans un festival de Rock ou de musique. Par contre, je n’avais mĂŞme pas prĂŞtĂ© attention Ă  ce « bar » Ă  champagne. J’avais vu l’Ă©quivalent lors de ma visite de la Tour Eiffel il y a un ou deux ans.

Festival Rock en Seine, samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon
Festival Rock en Seine, samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

 

A côté de certaines préventions sanitaires, la Pub et le commerce ont continué de s’étoffer. Tel le stand de vente des protections auditives Alpine (plus classes et plus ergonomiques) qui permet de s’en acheter si on les préfère aux bouchons standards qui sont, eux, encore distribués.

J’avais apportĂ© mes protections auditives d’une autre marque. Les festivals n’interdisent pas encore de venir avec nos propres protections auditives pour des raisons de  Â«Â sĂ©curité ».

Je suis très content de mes protections auditives. Elles m’ont Ă  nouveau donnĂ© beaucoup de confort pendant le concert de Jorja Smith et, surtout sans doute, pour celui de Justice. 

Festival Rock en Seine, Samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

 

Pour rester dans les sanitaires, tout festival nous amène à ce passage obligé dans les toilettes. Or, nous sommes dans le parc de Saint Cloud. Pas en plein bois de Boulogne ni dans une déchetterie. Il convient donc de se diriger vers les lieux d’aisance.

Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout vers 18h. Ceci est la file d’attente pour les toilettes fermĂ©es. Photo©Franck.Unimon

 

 J’ai pu Ă©viter  une très grande file d’attente en m’éloignant finalement d’un premier lieu. Ensuite, j’ai acceptĂ© d’ĂŞtre « encadré »  par deux autres mecs devant cette pissotière publique qui permettait de passer très vite.

En temps ordinaire, uriner debout à côté d’un autre garçon est une situation très peu quelconque. En certains endroits, c’est un moment de comparaison, d’embarras, ou de drague. C’est ce qui a poussé, je crois, certains hommes à attendre dans la file des femmes. Car je ne crois pas que c’était pour faire caca.

Une fois debout, on le sait, les hommes, quel que soit leur âge et la taille de leur sexe, peuvent avoir du mal à pisser droit et à éviter de s’en mettre plein les doigts. C’est donc un moment clé de notre existence. Celui où l’on se pisse dessus ou par terre ou sur ses pieds ou au contraire, celui, où l’on s’en sort bien. Et, il faut à chaque fois réussir.

En général, j’aime bien regarder en l’air lorsque je pisse afin qu’il n’y ait aucune équivoque avec mon voisin. Mais cette fois, j’ai préféré mettre toutes les chances de mon côté. Et tant pis si un de mes voisins a regardé la mienne. Tant pis si un autre s’est dit que j’étais venu pour pas grand-chose.

C’était bien de pouvoir ensuite se « dĂ©sinfecter Â» les mains avec du gel mĂŞme si j’aurais prĂ©fĂ©rĂ© de l’eau et du savon. Je ne suis pas restĂ© regarder bien longtemps mais j’ai eu l’impression que certains hommes expĂ©diaient cette opĂ©ration de dĂ©sinfection sur leurs mains avant de sortir

Conscience politique :

Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

Les festivals comme ceux de Woodstock ou d’autres par la suite ont eu des volontĂ©s politiques. Hier, Ă  deux reprises, environ trente minutes avant le concert de Jorja Smith puis avant celui de Justice, grâce aux grands Ă©crans accolĂ©s près de la grande scène, nous avons pris notre leçon (abrĂ©gĂ©e) de prise de conscience politique. En faveur d’un journaliste français injustement emprisonnĂ© en AlgĂ©rie « pour apologie du terrorisme Â». Le message de RSF nous enjoignait Ă  faire un « maximum de bruit Â» et Ă  signer une pĂ©tition.

Je n’avais jamais entendu parler de ce journaliste et je souhaite bien-sĂ»r que cela s’arrange pour lui et ses proches. Mais Rock en Seine, pour moi, Ă©tait Ă  nouveau Ă  cĂ´tĂ© de sa grille d’accords. Car parler de ce journaliste, sans parler de la famine Ă  Gaza et de la façon dont le gouvernement de Netanyahou continue de dĂ©truire toute possibilitĂ© d’apaisement en Palestine ?! Sans parler des PrĂ©sidents Trump et Poutine qui jouent au chat et Ă  la souris avec l’Ukraine de Zelensky ?!

Un artiste chantait « Give Peace a chance Â» mais Rock en Seine semble plutĂ´t entonner « Give Business a chance Â».

Lors de mes « premiers Â» Rock en Seine, j’ai l’impression que le festival affichait moins certaines prĂ©tentions Ă©thiques ou Ă©cologiques. Bien-sĂ»r, j’approuve la dĂ©marche qui consiste Ă  rendre bien visible dans le festival l’endroit sĂ»r oĂą pourrait se rendre une personne (une femme) aux prises avec un abuseur ou un violeur. Ainsi que ce lieu oĂą venir reposer sa tĂŞte, son corps et ses oreilles de l’amas de dĂ©cibels. Mais j’ai aussi l’impression que c’est du vernis. Et que le festival se comporte comme n’importe quelle entreprise qui aspire Ă  obtenir et conserver son label de conformitĂ© ou d’utilitĂ© publique.

Festival Rock en Seine, ce samedi 23 Aout 2025. Photo©Franck.Unimon

 

Mais je dois être devenu sacrément vieux et très très amer pour raisonner de cette manière et voir le mal un peu partout. Donc, je me sens obligé d’écrire que j’étais d’abord venu pour Jorja Smith et, qu’ensuite, je n’ai pas pu faire autrement que voir ce qui se trouvait devant moi. Ou il aurait fallu que je me rende jusqu’à la grande scène en ayant les yeux bandés.

Ai-je bien vu les concerts de Jorja Smith et de Justice ? Oui. Pourquoi ne pas m’être contentĂ© de parler de leurs concerts ? D’abord parce qu’il est habituel de diffuser des images des concerts et des concerts auxquels on se rend.

Pour partager et faire rĂŞver.

Mais les images que l’on montre et que l’on choisit ne disent pas tout du moment et de l’expérience. Ce serait comme uniquement montrer les photos de mariage d’un couple, cela ne dit pas tout de l’histoire du couple. Mais bien-sûr, on peut préférer le conte de fée à la véritable histoire, le mollard à l’eau de rose qui conditionne plutôt que le polar qui affranchit.

A Rock en Seine, comme dans d’autres festivals ou lieux de concerts, on ne fait pas qu’aller voir et Ă©couter des artistes. MĂŞme si c’est notre projet et ce qui nous pousse Ă  payer notre place et nous dĂ©placer. A Rock en Seine comme dans d’autres festivals ou lieux de concerts ou dans des salles de cinĂ©ma, nous nous faisons aussi solliciter ou influencer par certains messages publicitaires ou autres. Nous sommes des tĂ©moins de notre Ă©poque mĂŞme si nous dĂ©cidons de ne pas nous attarder sur certaines informations que nous « voyons Â» pour nous concentrer sur notre plaisir qui est d’aller Ă©couter et voir certains artistes.

Mais il serait naïf de croire que mon expérience à Rock en Seine a été exclusivement musicale. Depuis mon transport à la Défense dans le T2 où j’ai assez facilement identifié des festivalières et des festivaliers jusqu’à mon retour à la Défense dans le T2 après minuit, j’ai été partie intégrante d’un comportement économique, sociologique et idéologique particulier qui tranche avec ma vie ordinaire, elle-même réglée ou préréglée aussi selon certains principes et certaines injonctions.

On peut bien-sûr se contenter de l’expérience musicale et/ou des bons moments que l’on y passe avec d’autres. Car c’est quand même le principal. Mais je m’abstiendrai de croire ou de penser que je me trouvais hier, à Rock en Seine, dans un monde merveilleux, libre et bienveillant qu’il conviendrait de répliquer à plus grande échelle pour que je sois heureux ou plus heureux. Et que la vie, ma vie, devrait toujours être celle que j’ai aperçue ou que l’on m’a vendue à Rock en Seine durant quelques heures.

Ce serait l’horreur si ma vie se déroulait en continu comme dans le festival Rock en Seine. Mais d’autres personnes, au contraire, seraient prêtes à s’engager, à embrigader, à dénoncer voire à torturer et tuer pour que leur vie, la vie, soit toujours comme dans le festival Rock en Seine.

Festival Rock en Seine, hier soir, en partant. Photo©Franck.Unimon

L’autre raison à tout ce laïus est que c’était peut-être la dernière fois, hier, que je me rendais au festival Rock en Seine. Hier, je ne le savais pas. C’est, aujourd’hui, en voyant l’état physique dans lequel je me trouvais, et, donc, le défi un peu ou assez physique que constitue le fait d’aller dans un festival, que je me suis dit qu’il me fallait accepter que ce n’était plus pour moi. Ou alors qu’il faudrait que cela se fasse dans des conditions qui me soient plus confortables. En y allant plus reposé. En évitant d’attendre debout pendant une heure avant chaque concert pour être au plus près de la scène.

Festival Rock en Seine, hier soir, en partant. Photo©Franck.Unimon

Telle Ă©tait ma conclusion avant de faire une pause de quelques minutes. Depuis, j’ai mis l’album Standing in the Way Of Control du groupe Gossip que j’avais eu la chance de voir il y a un peu plus d’une quinzaine d’annĂ©es. J’ai aussi prĂ©parĂ© l’album Tres Hombres de ZZ Top que je n’ai jamais vu en concert. L’album Ventriloquism de Meshell Ndegeocello vue plusieurs fois en concert depuis son premier album Plantation Lullabies. La compilation L’AnnĂ©e du Zouk 2023 et l’album Jazz is A Spirit de Terri Lyne Carrington.

Je vais maintenant découvrir les photos que j’ai prises hier des concerts de Jorja Smith et Justice. Et l’article qui les concerne apparaîtra bientôt dans mon blog.

Franck Unimon, ce dimanche 24 Aout 2025.

 

 

 

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Voyage

Lorient visite guidée juillet 2025-première partie

Port de Keroman-Lorient, juillet 2025. Photo©Franck.Unimon

Lorient visite guidée juillet 2025- première partie

Au mieux, la mémoire de l’être humain est une vie en soi. Au pire, la mémoire est une folie.

Car si elle peut nous être un renfort elle n’obéit pas pour autant strictement aux lois et aux frontières de la volonté humaine. Dire que la mémoire, notre mémoire d’humains, retombe toujours sur ses pattes ou qu’elle recouvre invariablement son équilibre est une interprétation ainsi qu’une aspiration humaine.

Nous portons en nous une certaine mémoire. Mais nous n’en savons pas grand-chose.

A Quéven, juillet 2025. Photo©Franck.Unimon

Je peux nĂ©anmoins encore me rappeler, pour l’instant, que ma fille et moi sommes revenus de notre semaine de vacances dans le Morbihan il y a bientĂ´t un mois. Nos premières vacances en duo depuis sa naissance il y a bientĂ´t douze ans. Depuis notre retour, je n’ai pas pu prendre le temps de commencer Ă  Ă©crire cet article dans des conditions qui me convenaient :

J’ai repris le travail. J’ai emmené ma fille à la gare Montparnasse pour qu’elle parte à sa première colonie de vacances. J’ai fait plus de cent kilomètres en voiture aller et retour pour me rendre à Rogny les Sept écluses afin d’aller chercher un chaton que j’avais seulement vu en photo afin de l’adopter. Un chaton donné par la sœur d’une collègue.

C’est la première fois que j’adopte un animal domestique. Je l’ai fait après une conversation avec ma compagne dont certains des arguments m’ont convaincu :

Nous connaissions une deuxième vague de souris depuis le mois de Mai après une première fin 2023.

Pour notre fille.

Pour le fait que la prĂ©sence d’un animal « domestique Â» dans un domicile permet certaines transitions.

 L’écriture, tout comme le songe, est une transition.

Mais il faut du temps pour Ă©crire. Il me faut aussi voir se rapprocher ce moment oĂą je « sais Â» que je pourrai donner le meilleur dont je dispose pour lancer l’écriture.

Il y a des articles que j’ai perdus et d’autres qui sont en sursis. Il y en a d’autres aussi que j’ai ratés mais qui m’ont peut-être permis d’en réussir d’autres. Il m’est difficile de savoir à quelle catégorie appartiendra celui-ci en dépit de ma bonne volonté de départ.

J’ai véritablement entendu parler de la Bretagne pour la première fois pendant mes études d’infirmier à Nanterre à la fin des années 80. Dans ma promotion et dans mon école d’infirmières de la Maison de Nanterre (l’ancien nom de l’hôpital de Nanterre qui, aujourd’hui, s’appelle, je crois l’hôpital Max Fourastier) il se trouvait quelques Bretonnes.

J’étais issu d’un baccalaurĂ©at B option sciences Ă©conomiques et du lycĂ©e. Comme aurait pu le prĂ©tendre l’humoriste Fabrice EbouĂ©, qui Ă©tait alors très loin d’ĂŞtre connu voire Ă  l’Ă©cole primaire, je n’avais alors « rien vĂ©cu ».

J’étais un petit noir à lunettes né en France, dans une ville communiste de banlieue parisienne, à Nanterre, ancien sprinter de niveau régional qui avait pourtant voulu devenir le nouveau Carl Lewis.

Mes parents, deux Antillais de naissance, avaient quittĂ© Ă  la fin des annĂ©es 60 leur Guadeloupe natale, et plutĂ´t rurale, ainsi que leur commune, Petit-Bourg.  Afin d’essayer d’amĂ©liorer leur condition sociale et personnelle.

Et, Ă  l’école d’infirmières, ces Bretonnes que je rencontrais, parmi d’autres, avaient, elles, quittĂ© leur Bretagne natale pour venir effectuer leurs Ă©tudes en rĂ©gion parisienne. Leur souhait Ă©tant, pour plusieurs d’entre elles, de repartir vivre dans leur rĂ©gion d’origine dès qu’elles le pourraient. Pour se marier, acheter une maison, faire des enfants. Des projets dont j’Ă©tais incapable de m’emparer et par lesquels je me sentais assez peu concernĂ©. 

Après l’obtention de leur diplôme d’infirmière, certaines sont retournées en Bretagne. D’autres, moins. Moi, je suis resté vivre en banlieue parisienne. Malgré le fait que, pendant un temps, mon père m’ait répété que la France était le pays « des Blancs » et que je n’avais rien à faire en France. Si je l’avais écouté ou suivi à la lettre, après mon diplôme, je serais parti vivre en Guadeloupe et ce serait un article différent que j’écrirais aujourd’hui puisque j’écrivais déjà et qu’après avoir voulu être le nouveau Carl Lewis, à défaut de pouvoir devenir le nouveau Miles Davis, j’espérais vraisemblablement être le nouveau Aimé Césaire, le nouveau Richard Wright ou un de ces intellectuels ou penseurs qui « comptent ».

En attendant, j’ai ensuite rĂ©entendu parler de la Bretagne par…la Grande-Bretagne. L’ Ecosse a fait partie de mes premiers voyages en dehors de la Guadeloupe. Avec la Yougoslavie en 1989. Puis, il y a une vingtaine d’annĂ©es, j’ai Ă©tĂ© amoureux d’une Bretonne, Highlander, originaire du Finistère. Car il faut bien une histoire d’Amour, de dĂ©samour, de violence ou d’injustice quelque part pour fixer notre mĂ©moire ou l’inspirer. Celles et ceux qui ont aspirĂ© ou qui aspirent Ă  devenir de grands artistes ou de grands penseurs qui changent le Monde et la CrĂ©ation le savent.  

Au dĂ©but de ma rencontre avec Highlander (j’avais une trentaine d’annĂ©es), je m’étais dit : « ça y’est, j’ai rencontrĂ© la femme de ma vie ». Highlander avait trois chats lorsque je l’ai connue. 

Ajoutons à cela qu’à la même époque, j’avais aussi rencontré Georgette France, notre cadre infirmière, qui avait invité plusieurs d’entre nous à venir passer un week-end chez elle en Ile-et-Vilaine après son départ à la retraite.

Bien que Georgette France n’ait pas de chats, j’ai continuĂ© par la suite Ă  venir passer des week-end chez elle et son mari. Mais peut-ĂŞtre  Ă©tais-je devenu, sans m’en apercevoir, un de ces nombreux chats qui reviennent dans ces maisons oĂą ils mangent très bien et oĂą ils se sentent en sĂ©curitĂ© avant de s’en aller jusqu’Ă  la fois suivante. 

Entre l’Ile-et-Vilaine et le Finistère, il est difficile de se croire en Poitou-Charente ou dans les Bouches du Rhône. Nous sommes bien en Bretagne.

La Guadeloupe, les Antilles, font rĂŞver beaucoup de personnes :

Les touristes, celles et ceux qui s’y sentent délestés de toutes leurs contraintes et histoires personnelles, sociales et familiales ; toutes et celles et tous ceux qui, lorsqu’ils y passent des vacances en famille s’y sentent libres ou chez eux.

Malheureusement, je n’ai jamais été libre ou suffisamment chez moi durant mes vacances estivales de deux mois lors de mon enfance et mon adolescence en Guadeloupe. J’y ai même été plus enfermé que dans la cité HLM où nous habitions encore à Nanterre, allée Fernand Léger, en face de l’école Robespierre.

Toute forme d’oubli ou d’abandon m’était difficilement possible en Guadeloupe. Je me retrouvais régulièrement sur le tarmac du temps qui ne passe pas ou alors très très lentement.

Et de la mémoire qui vous happe.

La mĂ©moire de la peur. De la mĂ©fiance. De la rĂ©putation. Une mĂ©moire pas très cool. Pas très sereine. Pas beaucoup portĂ©e sur le soleil ou l’optimisme. Pas très Francky Vincent. PlutĂ´t Ă©trangère Ă  la mĂ©ditation comme Ă  la contemplation. 

Il existait toujours une bonne raison Ă  cela. Une crainte ou une inquiĂ©tude. Un Ă©vĂ©nement passĂ©. Un devoir. Une exigence.  Une croyance. Ou une absence de moyens.

En rĂ©gion parisienne, cette mĂ©moire pouvait se diluer dans l’Hexagone au grĂ© des horizons et des personnes diffĂ©rentes que j’y rencontrais. Mais au pays, cette mĂ©moire pouvait vous reprendre Ă  n’importe quel moment tel le dealer qui, d’une main, vous sourit et vous dĂ©livre la substance agrĂ©able et qui, de l’autre, vous sĂ©questre soudainement, vous avertit d’un danger possible ou imminent ou vous saisit votre âme ou votre paie.

Sauf que le dealer Ă©tait un membre de la famille, un « proche », un ami, qui connaissait mieux que vous le pays et le territoire lorsqu’il n’Ă©tait pas plus âgĂ©, donc plus expĂ©rimentĂ© que vous. Il avait donc toujours et systĂ©matiquement plus de Savoir que vous d’une façon ou d’une autre. Et ce qu’il vous administrait, c’Ă©tait toujours une vĂ©ritĂ© que cela vous plaise ou non. Il fallait donc l’Ă©couter.

Il y avait aussi des moments agrĂ©ables ou très agrĂ©ables mais c’Ă©tait alĂ©atoire. Je n’avais pas la main dessus. Je vivais ou restais lĂ -bas,  deux mois durant, dĂ©possĂ©dĂ© de la possibilitĂ© d’entreprendre une action quelconque pouvant m’assurer de faire d’un moment de plaisir, une certitude. 

La prĂ©sence d’une mĂ©diathèque ou d’une activitĂ© culturelle voire sportive rĂ©gulière avec des jeunes de mon âge ou voire des Ă©ducateurs officiels ou non aurait pu sauver mes expĂ©riences d’enfant et d’ado mĂ©tropolitain ou nĂ©gropolitain en vacances en  Guadeloupe. 

Pour moi, il n’y en n’a pas vraiment eu. Ou par intermittences. Car cela demande de la patience ne serait-ce qu’Ă©ducative mais aussi d’avoir certaines ambitions ou certaines visions pour lesquelles nous n’Ă©tions ni entraĂ®nĂ©s ni prĂ©parĂ©s.  Or la patience ne fait pas partie de la palette des vertus les plus recherchĂ©es ou les plus pratiquĂ©es parmi les adultes. Et la Man Tine ambitieuse et clairvoyante de Rue Cases Nègres ne figure pas dans le casting des personnalitĂ©s qui m’ont marquĂ© en Guadeloupe ou en France.  

J’ai donc dĂ» composer avec ce qui m’a Ă©tĂ© transmis et aujourd’hui, je continue de composer. Afin de tenter de produire et non seulement reproduire, ce qui me fait prendre quelques risques :

M’Ă©loigner de la NormalitĂ©, m’exposer, crĂ©er, affirmer et faire reconnaĂ®tre ma normalitĂ©, me tromper, douter, devoir penser par moi-mĂŞme et prendre certaines initiatives. 

En principe, on pourrait retrouver cela dans une histoire d’Amour. 

Je n’ai jamais connu la moindre histoire d’Amour en Guadeloupe. Soit presque l’exact opposĂ© de ce que j’ai pu connaĂ®tre en Bretagne Ă  l’âge adulte ou ailleurs plus jeune en France.  

RĂ©cemment, Nonrien une amie (qui se trouve avoir des origines bretonnes) m’a demandĂ© la raison de ma « passion Â» pour la Bretagne. C’est peut-ĂŞtre la meilleure rĂ©ponse que je puisse (lui) apporter aujourd’hui. Et c’est peut-ĂŞtre aussi ce qui m’a donnĂ© envie, pour mes premières vacances avec ma fille, de nous rendre en Bretagne cet Ă©tĂ©.

Bien-sûr, en Bretagne, il y a la mer ou celle-ci n’est pas très loin. Cela a son importance.

Lorient, Port de Keroman, Juillet 2025, depuis la Cité de la Voile. Photo©Franck.Unimon

Pour venir en France, mes parents ont bien dĂ» passer par la mer.  Pour dĂ©barquer en Guadeloupe, on sait aussi que nos ancĂŞtres africains ont dĂ» passer sous la contrainte par la mer. 

C’est en Guadeloupe, Ă  Ste Rose, lĂ  oĂą mes parents sont retournĂ©s vivre après avoir fait construire leur maison pour leur retraite que, au dĂ©but des annĂ©es 2000,  j’ai passĂ© mes deux premiers niveaux de plongĂ©e bouteille au club Alavama créé et tenu par Stephan, originaire de Corse. Alavama  semble avoir fermĂ© depuis. Mais c’est dans ce club de plongĂ©e que j’ai vraisemblablement poussĂ© un peu plus loin mon processus de libĂ©ration et d’ouverture personnelle. Un processus d’abord et gĂ©nĂ©ralement assez solitaire.

Ma décision de pratiquer l’apnée quelques années plus tard fait sûrement partie du processus.

Les deux responsables de la section apnée du club de Colombes dont je fais partie depuis quelques années sont… bretons. De ce fait, chaque année, nous faisons un stage d’apnée et de chasse sous-marine…en Bretagne. Cette année, c’était à Loctudy.

Même si je suis d’origine antillaise et que j’aime évidemment me baigner dans la mer chaude, je n’ai pas d’appréhension particulière dans le fait d’entrer dans une mer plus froide. Il m’est arrivé et il peut m’arriver d’avoir envie de faire l’expérience d’une plongée sous glace avec bouteille ou en apnée.

Et puis, à l’image de mes séjours en Yougoslavie et en Ecosse, je préfère autant que possible éviter certaines destinations surchargées ou convenues.

Habituellement, en été, la majorité des vacanciers est obsédée par les plages du sud de la France. En hiver, l’obsession se dirige tel un revolver vers les sports d’hiver.

Je ne supporte pas les embouteillages. Je trouve que lorsque nous sommes insérés dans nos véhicules comme des saucisses sur des milliers de kilomètres sur la route, que nous sommes à l’apogée de l’absurdité de notre officielle modernité.

Je ne supporte pas de me retrouver allongĂ© sur une serviette dans le sable parmi une foule de vacanciers au bord d’une plage. Et si j’ai pu aller deux ou trois fois « faire Â» du ski, ce qui m’a plu, je ne cours pas après cette frĂ©nĂ©sie des sports d’hiver.

Lorsque je parle de mes moments dĂ©sagrĂ©ables et dĂ©cisifs en Guadeloupe, je n’omets pas les expĂ©riences privilĂ©giĂ©es que j’y ai aussi faites :

Quand on a pu connaĂ®tre dès l’enfance les plages de la Guadeloupe oĂą l’on a pu se baigner sans encombrement, ensuite, on ne peut pas s’émerveiller devant « l’évĂ©nement Â» de l’ouverture de l’Aquaboulevard dans Paris ; contrairement Ă  Gavroche, l’amie parisienne qui m’y avait alors entraĂ®nĂ© il y a plusieurs annĂ©es. Pas plus que je ne peux accepter de faire près de 800 kilomètres afin de me retrouver dans le sud de la France sur une plage bondĂ©e dans une ville bâclĂ©e par des commerces touristiques grossiers.

D’ailleurs, l’une des seules fois oĂą je suis allĂ© passer quelques jours sur une plage en Ă©tĂ© dans le sud de la France, c’était aussi avec cette mĂŞme amie parisienne, celui qui allait devenir son mari et mon meilleur ami.

MalgrĂ© mon amertume et l’ambivalence de mes sentiments envers mon histoire avec la Guadeloupe, moi, le Moon France ou le Bounty, je lui suis non seulement attachĂ©- ou enchainĂ©- et je l’ai suffisamment « vue Â», « vĂ©cue Â» et approchĂ©e pour connaĂ®tre un certain nombre de ses atouts.

« Le Breton Â», la femme comme l’homme, est pareil. « Le Â» Breton est semblable Ă  beaucoup de personnes qui sont attachĂ©es Ă  leur rĂ©gion. Â« Le Â» Breton est gĂ©nĂ©ralement fier de sa ville ou de sa rĂ©gion.

A Lorient, juillet 2025. Photo©Franck.Unimon

Pourtant, les deux ou trois fois oĂą j’ai prononcĂ© le nom de la ville de Lorient devant un Breton ou une Bretonne, j’ai Ă  chaque fois Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© de devenir le tĂ©moin de ce silence un peu particulier suivi de l’impossibilitĂ© pour elle ou lui de me parler de cette ville. Car il ou elle ne la connaissait pas ou n’y Ă©tait jamais allĂ©(e). Le contraste entre la façon dont le nom de cette ville stimulait mon imaginaire, Lorient, et cette absence d’enthousiasme ou ce simili mouvement de recul poli que je saisissais chez mon interlocutrice ou mon interlocuteur m’a toujours interpellĂ©. Pour moi, Lorient, c’était au minimum la mer, la Bretagne et, chaque annĂ©e, en Ă©tĂ©, le festival interceltique de Lorient, donc de la musique, donc, de la vie. Mais en face de moi, on s’effaçait devant tout « Ă§a Â».

Pendant des annĂ©es, au dĂ©but du vingtième siècle, la Bretagne a Ă©tĂ©, je crois, la rĂ©gion la plus pauvre de France. Encore rĂ©cemment, en juillet avant notre sĂ©jour, Batman, un ami (Breton),  m’avait  appris que le terme « plouc Â» Ă©tait autrefois utilisĂ© pour dĂ©signer les paysans Bretons. C’est dire Ă  quel point les Bretons, et la Bretagne, dans l’imaginaire collectif français, reviennent de très très loin.

Nos collègues, voisins ou amis bretons nous parlent rarement de cette époque mais il est probable qu’il leur en reste quelque chose. Et que cela peut expliquer cette fierté bretonne dont je parlais quelques lignes plus tôt. Car la Bretagne a de sacrés atouts tant touristiques, que culturels…ou immobiliers.

Même si l’on rappelle les dégâts des élevages porcins, des nitrates et des algues toxiques et mortelles sur certaines plages. Même si l’on parle de Bolloré. Ou de la dynastie Le Pen. Et, récemment, je n’ai pas entendu parler de Lorient lorsque des mauvaises nouvelles émanent de la Bretagne.

D’un point de vue culturel, pour évoquer la Bretagne, spontanément, je pense d’abord à Per Jakez Hélias. Je n’ai toujours pas lu son ouvrage Le Cheval d’orgueil paru en 1975 ( j’avais 7ans et cela correspond à l’année de mon premier voyage en Guadeloupe avec mes parents) mais j’ai écouté- et aimé- certains de ses contes.

Je pense aussi Ă  la compositrice, harpiste et chanteuse Kristen Nogues voire Ă  son compagnon Jacques Pellen, guitariste et compositeur. MĂŞme s’ils sont aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©s, je ne crois pas discrĂ©diter la culture bretonne en les citant.  

Je pourrais peut-ĂŞtre aussi mentionner le livre MĂ©moires du large « de Â» Eric Tabarly ou un  ouvrage de Olivier de Kersauson que j’ai lus. Mais mĂŞme si Tabarly et Kersauson sont Bretons, en tant que marins et compĂ©titeurs, ils font aussi partie de ces personnes que je qualifierais de « sportifs Â» de l’extrĂŞme mais, surtout, de femmes et hommes libres ou rĂ©sistants Ă  l’image, pour moi, de personnalitĂ©s telles que Ellen Mac Arthur, Florence Arthaud, Elizabeth Revol, HĂ©lie de St Marc, Maitre Jean-Pierre Vignau, Madeleine Riffaud, Daniel Cordier. Et, comme eux ou avant eux :

Angela Davis, Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcom X, Miles Davis, James Baldwin, Richard Wright, Chester Himes, AimĂ© CĂ©saire, Frantz Fanon, les Black Panthers, Bob Marley, Muhamad Ali ( mĂŞme si, aujourd’hui, j’ai plus de mal avec certains de ses travers envers Malcolm X ou Joe Frazier ) James Brown, Kassav’… ainsi, sans doute, que  tous les artistes et Ă©crivains qui, contrairement Ă  moi, ont explicitement prĂ©servĂ© le CrĂ©ole ou s’expriment Ă  travers lui  que ce soit par Ă©crit, oralement, Ă  travers la musique, le cinĂ©ma, un autre art ou une pratique que je n’ai pas mentionnĂ©, que je suis incapable de formuler ou Ă  laquelle je n’arrive pas Ă  penser.

Je peux néanmoins citer au moins les musiciens et compositeurs réunionnais Ann O’aro, René Lacaille, Maya Kamaty ou les films Kouté Vwa du Guyanais Maxime Jean-Baptiste (sorti dans quelques salles récemment) Zion du Guadeloupéen Nelson Foix ou Sac la mort d’Emmanuel Parraud. Sans oublier évidemment des références littéraires comme Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau ou Maryse Condé, René Depestre, Frankétienne et d’autres qui ont plutôt tendance à être aimantés par l’envers du décor, par le dessous des serviettes de plage, des crèmes solaires et des cartes sociales ou raciales.

Un film comme L’épreuve de feu d’AurĂ©lien Peyre dĂ©couvert au cinĂ©ma ce 15 Aout avant d’aller voir KoutĂ© Vwa (mais aussi Bahd de Guillaume de Fontenay !) peut aussi me faire le mĂŞme effet mĂŞme si je peux prendre grand plaisir Ă  aller voir un film axĂ© sur le spectacle ou l’humour.

Cependant, avec la ville de Lorient, sans le savoir, je retournais avec ma fille vers une partie de l’Histoire qui nous Ă©loigne de la vision de carte postale de la Bretagne. Je m’éloignais des villes et des lumières attractives telle la ville Pont-Aven pourtant proche et dont « tout le monde Â» m’avait dit beaucoup de bien. Car c’était une ville Ă  voir etc….

Je reste marquĂ© par ces paroles du rappeur Mc Solaar Ă  l’époque oĂą il Ă©tait, pour moi, une forme d’absolu, alors que je reste un amateur vraiment limitĂ© en Rap :

« Il Ă©tait vraisemblable que tous les faux semblants de la farce humanitaire aboutiraient au nĂ©ant. C’est une boule Ă  facettes comme dans les discothèques. Ça reflète Ă  la lumière et sans elle…pfou…du vent. J’aime les images fortes car je suis comme toi. Le poids des mots et le choc des photos… Â». ( extrait de son duo avec le rappeur Guru pour le titre Le bien, le mal).

Finalement, c’est peut-être en raison de mon rayonnement profondément dépressif que ma fille et moi ne sommes pas allés à Pont-Aven durant notre semaine dans le Morbihan.

J’ai hésité. C’est un choix que j’ai fait sans en discuter avec ma fille.

En l’entraĂ®nant peut-ĂŞtre davantage dans les sillons de ma dĂ©pression. Car Lorient, mĂŞme si elle connait un certain renouveau depuis plusieurs annĂ©es, a hĂ©ritĂ© d’une histoire triste du fait de la Seconde Guerre Mondiale.

Lorient, près du Bunker K3. Juillet 2025. Photo©Franck.Unimon

Je sais qu’en faisant ce « choix Â» d’éviter Pont-Aven que je prenais le risque de passer pour un gogo. Mais je sais aussi que l’on voyage et que l’on vit diffĂ©remment selon que l’on se trouve avec son enfant mineur ou selon le fait que l’on circule seul ou avec d’autres adultes.

Selon ce que l’on peut partager et/ou transmettre.

Visiter une ville avec une enfant de bientĂ´t douze ans, cela peut lui plaire. Mais cela peut aussi l’ennuyer si ce que l’on trouve sur place, c’est de belles vitrines de magasins et des jolies maisons. A l’inverse, « L’ Histoire » de Lorient, elle, grâce Ă  l’apport des visites guidĂ©es Ă  la CitĂ© de la voile, lors de la visite du Bunker K3 et du sous-marin Flore, peut parler Ă  une enfant ainsi qu’aux adultes qui l’accompagnent.  Cela peut permettre aussi certaines conversations. Et j’ai tenu, avant tout, Ă  ce que ma fille passe de bonnes vacances. Qu’elle ne doive pas se contenter de me suivre partout oĂą je l’emmenais.

Aujourd’hui, je peux dire que nos vacances lui ont plu. Mais c’est seulement maintenant que je peux l’affirmer. Car, Ă  l’origine, je n’avais rien prĂ©vu. 

Lorsque nous sommes arrivés à Quéven en juillet, ma fille et moi, là où j’avais réservé une maisonnette pour une semaine, je n’avais pas de programme établi. Mais Peut—être que ma mémoire, elle, avait déjà certains projets pour nous.

Franck Unimon, ce dimanche 17 aout 2025.

 

 

 

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Pour les Poissons Rouges

Etre gentil

Photo©Franck.Unimon. Lorient, près du port de Keroman, juillet 2025.

Etre gentil

Au dĂ©but de cet Ă©tĂ©, Nonrien, une ancienne collègue et amie qui a longtemps travaillĂ© dans la finance m’a un petit peu mis au dĂ©fi d’écrire sur la gentillesse. C’était sur le « rĂ©seau social Â» Facebook qui, dĂ©sormais, s’appelle Meta quelque chose et qui est, avec les annĂ©es, devenu une sorte de maison de retraite pour les vieux qui continuent de s’exprimer Ă  propos de sujets toujours très importants pour eux sur les rĂ©seaux sociaux.

Les réseaux sociaux sont beaucoup devenus à notre existence ce qu’un pace-maker peut être au cœur. Cela nous anime. Cela nous permet de continuer de croire que nous sommes toujours jeunes, dynamiques, attractifs, originaux et dans le coup.

Ce qui, pendant ce temps, arrange bien par exemple le train de vie du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg. Lequel a tout fait ou fait beaucoup comme d’autres pour pouvoir ronronner au plus près de Donald Trump, réélu Président des Etats-Unis il y a quelques mois.

Si Mark Zuckerberg est plus jeune que moi (il doit avoir la quarantaine), le Président Donald Trump est bien plus âgé que moi avec ses plus de soixante dix ans.

Mais quel que soit leur âge véritable, ce ne sont pas des gentils.

 

On peut bien sûr beaucoup les décrier moralement.

Photo©Franck.Unimon

Cependant, afin d’être le plus exact ou le plus « juste Â» possible, il faudrait aussi accepter de les dĂ©crire comme des meneurs, des dĂ©cisionnaires, des autocrates, des entrepreneurs, des combattants, des survivants, des personnes qui ont changĂ© et changent le Monde, des modèles, des personnes qui ont rĂ©ussi ou qui rĂ©ussissent.

Ce sont aussi des milliardaires et, on l’a compris, des êtres de Pouvoir qui sont courtisés, admirés, haïs et craints.

Moi, si je devais me comparer Ă  eux deux pour commencer, j’aurais plutĂ´t l’impression de me dĂ©placer en tuk-tuk dans la gĂ©henne. Car  je fais plutĂ´t partie des vieux ou des plus en plus vieux, les plus nombreux, qui sont toujours restĂ©s hors des cercles oĂą se trouvent un Donald Trump ou un Mark Zuckerberg sauf pour y ĂŞtre pigeonnĂ© ou siphonnĂ©.

Il est des personnalités a priori plus « sympathiques » qui ont réussi et qui ne sont pas, non, plus, des gentilles personnes. Je me rappelle de l’ancien Footballeur professionnel Olivier Dacourt, relatant que, de son point de vue, parmi tous les Footballeurs français professionnels qui avaient réussi, il voyait uniquement Robert Pires. Evoquant ensuite (avec respect et une même admiration) d’autres Footballeurs professionnels, il a ajouté ceci :

« Zidane, c’est pas un gentil. Thierry Henry, c’est pas un gentil. Makelele, c’est pas un gentil ».

La gentillesse ou le seul fait d’être gentil ou d’avoir « du mérite » est donc, en pratique, incompatible avec le fait de « réussir ».

Quéven, juillet 2025. Photo©Franck.Unimon

 

Or, en plus d’ĂŞtre de plus en plus vieux, je suis un gentil. Donc, un gogo, donc une proie, donc un imbĂ©cile, donc, un crĂ©dule, donc une victime potentiel(le) ou accompli(e) chaque fois que j’ai eu Ă  rencontrer dans ma vie des personnes qui, de près ou de loin, ont pu ou peuvent faire « leur » Mark Zuckerberg ou « leur » Donald Trump. Ou leur Zidane. Ou leur Thierry Henry. Ou leur Claude Makelele.

Et ce ne sera pas très différent si j’adjoins à ces exemples des noms de femmes qui ont « réussi ».

La « gentillesse Â» ou le fait d’être gentil, de manière isolĂ©e, ne semble pas garantir la rĂ©ussite, quelle qu’elle soit, dans la vie.

«  Elle ( ou il) va rĂ©ussir dans la vie car elle ( ou il) est très gentil (le) ». Ceci est un conte de fĂ©es.

Le genre de la gentillesse

Lorsque Nonrien m’a un peu provoquĂ© pour cet article, il s’agissait d’un jeu entre elle, une femme d’acabit fĂ©ministe, et moi, un mâle, afin que je m’expose un peu concernant le sujet de la gentillesse qui fait ou ferait beaucoup dĂ©faut aux hommes dans une sociĂ©tĂ© et dans un monde oĂą, de manière gĂ©nĂ©rale, la femme ou le genre fĂ©minin, est souvent malmenĂ©, violĂ© ou massacrĂ© par le genre masculin, les mecs, les hommes, les gars, les machos, les virilistes, les violeurs, les Metoo, les abuseurs, les harceleurs, les pervers narcissiques, les tueurs en sĂ©rie mais aussi les incestueux. Ou, plus « simplement Â», les militaires, les extrĂ©mistes religieux et les milices dans les pays, les rĂ©gions ou les guerres oĂą ils pratiquent leurs violences et tiennent leurs laboratoires de souffrances en tout genres.

Ou pour employer le terme : par les multiples agents, reprĂ©sentants, enseignants, diplomates et acteurs du Patriarcat. J’ai employĂ© et Ă©crit le terme une fois dans l’article et je ne le rĂ©pèterai pas. Car j’estime que j’ai fait mon devoir lexical Ă©tant donnĂ© que le mot « Patriarcat » ( cela fera finalement deux fois) est employĂ© dans tout article, Ă©crit ou discours  qui a une certaine volontĂ© ou intention fĂ©ministe. MĂŞme si je ne me dĂ©clare pas particulièrement fĂ©ministe. En fait, j’attends de voir qui j’ai en face de moi avant d’ĂŞtre plus ou moins fĂ©ministe.

Il arrive que des femmes soient d’emblĂ©e ou rapidement tellement agressives socialement, verbalement, qu’elles ne me donnent pas du tout envie d’ĂŞtre « gentil » mais plutĂ´t de prendre mes distances. Je pense en particulier Ă  deux ou trois collègues, heureusement minoritaires, que j’ai pu rencontrer ou peux rencontrer. Je repense aussi Ă  cette femme, comĂ©dienne, fille d’attachĂ©e de presse, qui m’avait plutĂ´t prise de (très) haut après ĂŞtre arrivĂ©e en retard au cimetière Ă  l’enterrement  du rĂ©alisateur qui lui avait donnĂ© le premier rĂ´le d’un de ses derniers films.

Je ne crois pas que ce soit le chagrin qui lui avait inspirĂ© une telle attitude. Mais plutĂ´t le fait que j’Ă©tais un moins que rien. MĂŞme pas journaliste Ă  TĂ©lĂ©rama.  MĂŞme pas Mark Zuckerberg. Mais seulement un blogueur inconnu dont le nom du blog Ă©tait lui-mĂŞme tout autant inconnu et qui Ă©tait venu la saluer avec le sourire comme il la rencontrait pour la première fois. Un homme qui, sur la demande de sa mère, avait pris le temps quelques annĂ©es plus tĂ´t de lire le scĂ©nario du projet de son premier court-mĂ©trage afin de donner son avis en tant que journaliste cinĂ©ma. 

MalgrĂ© les Ă©vidents manques de savoir-vivre de ces quelques personnes fĂ©minines et peut-ĂŞtre fĂ©ministes, par contre, je dois faire avec les chiffres, les statistiques et les informations que j’ai ou reçois :

Les agresseurs de la gente fĂ©minine, mais aussi dans le monde, sont en grande majoritĂ© des hommes tant dans la sociĂ©tĂ© civile que dans la sociĂ©tĂ© religieuse et militaire. Et, moi, je fais partie des « zomes ». Cette zone de l’humanitĂ©, qui appartient au genre masculin, la plus agressive et la plus meurtrière sur Terre.

Photo©Franck.Unimon

Je ne crois pas pour autant que les femmes soient spĂ©cifiquement plus gentilles que les hommes. Ou qu’une femme est obligatoirement plus gentille ou plus indulgente qu’un homme. Renaud l’avait affirmĂ© Ă  une Ă©poque dans sa chanson Miss Maggie et il est peut-ĂŞtre devenu ( plus) alcoolique Ă  la suite de ça. 

Jusqu’à maintenant, j’ai seulement citĂ© deux hommes, Zuckerberg et Trump et quelques footbaleurs professionnels. Mais on peut ĂŞtre gentil et avoir un peu d’humour. Et j’aime dire en chuchotant, pour faire un clin d’œil tant Ă  la politique actuelle en France qu’à un ancien film du rĂ©alisateur Etienne Chatilliez :

« Je crois que Dati (Rachida) est mĂ©chante…. Â».

On saura me rappeler que dans un milieu masculiniste, très conservateur, compĂ©titif, très exclusif, très raciste ne serait-ce que socialement et très violent (comme celui de la politique) qu’être une femme revient presque Ă  porter un bandeau sur les yeux dans un terrain minĂ© et lardĂ© de crevasses en se promenant en petite culottes avec un wonderbra. Et encore plus quand on est une femme d’origine arabe et de condition sociale modeste au dĂ©part alors que l’on s’appelle Rachida, un prĂ©nom impossible Ă  confondre avec ValĂ©rie, Nathalie, Mathilde, SĂ©golène, Simone, Edith, Marine, Marion, Nadine, Aurore, Sandrine….

Aussi, Ă  sa façon, Rachida Dati incarne un peu depuis plusieurs annĂ©es un modèle de rĂ©ussite et de survie dans cet environnement politique. Et j’en conviendrai facilement. Car, de toutes les femmes nommĂ©es Ministres par Nicolas Sarkozy lors de sa PrĂ©sidence unique, Rachida Dati est la seule Ă  s’en ĂŞtre aussi bien sortie. Peut-ĂŞtre que Rachida Dati devrait donc ĂŞtre la future Marianne de France. MĂŞme si je ne voterais pas pour elle tant ses excès nĂ©cessitent selon moi qu’elle soit jugĂ©e ou freinĂ©e un jour ou l’autre. MĂŞme si, Ă  mon avis, du fait de ses hautes Ă©tudes, et de ses habilitĂ©s personnelles hors-normes ne serait-ce qu’en matière de sĂ©duction sociale, Rachida Dati sait très bien se placer. Elle sait très bien avec qui s’allier, qui rencontrer. Et qu’elle n’a rien Ă  voir avec moi, l’espèce de gentil, dans ces domaines. Jamais, nous n’aurions Ă©tĂ© amis ou alors je lui aurais plutĂ´t servi.

Mais, j’aime me rappeler sa performance qui avait consistĂ© Ă  faire reculer François Fillon alors que celui-ci, encore Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, avait commencĂ© Ă  envisager de rĂ©cupĂ©rer la mairie du 7èmearrondissement dont elle Ă©tait devenue la maire depuis 2008. J’avais beaucoup aimĂ© que Rachida Dati fasse comprendre Ă  François Fillon- qui s’Ă©tait trouvĂ© quelques affinitĂ©s  avec Marine Le Pen- que l’on pouvait s’appeler Rachida et rester maire du 7ème arrondissement de Paris. Je me suis rĂ©gulièrement demandĂ©, aussi, comment Dati avait pu cohabiter au moins avec un Ministre influent comme Brice Hortefeux, plutĂ´t raciste vieille France.

D’autre part, je ne me suis jamais senti proche de Rama Yade, nommée Ministre par Nicolas Sarkozy en même temps que Rachida Dati, même lorsque celle-ci avait voulu jouer la carte de la victime du fait de sa couleur de peau (noire comme la mienne). Ou lorsqu’elle avait voulu faire croire qu’elle était proche du peuple en tentant de s’installer politiquement en banlieue parisienne dans le 92..

 

Si je parle autant de figures politiques, c’est peut-être parce-que le sujet de la gentillesse/le fait d’être gentil est finalement très très politique. Mais il s’agit de la politique du quotidien et de la vie de tous les jours.

Photo©Franck.Unimon

Qu’est-ce que ça veut dire, ĂŞtre gentil ?

Dans son livre, Red Flags en amour ( Petit guide pour esquiver les relations toxiques), que j’ai lu en une heure durant mes vacances Ă  la mĂ©diathèque Les Sources de QuĂ©ven ( dans le Morbihan), Anne Latuille raconte avoir rencontrĂ© un homme qui, au dĂ©but de leur relation, lui avait affirmĂ© avoir « une grande ( ou une très grande) intelligence Ă©motionnelle Â».  

Puis, assez rapidement, le Monsieur ne s’était pas montré à la hauteur de ses déclarations.

Je ne m’exprime pas ici comme une personne douée d’une grande intelligence émotionnelle. Je ne m’exprime pas non plus comme féministe. J’ai même tendance à être très réservé voire très critique envers les hommes (célébrités ou non) qui s’affichent comme féministes comme si cela allait de soi. Comme si cela était si évident et si facile que cela d’être féministe. Comme s’il était si facile que ça d’être dépourvu de préjugés et d’être parfait et ouvert à tout en toutes circonstances en somme.

Comme si une entente harmonieuse et équitable était toujours instantanée et facile dès lors que l’on rencontrait ou que l’on vivait avec quelqu’un d’autre, femme ou homme, quelle que soit son origine sociale, culturelle, économique, sa couleur de peau, son ou ses orientations politiques, sexuelles, religieuses ou autres.

En affirmant que je suis un gentil, je ne prĂ©tends donc pas ĂŞtre ouvert Ă  tout. Je ne prĂ©tends pas tout comprendre. Je ne prĂ©tends pas tout accepter. Je ne prĂ©tends pas ĂŞtre « cool Â». Je ne prĂ©tends pas ĂŞtre toujours patient. Je ne prĂ©tends pas avoir tout bon en toutes circonstances.

En disant que je suis un gentil, je raconte qu’il m’est arrivé, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera de rendre des services que l’on ne m’a jamais rendus ou que l’on ne me rendra jamais. Soit parce-que la personne ou les personnes- ou les institutions- à qui j’ai ou j’aurais rendu ces services n’en n’est pas/ n’en sont pas capables. Soit parce-que cette personne ou ces personnes- ou ces institutions- n’en n’a jamais ou n’en n’ont jamais eu l’intention. Soit, parce-que, pour ma part, je n’attendais rien de semblable en retour de cette personne ou de ces personnes ou de ces institutions mais aussi parce-que je n’aime pas forcément demander que l’on me rende service. Voire, je peux me sentir contraint en demandant ce service. Et je peux préférer trouver tout seul ou autrement la solution.

Je raconte qu’il m’est arrivé, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera de me préoccuper pour quelqu’un d’autre sans que cette personne ne me le demande. Et que je suis capable de faire savoir à cette personne que je pense à elle mais aussi lui rappeler que je peux me rendre présent si elle en a besoin dans la mesure de mes moyens.

Je raconte donc que je peux me mettre au service de quelqu’un d’autre. Et que ce n’est pas une formule pour faire joli. Ou pour faire bien. Ou pour faire « genre ».

Je raconte aussi qu’il m’est arrivé, qu’il m’arrive et qu’il m’arrivera plutôt régulièrement de prendre sur moi. D’accepter certains travers d’autres personnes qui ne sont pas vraiment acceptables et qui amèneraient rapidement des conflits voire des pugilats avec un tempérament plus impulsif ou plus explosif que le mien.

Je raconte que je fais de mon mieux afin d’être diplomate mĂŞme pour « recadrer Â» une personne plutĂ´t que de lui sauter Ă  la gueule. Ce qui nous amène au chapitre suivant.

Photo©Franck.Unimon

La personne gentille ne donne pas de coups :

Dans un fim dont j’ai oubliĂ© le titre, l’actrice Jeanne Balibar interprète une cĂ©lĂ©britĂ© radiophonique, je crois, dont la personnalitĂ© est telle qu’il lui est dit :

« Vous avez pris des coups mais vous en avez donnĂ©, aussi Â».

Dans ce film, au début, Jeanne Balibar enferme celle dont elle est amoureuse. Par jalousie. Mais aussi parce que celle-ci lui échappe.

Dans Dogville  rĂ©alisĂ© par  Lars Von Trier en 2003, on peut dire que le personnage interprĂ©tĂ© par Nicole Kidman est une gentille au dĂ©but du film. On peut dire qu’elle, elle  en prend des coups, au dĂ©but du film. Sa gentillesse, sa docilitĂ©, sa disponibilitĂ©, sa patience et son besoin d’être acceptĂ©e et aimĂ©e, semblent stimuler et dĂ©cupler chez les habitants de Dogville des variations de violence qui ne demandaient qu’à « sortir Â». Et sa gentillesse, sa disponibilitĂ© mais aussi sa nouveautĂ© voire sa fraicheur ou sa candeur sont comme des permissions qu’’elle leur donne pour cela.

On peut trouver des similitudes avec le rĂ´le que tient Nicole Kidman dans Babygirl rĂ©alisĂ© en 2024 par Halina Reijn mais aussi dans son rĂ´le avant cela dans Paper Boy rĂ©alisĂ© par Lee Daniels en 2012. A chaque fois, le personnage jouĂ© par Nicole Kidman s’offre Ă  la prĂ©dation de l’autre et peut mĂŞme y trouver une forme de sentiment d’existence ou, voire, d’excitation et de jouissance. Mais aucun des films ne se termine de la mĂŞme manière pour elle.

On peut rappeler l’âge de Nicole Kidman pour chacun de ces films car je crois que les diverses expériences personnelles acquises par Nicole Kidman peuvent aussi expliquer le choix de ces rôles.

Nicole Kidman, nĂ©e en 1967, avait 36 ans pour Dogville. Elle n’était donc pas si jeune que ça. Mais le cinĂ©ma a souvent pour lui de nous faire rĂ©gresser et de nous donner l’illusion « de ». Et c’est d’ailleurs pour cela que l’on s’y croit et que l’on y retourne. Comme certaines histoires d’Amour mais aussi certaines rencontres et certaines amitiĂ©s.

Nicole Kidman avait donc 45 ans pour Paper Boy et 57 ans pour Babygirl. Femme apparemment célibataire et sans enfant dans Dogville, elle interprète une femme qui en déjà a vu et a eu une vie préalable dans Paper Boy. Une sorte de Thelma sans Louise qui résiste à l’amour que lui porte le très jeune Zac Efron. Et qui reste loyalement amoureuse d’un taulard.

Dans Babygirl, Nicole Kidman est une femme et une mère mariĂ©e Ă  l’acteur Antonio Banderas. Une femme que la journaliste LĂ©a SalamĂ©  qualifierait sĂ»rement de « femme puissante Â» puisque dans une sociĂ©tĂ© de New York, elle occupe un poste de direction  important quoique convoitĂ© au moins par un de ses collègues masculins. A moins que ce ne soit plutĂ´t elle, en tant que femme et objet sexuel, que ce collègue mariĂ© plutĂ´t quinquagĂ©naire ne convoite et ne dĂ©sire tout autant.

Puisque la sexualitĂ© est souvent associĂ©e au milieu du Pouvoir. Actuellement, le PrĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump s’applique Ă  se dĂ©marquer autant que possible de Jeffrey Epstein, « poursuivi pour corruption et trafic sexuel de dizaines de mineures puis retrouvĂ© suicidĂ© dans sa cellule, le 10 aout 2019 Â». Alors qu’une vidĂ©o « de 1992 les montre en train de danser entourĂ©s de femmes jeunes Ă  Mar-a-Lago, dans le club privĂ© de Trump, oĂą Epstein a mĂŞme rencontrĂ© Virginia Giuffre, embauchĂ©e pour des massages Ă  l’âge de 17 ans, avant de devenir l’une de ses principales accusatrices. Elle s’est suicidĂ©e en avril dernier Â» ( extrait de l’article Trump : «  Jeffrey dans le dos et chaud aux fesses Â» en première page du journal Le Canard EnchaĂ®nĂ© numĂ©ro 5464 de ce mercredi 30 juillet 2025 Accord bancal entre l’Europe et les Etats-Unis. Après le golf, Trump joue au racket).

Et Rachida Dati, pour parler Ă  nouveau d’elle, avait dĂ©clarĂ© avant la naissance de sa fille Zohra que sa vie sentimentale (et sexuelle ?) Ă©tait « un peu compliquĂ©e Â». Pour expliquer la difficultĂ© pour elle de parler du père. Par la suite, « nous Â» avions appris que sa fille est ou serait la fille d’un chef d’entreprise si je ne me trompe. En tout cas d’un homme qui a « rĂ©ussi Â».

Les dizaines de mineures abusées par Epstein et ses amis ( femmes incluses) ont sans doute rendu peu de coups à leurs agresseurs. Ou alors avec un certain délai de retard.

Ceci est une constante.

Dans le film Mystic River rĂ©alisĂ© par Clint Eastwood Ă©galement en 2003 ( comme Dogville ! ) d’après le livre de Dennis Lehane, l’enfant qui sera reprĂ©sentĂ© adulte par l’acteur Tim Robbins est choisi par deux hommes pĂ©dophiles ( dont l’un porte une alliance catholique si je me rappelle bien) car ceux-ci Ă©valuent que l’enfant qui sera ensuite interprĂ©tĂ© adulte par Sean Penn est une forte tĂŞte et va se dĂ©fendre. Tandis que l’autre enfant, interprĂ©tĂ© adulte par Kevin Beacon est estimĂ© trop malin par les deux hommes. Je prĂ©cise que lors de cette rencontre, les trois gamins ont une dizaine d’annĂ©es, sont copains d’enfance et sont en train de jouer dehors lorsque que ces deux hommes en voiture arrivent.

L’enfant interprété adulte par Tim Robbins sera violé et aussi assassiné deux fois. Voire trois fois si l’on prend en compte l’état de dépression du fils de Tim Robbins à la fin du film lors du carnaval.

La personne gentille ou vue comme gentille peut ĂŞtre rapidement identifiable comme « prenable » tel le sac Ă  la main ou la canne de la petite vieille ou du petit vieux qui marche difficilement Ă  quelques mètres devant nous et qui semble dĂ©jĂ  prĂŞt pour le dernier coup de grâce. A première vue, il n’y a qu’Ă  se servir. Il devrait y avoir très peu d’efforts Ă  fournir. Ce devrait ĂŞtre très vite terminĂ© au bout de quelques secondes.

La dĂ©nomination, le terme « Tu es gentil » ou «  tu es gentille » est donc Ă  double tranchant pour celle ou celui Ă  qui cela s’adresse. Et il vaut mieux, pour elle ou lui, qu’en dĂ©pit de ses apparences de « gentil » ou de « gentille », qu’elle ou qu’il dispose de certaines provisions intĂ©rieures d’agressivitĂ© et de combattivitĂ© qu’elle/qu’il pourra utiliser rapidement et massivement si cela devient nĂ©cessaire. 

Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que tous mes exemples, mĂŞme s’ils sont « bons », sont blancs et plutĂ´t occidentaux, on n’a jamais dit  de :

Malcolm X, Frantz Fanon, Martin Luther King, Miles Davis, AimĂ© CĂ©saire, Nelson Mandela, Angela Davis, Bob Marley, Fela, James Brown, Aretha Franklin,  Chester Himes, James Baldwin, Desmond Tutu, Toni Morrisson, Denzel Washington, RaphaĂ«l Confiant, Patrick Chamoiseau, Maryse CondĂ©, Mohamed Ali ou Barack Obama qu’ils Ă©taient ou sont gentils. On les a acceptĂ©s, on les accepte, on les admire ou craints tels qu’ils Ă©taient ou sont.

La personne gentille court le risque d’ĂŞtre certaines fois perçue comme inoffensive. De pouvoir ĂŞtre domestiquĂ©e. C’est celle dont on peut penser qu’il est possible de caresser la tĂŞte comme un gentil toutou, qui s’excuse d’ĂŞtre lĂ  et prie d’ĂŞtre acceptĂ©e, tolĂ©rĂ©e. 

Le contraire du mot « gentil », ce n’est peut-ĂŞtre pas d’ĂŞtre « mĂ©chant » finalement, mais, plutĂ´t, d’ĂŞtre « sauvage », « d’ĂŞtre rock and roll »,  » s’affirmer », « vibrer »,  » ĂŞtre imprĂ©visible », « violent », « dĂ©terminant », « libre »,  » sans limites », « être instinctif », « être dans l’instant prĂ©sent »…

Dans les films oĂą il joue, personne n’a envie de prendre le risque de caresser la tĂŞte de l’acteur  noir Samuel Jackson comme s’il Ă©tait un petit chien pĂ©kinois. Et ce sera pareil pour l’acteur Denzel Washington. En France, les acteurs noirs et non-blancs doivent plutĂ´t « montrer patte blanche » et rester frĂ©quentables. Ils doivent ou il  vaut mieux qu’ils passent par la comĂ©die, la gentillesse. Autrement, cela choquerait beaucoup trop. L’Ă©quivalent du film Cet Out de l’amĂ©ricain Jordan Peele serait beaucoup trop violent en France, dans le pays des « Droits de l’Homme » ou seul le Rassemblement National et les figures politiques- et certaines personnalitĂ©s mĂ©diatiques- qui s’inspirent de ses idĂ©es ont « le droit » de marteler des propos agressifs, violents et racistes au moins envers les Ă©trangers qui doivent se montrer reconnaissants d’ĂŞtre gĂ©nĂ©reusement accueillis sur le sol français. MĂŞme s’ils ont beaucoup souffert pour arriver lĂ  et qu’ils continuent de trimer pour s’en sortir. 

Pour ma part, il est vrai qu’en tant que gentil, je peux retenir certains de mes coups ou de mes remarques. Et ce que je viens d’Ă©crire depuis « Afin de noircir encore un peu le tableau car je m’aperçois que … » le confirme. Toute cette partie vient de sortir alors que je cela fait dĂ©jĂ  plusieurs heures que je suis sur cet article.

C’est l’oeuvre du refoulĂ© chez le gentil. Et, dans certaines situations, cela m’a dĂ©savantagĂ©. Certains de ces dĂ©savantages ont pu ĂŞtre rattrapĂ©s ou contournĂ©s. D’autres fois, ce refoulĂ© a guidĂ© mes pas et m’a en quelque sorte fait prendre le dĂ©part d’un cent mètres Ă  l’envers. Pendant que d’autres se rapprochaient de la ligne d’arrivĂ©e, moi, je m’en Ă©loignais. J’ai Ă©tĂ© jeune. Cela peut ĂŞtre violent de se prendre ce genre de constat dans la tĂŞte. Et, pourtant, je suis beaucoup moins Ă  plaindre que d’autres d’autant que ma vie, en principe, n’est pas encore terminĂ©e. 

Photo©Franck.Unimon

 

Essai d’introspection d’une personne gentille

Je crois que la personne gentille se trouve à un moment donné dans une course, une compétition ou dans un combat dont elle prend conscience après les autres. Ou bien après les autres.

La personne gentille n’est pas nĂ©cessairement une personne faible, peureuse, idiote ou tout le temps faible et peureuse. Ce peut ĂŞtre une personne optimiste, naĂŻve, pleine de bonnes intentions, un peu ou assez idĂ©aliste, qui croit que les choses peuvent se faire et s’ajuster tranquillement sans qu’il soit toujours nĂ©cessaire de se confronter ou de combattre alors qu’en face, ses interlocuteurs et interlocutrices sont dans d’autres dispositions et font acte d’une moindre bienveillance Ă  son Ă©gard. Ce peut ĂŞtre une personne qui a une mauvaise connaissance de l’environnement oĂą elle se trouve ou une mauvaise perception des personnes ( et de leurs rĂ©elles intentions) qu’elle rencontre ou frĂ©quente. Elle se croit ou se persuade d’ĂŞtre sur la terre ferme alors qu’elle Ă©volue sur des sables mouvants.

Mais il existe d’autres paramètres pour expliquer ce décalage entre la personne gentille et la situation qu’il rencontre.

« Tu es trop bienveillant… Â».

Je me rappelle encore ( je l’ai dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© dans un autre article) de cette remarque que m’a faite plutĂ´t gentiment, de manière Ă©ducative, LĂ©o Tamaki, Maitre en AĂŻkido, alors qu’au Japon, l’annĂ©e dernière, en juillet, lors du Masters Tour qu’il organise chaque annĂ©e, lui et moi venions de faire ensemble un exercice d’opposition.

Pourquoi ai-je Ă©tĂ© aussi bienveillant ? Parce-que je n’étais pas sĂ»r d’avoir bien compris l’exercice. Parce-que je me trouvais « avec Â» ou « face Â» Ă  LĂ©o Tamaki, un expert dans son domaine et organisateur qui plus est de ce Masters Tour.

J’ai très certainement fait montre à son égard de trop de politesse, de trop d’attentions. Et, en cela, j’ai faussé et dilué l’exercice qui n’a rien apporté d’autre que l’observation que je pouvais et peux être trop bienveillant mais aussi trop poli ou trop soumis dès lors que je voue à une personne une certaine admiration ou que j’ai pour elle un respect démesuré.

C’est une attitude que l’on peut retrouver, aussi, lorsque l’on est amoureux d’une personne que l’on idéalise ou que l’on met sur un piédestal. Et avec laquelle on se refuse à être en conflit parce-que l’on croit que notre relation sera meilleure sans conflit. Ou que l’on va la gâcher, voire la perdre, si l’on contredit l’autre. Alors que certains conflits, certaines contradictions, certaines remarques et débats mesurés bien-sûr sont nécessaires afin de mieux s’ajuster.

Mais lorsque l’on est dans sa spirale de gentil, on l’est vraiment, comme pris dans un tourbillon. Et comme me l’a dit ma mère, un jour :  » Lorsque l’on est gentil, on reste un gentil ».

Quelques minutes plus tard, avec Issei Tamaki cette fois, frère de Léo, j’ai eu grosso modo la même attitude. Mais cette fois, celui-ci, m’a demandé :

« Tu rĂ©flĂ©chis ? Â».

ExtrĂŞme bienveillance ou excès de prudence, docilitĂ©, manque de confiance en soi ou doutes quant Ă  ses capacitĂ©s, peur ou crainte de faire ( du) mal ou de mal faire semblent faire partie des inhibiteurs personnels de la personne gentille qui s’imagine tellement brutale et les autres en face si vulnĂ©rables qu’elle peine ou rĂ©siste pour allonger le bras ou dire ce qu’elle a Ă  dire. 

Il m’est arrivé de pratiquer un peu de boxe française. Un sport de combat que j’aime plutôt bien. Et lorsqu’en boxe anglaise ( ce qui nous arrivait lors du cours de boxe française), j’ai pu toucher à la tête un partenaire, je me suis souvent senti mal à l’aise. Ce malaise avait été accentué lorsque ce partenaire était une partenaire même si celle-ci était volontaire et particulièrement combattive. Je savais que dans la tête se logeait un organe vital. Et porter un coup à cet endroit avec la possibilité de détruire ou blesser l’autre m’était difficile à supporter.

Cette attitude constitue ou peut constituer un certain handicap pour la personne gentille, car ,pendant ce temps, ses agresseurs ou ses prédateurs (femmes comme hommes, dans la rue comme au travail ou dans la vie sociale ou conjugale) eux, peuvent en profiter.

C’est dans ces moments-lĂ  que la personne offensive peut prendre un avantage ou un certain ascendant sur la personne gentille. La personne offensive « prend la confiance Â» ou s’habitue Ă  penser et Ă  croire qu’elle peut se permettre d’agir ou de parler comme elle le fait avec une personne « gentille Â». Car la personne gentille ne dit rien ou ne montre pas de rĂ©action particulière. Et, comme on le dit :  

«Qui ne dit mot, consent Â».

Certaines personnes s’en convainquent très rapidement. Ou très facilement.

« S’il ne dit rien, si elle ne dit rien, c’est qu’il ou qu’elle accepte Â». Ou, pire :

 

« Oui, elle/il a bien dit que mais mĂŞme s’il/si elle râle un peu, ensuite, il/le fait quand mĂŞme…. Â».

C’est de cette façon que certaines situations peuvent perdurer parce-que, d’un côté, il y a une personne qui accepte et endure, et, de l’autre côté, une personne (ou plusieurs) qui se servent ou s’imposent ou sont tout simplement dans leur confort personnel jusqu’à un certain égoïsme voire dans la complaisance.

Le jeune d’environ 18 ans que j’avais croisĂ© un jour alors que j’emmenais ma fille Ă  l’école maternelle ou Ă  l’Ă©cole primaire avait sans doute une tĂŞte de gentil lorsque, quelques minutes plus tĂ´t, il s’était fait agresser par plusieurs jeunes pour lui voler son tĂ©lĂ©phone portable. Sa mère m’avait Ă©tĂ© reconnaissante pour avoir permis Ă  son fils de l’appeler depuis mon tĂ©lĂ©phone portable pour la prĂ©venir.

Dans ce que ce jeune m’avait répondu, j’avais compris que ces autres jeunes ( un peu plus âgés que lui) l’avaient repéré dans le train. Il était certes seul et eux, plusieurs, mais plutôt que « gentil », j’en avais aussi déduit que la peur l’avait sûrement empêché d’échapper à ses agresseurs. Un homme ou une femme qui court vite ou qui se réfugie au bon endroit ou auprès des « bonnes personnes » au bon moment a plus de chances d’échapper à ses éventuels agresseurs, même si cet homme ou cette femme est une personne gentille par ailleurs.

Photo©Franck.Unimon

Mais pour cela, il faut d’abord que la victime potentielle perçoive rapidement le traquenard ainsi que les issues qui sont à sa portée lorsque cela est encore possible. Il y a peut-être aussi certaines précautions à prendre afin d’augmenter ses chances pour éviter le traquenard.

Une de mes amies m’a appris qu’elle avait enseigné à ses filles de toujours se mettre dans le métro ou dans le train, dans la voiture la plus proche du conducteur. Avec l’automatisation des lignes de métro, on peut se dire que cette recommandation deviendra plus difficile à suivre dans le temps mais les conseils pratiques de ce genre sont à mon avis très utiles.

Maitre Jean-Pierre Vignau ( plus de 75 ans) m’a dit un jour Ă  l’issue d’un de ses cours :

« Je ne peux pas courir Â». Il se dĂ©place en effet en boitant un peu du fait des sĂ©quelles d’une cascade en voiture qu’il a faite il y a plusieurs annĂ©es et qui s’est mal terminĂ©e. Il avait  entre-autres fait plusieurs infarctus.

En dĂ©pit de son caractère, je trouve en Jean-Pierre Vignau ( voir ( Arts Martiaux) A Toute Ă©preuve : une interview de Maitre Jean-Pierre Vignau  mais aussi les autres articles que j’ai pu Ă©crire inspirĂ©s par lui dans mon blog) une grande gentillesse. Il est le seul Maitre d’Arts martiaux que j’ai rencontrĂ© Ă  ce jour capable d’appeler tous ses Ă©lèves au tĂ©lĂ©phone soit pour les informer ou leur rappeler que les cours vont reprendre. Ou pour leur laisser un message tĂ©lĂ©phonique afin de leur dire qu’il espère qu’ils vont bien et que le principal, c’est d’avoir la santĂ©.

Pourtant, en dépit de sa gentillesse, je sais que le ou les agresseurs qui se risquera/se risqueront un jour à seulement voir en lui un vieux papy qui claudique se rappelleront très douloureusement de leur erreur. S’il reste ou restent suffisamment en bon état.

Je ne dirais pas que Jean-Pierre Vignau est un méchant. Puisque j’ai donné un exemple de sa grande gentillesse. Mais en cas d’agression physique, ou même d’intention d’agression physique, je sais qu’il aura le bagage comportemental mais aussi l’état d’esprit adéquat pour porter les coups là où il faut et quand il le faut. Tandis que la personne gentille, elle, va peut-être hésiter ou trop hésiter ou s’imaginer que, par la parole ou la diplomatie, on peut peut-être essayer de désamorcer la situation.

Par gentillesse ou par pragmatisme, Je ne peux toutefois pas donner raison à cent pour cent à une réaction de défense immédiate ou instinctive. Qu’elle soit physique ou verbale. Certaines personnes réagissent quand même au quart de tour y compris lorsque ce n’est pas justifié. Le personnage de Joe Dalton dans la bande dessinée Lucky Luke en est une très bonne illustration.

Mais je ne peux pas non plus occulter ou oublier qu’il est des circonstances où j’aurais mieux fait de réagir tout de suite ou plus vite que je ne l’ai fait ou ne le fais.

Mais tout le monde n’a pas le tempĂ©rament, la volontĂ© ou la facultĂ© de dĂ©marrer au quart de tour. Cela signifie-t’il donc que la personne gentille est lĂ  pour servir de serpillère ou de dĂ©fouloir ?

Photo©Franck.Unimon

Etre une personne gentille = ĂŞtre une personne non-violente et soumise ?

MĂŞme si je suis un gentil, je ne me vois pas comme une personne non violente ou non agressive.

Je suis capable de violence et d’agressivité. Et je sais en être capable. Je vais donner quelques exemples.

Je suis infirmier en psychiatrie et en pédopsychiatrie depuis plus de trente ans. Donc, je fais partie des soignants.

Qu’est-ce qu’un soignant, si ce n’est une personne qui aspire Ă  sauver partiellement ou totalement les autres ?  Et, Ă  travers, eux, Ă  se sauver toute ou partie lui-mĂŞme ?

Les patients et les familles de patients qu’il rencontre sont des reflets ou peuvent être des reflets ou des bouts de lui-même. Des bouts de questions, des bouts de réponses. Des bouts d’échappatoires. Des bouts d’histoires. Des bouts de solutions. Des bouts de vacarmes, aussi.

Un soignant est donc a priori une personne « gentille Â», « douce Â», « patiente Â», « pacifique Â», « tolĂ©rante Â» voire sacrificielle.

D’autres personnes essaient, elles, de se sauver mais aussi de se pacifier au travers des Arts Martiaux. D’autres, en faisant carrière. En faisant beaucoup de fric. D’autres, en obtenant plus de Pouvoir et plus de fric. D’autres, en collectionnant les conquêtes féminines et/ou masculines. D’autres, en accumulant les expériences et les aventures en changeant d’emploi, de pays régulièrement.

D’autres, en faisant des enfants.

Certaines personnes cumulent tout cela dans le désordre.

L’intention est d’essayer d’arriver quelque part. De faire quelque chose de soi, de son existence, d’obtenir une certaine valeur pour soi ou pour les autres et de vivre certains plaisirs, de faire des expériences que l’on espère extraordinaires ou qui en valent la peine. Et qui valent la peine d’être transmises.

J’ignorais Ă©videmment cela lorsque, Ă  la fin de ma première annĂ©e d’études d’infirmier (j’allais avoir 19 ans), j’ai « fait Â» mon premier stage dans un hĂ´pital de jour en psychiatrie adultes Ă  Colombes. Je me suis donc retrouvĂ© en mĂŞme temps qu’une de mes camarades de promotion avec beaucoup d’adultes. Des personnes plus âgĂ©es que moi. Des soignants ainsi que des patients. Je commençais Ă  dĂ©couvrir la psychose. Pas celle dont on parle dans les mĂ©dias pour parler d’un tueur ou d’un violeur en sĂ©rie qui sème la terreur dans une ville ou dans un village ou celle que l’on a peut-ĂŞtre Ă©voquĂ©e au moment de la pandĂ©mie du Covid et des confinements.

Je parle de la psychose au sens psychiatrique. Tous les patients présents étaient psychotiques. Parmi eux, un homme d’à peu près une trentaine d’années qui, régulièrement, alors que je faisais une partie de dames commentait. Il était très fort. Il était tellement fort que, lui, il ne bougeait jamais telle rangée de pions.

Cet homme avait besoin de dire et de répéter. Même s’il était un patient psychotique, limité, immature, et que son avenir dans la vie était plutôt triste, Il avait fini par m’ulcérer.

Mais je n’avais rien dit. Je ne savais rien faire d’autre.  J’avais pris sur moi. Je n’avais mĂŞme pas pensĂ© Ă  en parler au personnel soignant.

Je n’avais pas prévu au départ de jouer avec lui. Et, je n’avais rien contre le fait de perdre une partie de dames ou plusieurs. J’avais d’ailleurs perdu contre un autre patient plus âgé deux fois de suite sans pouvoir rien faire. Et, la seule fois où j’avais réussi à « battre » aux dames ce patient plus âgé ( environ la cinquantaine) c’était parce-que cet homme s’était mis à penser à ses enfants comme il me l’avait dit au point de ne plus être dans la partie.

Puis, j’ai oubliĂ© comment mais j’ai jouĂ© aux dames avec ce patient qui m’avait vraiment bien « chauffĂ© Â».

Je ne me suis jamais, je crois, montrĂ© sarcastique ou agressif avec ce patient. Mais je me rappelle que ma concentration Ă©tait, dès le premier coup, Ă  un sommet que je n’avais jamais connu. Et que lorsque je « mangeais Â» ses pions, j’éprouvais une sorte de jouissance intĂ©rieure que je n’avais jamais ressentie auparavant- et que je n’ai jamais ressentie depuis- lors d’une partie de dames tandis que, en face, le patient constatait, quelque peu Ă©tonnĂ©, sa dĂ©confiture.

MĂŞme si j’ai « battu » ce patient dans les règles en restant calme et respectueux, je sais qu’il y avait alors une quantitĂ© de violence et/ou d’agressivitĂ© importante qui s’Ă©tait amassĂ©e en moi lors de cette partie de dames.

C’est la même violence et/ou agressivité que j’ai ressentie quelques années plus tard, durant mon service militaire dans le service de psychiatrie adulte à l’hôpital Bégin. J’avais alors obtenu mon diplôme d’Etat d’infirmier et avais décidé de travailler en psychiatrie. Mais pour une des aides-soignantes du service, je n’étais qu’un jeune appelé de plus qui venait effectuer son service militaire dans le service.

Certains des appelés qui faisaient leur service comme moi dans cette unité en psychiatrie disaient quelques fois qu’ils mettraient bien un petit coup ou plusieurs à cette aide-soignante en plaçant sa tête sous un oreiller.

Je n’éprouvais aucun désir pour cette collègue.

Cette femme Ă©tait d’une prĂ©tention ! Mon mari, ceci, mon mari cela. Son mari qui Ă©tait infirmier en rĂ©animation et qui faisait ceci, et qui faisait cela. Et qui savait ceci et qui savait cela.

Elle m’était insupportable. A nouveau, j’avais pris sur moi.

Un jour, cette « collègue, vient me voir. Elle avait compris ou appris que j’aimais Ă©crire et que j’étais plutĂ´t littĂ©raire. Elle avait Ă©crit un courrier, je crois ( j’ai oubliĂ©) et elle me demandait de bien vouloir « corriger Â» les fautes qu’elle avait faites.

Le gentil, comme je l’ai déjà écrit est un optimiste et un naïf. Donc, au début, lorsque cette collègue est venue me présenter son papier, j’ai véritablement voulu lui rendre service. Ma mère fait des fautes lorsqu’elle m’écrit et je ne lui en veux pas. Mais dès que j’ai commencé à voir la feuille de cette collègue gorgée de fautes, cela a été plus fort que moi, j’ai ressenti une bouffée d’agressivité, l’ivresse de la violence, qui s’est mise rapidement à me prendre.

J’avais de quoi humilier ou maltraiter cette collègue.

J’ai dĂ©cidĂ© de corriger deux fautes. Je me suis arrĂŞtĂ© lĂ  puis, en restant calme et poli, j’ai rendu sa feuille Ă  cette collègue en lui disant que, pour moi, le reste Ă©tait bon. Que pour moi, il n’y avait plus de fautes.

Elle a manifesté son étonnement, a insisté un peu et m’a encouragé en me disant que je pouvais vraiment corriger ses fautes.

J’ai décliné poliment. Nous n’en n’avons plus reparlé ensuite. J’ai aussi oublié si, par la suite, cette collègue avait continué de se vanter devant moi.

Il est d’autres circonstances oĂą je sais qu’après une certaine rĂ©pĂ©tition d’une situation qui devient pour moi insupportable ou inacceptable, mon cerveau et mes inhibitions « lâchent Â». Certaines fois, cela prend un certain temps. D’autres fois, moins de temps. Mais je sais que, souvent, ou gĂ©nĂ©ralement, j’essaie ou ai essayĂ© auparavant de « dialoguer Â», de « communiquer Â», de « prĂ©venir Â».

J’ai par exemple appelé une de mes anciennes cadres infirmières pour lui demander de ne pas venir à mon pot de départ. Et, lorsque j’ai appris par la suite qu’elle s’était mise à pleurer dans le service, en se donnant à voir en train de pleurer comme une victime, cela m’avait conforté dans le fait que j’avais pris – assez difficilement au départ- la bonne décision.

Ce n’est pas parce qu’une personne pleure en public qu’elle est gentille ou Ă  toujours la plus Ă  plaindre. J’avais supportĂ© de cette cadre infirmière un certain nombre d’abus de langage et d’autoritĂ© voire de mĂ©pris pendant plusieurs annĂ©es avant de devoir prendre cette dĂ©cision de l’exclure de mon pot de dĂ©part. Et je ne l’ai jamais regrettĂ© mĂŞme si, par la suite, elle et « mon » ancien mĂ©decin chef se sont arrangĂ©s pour me  faire un coup de pute.

Donc, je ne suis pas un gentil tout doux. Même s’il m’arrive d’avoir peur, de me soumettre ou d’accepter ou d’avoir accepté certains comportements ou certains propos déplacés ou agressifs et de m’être « laissé faire » comme on dit.

Photo©Franck.Unimon

Les avantages d’être gentil :

Je crois que c’est peut-être dans le fait de rechercher (et de trouver) d’autres personnes gentilles et, donc, de savoir peut-être s’entourer de personnes gentilles ou à peu près gentilles.

Il est sĂ»rement plus agrĂ©able et plus facile d’être optimiste, lĂ©ger, fantaisiste et confiant dans l’avenir et dans notre entourage si l’on est une personne « gentille Â». Etre un « tueur Â» ou une « tueuse Â» nous donne sans aucun doute bien des avantages en termes de prestige, de Pouvoir ou de rĂ©ussite mais cela signifie aussi que notre tĂŞte est souvent mise Ă  prix et qu’il peut ĂŞtre difficile de trouver des personnes de confiance et, surtout, sincères.

Je ne pourrais sans doute pas me sentir très Ă  l’aise avec les personnes que frĂ©quentent Trump, Zuckerberg ou Dati et celles et ceux qui leur ressemblent ou font tout pour leur ressembler ou leur succĂ©der. Je crois aussi que ces personnalitĂ©s ont besoin de conflits pour exister, pour s’affirmer, pour se prouver quelque chose. Et que leur quĂŞte est sans fin. Je ne crois pas que Trump soit capable de se contenter de la paix. Il lui faut dĂ©truire, s’imposer, manoeuvrer, ou essayer de le faire dès lors que cela lui est possible. Et il sait choisir ses victimes. Les pays europĂ©ens, par exemple, qui n’osent pas trop se confronter Ă  lui. Trump se contrefiche des consĂ©quences sur le long terme. Il se dit peut-ĂŞtre mĂŞme qu’il ne sera plus lĂ  pour les voir ou pour rĂ©pondre de ces consĂ©quences car il sera dĂ©jĂ  mort. En attendant, Trump expose au moins les faiblesses de l’Europe au monde entier, un continent qui, face Ă  lui, au lieu de montrer la mâchoire puissante et intimidante de pays soudĂ©s lui montre plutĂ´t des dentiers de personnes âgĂ©es. Cela va donner de la confiance aux futures puissances qui dirigeront le Monde.

Mais on ne peut pas s’improviser dirigeant. Et que l’on soit gentil ou pas, le principal, est sĂ»rement d’abord d’être vĂ©ritablement soi-mĂŞme. Donc la gentillesse peut ĂŞtre difficile Ă  porter si l’on en supporte rĂ©gulièrement et uniquement les inconvĂ©nients ou si l’on passe son temps Ă  se l’imposer constamment alors que d’autres ont beaucoup moins de scrupules soit pour exploiter notre gentillesse soit pour s’abstenir d’être gentilles ou gentils.

Cela a été un article long. Mais il pourrait être beaucoup plus long.

J’espère surtout qu’il n’aura pas Ă©tĂ© trop redondant ni trop hors-sujet. Je ne sais pas encore si je dois remercier Nonrien de m’avoir lancĂ© sur le sujet de la gentillesse. Mais je suis plutĂ´t satisfait de ma « copie ». Et j’invite Ă©videmment toute personne qui me lira Ă  Ă©crire aussi sur la gentillesse/le fait d’ĂŞtre gentil ou Ă  me faire part de ses commentaires. Je sais que certaines personnes sincères considèrent que l’on n’est « jamais trop gentil( le) ». J’ai exprimĂ© dans cet article la raison de mes quelques doutes Ă  ce propos. Mais je veux bien croire que la gentillesse de certaines personnes soit en quelque sorte confondante mĂŞme si elle les expose Ă  mon avis. Je n’aimerais pas par exemple que ma fille ne soit « que » gentille.

 

Ps : Nonrien n’a jamais travaillĂ© dans la finance. C’est une ancienne collègue infirmière rencontrĂ©e dans un service de pĂ©dopsychiatrie oĂą j’ai travaillĂ© pendant une dizaine d’annĂ©es. Elle est aujourd’hui Ă  la retraite et donne entre-autres des cours.

On peut ĂŞtre gentil et ĂŞtre aussi un peu farceur.

Ps numĂ©ro 2 : on peut voir cet article comme la suite de mon article L’Amour vu par un homme ( L’Amour vu par un homme ).

Photo©Franck.Unimon

Franck Unimon, ce jeudi 31 juillet 2025.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Embolie pulmonaire : balle de vie ?

 

Photo©Franck.Unimon

Embolie pulmonaire : balle de vie ?

Hier soir, pour la première fois depuis un an et demi, après une concertation avec le pneumologue qui me suit dans le service de consultation d’un hĂ´pital parisien, je n’ai pas pris de comprimĂ© d’Eliquis :

Un traitement que je continuais de prendre de manière préventive contre la récidive d’une embolie pulmonaire.

Fin novembre 2023, j’ai fait une embolie pulmonaire.

«  Vous avez fait un infarctus pulmonaire » avait tenu Ă  me dire le jeune pneumologue (il est plus jeune que moi d’environ une dizaine d’annĂ©es) qui me suit.

Photo©Franck.Unimon

Une embolie caractéristique

Une embolie pulmonaire « caractéristique » avait-il insisté. Il avait affuté son vocabulaire. Pour à la fois me faire comprendre et bien me faire entrer dans la tête que cette embolie pulmonaire qui avait créé sa boite dans mon corps afin d’y développer son chiffre d’affaires jusqu’à ma mort était grave :

J’avais alors 55 ans, j’étais plutôt sportif et non -fumeur. Jusque- là, j’avais plutôt été une personne en bonne voire en très bonne santé sans facteurs de risque me prédisposant à faire une embolie pulmonaire aussi jeune. Je n’avais pas le profil des patients qu’il suivait après une embolie pulmonaire. Car les patients dont il s’occupait suite à une embolie pulmonaire avaient généralement entre 70 et 80 ans et disposaient d’une santé moins bonne ou plus précaire que la mienne.

Hier, comme il y a un an et demi, il n’a pas su me dire ce qui avait pu causer mon embolie pulmonaire «caractéristique». Selon lui- nous en avions parlé- le fait d’avoir attrapé le Covid deux mois avant mon embolie pulmonaire n’était pas une raison suffisante.

L’ examen sanguin poussé réalisé dernièrement confirme que je n’ai aucune modification génétique de mes facteurs de coagulation. Une modification génétique de mes facteurs de coagulation aurait pu expliquer mon embolie pulmonaire. Mais j’aurais été très étonné d’apprendre que j’étais porteur de cette modification génétique. J’ai plutôt toujours été en bonne santé. Et, dans ma famille, où l’on vit vieux ( ma mère a 77 ans, mon père 81 ans, et ils vivent tous les deux dans leur maison en Guadeloupe depuis des années), je ne connais personne qui ait une modification génétique des facteurs de coagulation.

Avec Maman, fin décembre 2023, en Guadeloupe, à la Pointe des Châteaux. Photo©Franck.Unimon

Je ne vois pas qui, non plus, aurait fait une embolie pulmonaire dans ma famille même du côté de mes grands-parents ou alors ils avaient déja 80 ans ou davantage.

Et je n’ai pas fait de phlébite.

Les premiers symptĂ´mes de l’embolie dĂ©but novembre 2023

Je me rappelle encore des premiers symptĂ´mes ressentis au dĂ©but de mon embolie pulmonaire :

Exposition Chiharu Shiota au Grand Palais, Paris, 2025. Photo©Franck.Unimon

Un essoufflement en montant quelques marches dans le mĂ©tro alors que je me rendais au pot de dĂ©part de Zara, une amie et ancienne collègue de nuit. 

Un essoufflement anormal en effectuant des efforts de la vie quotidienne. Pour monter les marches des escaliers pour rentrer à mon domicile au quatrième étage sans ascenseur ; monter les marches en prenant le métro ; une douleur persistante, un peu comme un coup de poignard, à droite de mes côtes.

Il m’est arrivé de remonter l’équivalent de quarante à cinquante kilos de courses ou plus chez moi et je n’avais jamais ressenti ça.

Ni cette sensation d’avoir perdu- d’être privé- d’à peu près la moitié de mon amplitude et de mon aisance respiratoire habituelle.

Du côté de Loctudy, Mai 2025, avec le Subaquaclub de Colombes.

Je pratique l’apnĂ©e depuis quelques annĂ©es et je suis assez sportif depuis l’adolescence. Un sportif sait ĂŞtre un minimum attentif Ă  son souffle ainsi qu’à « l’état Â» de certaines de ses capacitĂ©s physiologiques.

 

Chez le médecin

 

Si je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, je n’avais pas Ă©tĂ© particulièrement angoissĂ© malgrĂ© mon progressif affaiblissement physique. Les trois ou quatre mĂ©decins consultĂ©s en deux semaines avaient Ă©tĂ© encore moins angoissĂ©s que moi :

La première, consultée à la maison médicale hospitalière de ma ville deux à trois jours après le début des symptômes, avait suggéré que j’étais peut-être stressé ou angoissé.

Exposition Chiharu Shiota au Grand Palais, Paris. Photo©Franck.Unimon

Le deuxième médecin, consulté dans un centre médical Cosem à Paris, que j’avais rencontré deux fois à quelques jours d’intervalle m’avait déclaré- après avoir regardé la radio pulmonaire qu’il m’avait demandé de faire- que j’avais sûrement une bronchiolite:

« Il n’y a que ça en ce moment ! ».

Je n’avais pas d’antécédents de bronchiolite ou de crise d’asthme mais j’avais néanmoins commencé à prendre le bronchodilatateur qu’il m’avait prescrit. En étant quelque peu dubitatif.

Faire des recherches sur internet :

Faire des recherches sur internet n’avait servi à rien. A part pour trouver des réponses différentes et contradictoires et, bien-sûr, des métastases de réponses de plus en plus repoussantes.

Ce que j’Ă©cris ici est un tĂ©moignage. Je peux avoir oubliĂ© des dĂ©tails ou certaines informations mais j’ai un dossier mĂ©dical.

Et quelques personnes ( des proches voire des anciens collègues)  pourront attester un minimum de ce que je raconte. Internet n’atteste de rien. Il est mĂŞme courant, sur internet, que les auteurs d’un article Ă  contenu mĂ©dical prĂ©viennent que ce qu’ils Ă©crivent ne dispense pas de prendre avis auprès d’un professionnel de la santĂ© agréé et que leur article ne remplace pas l’avis d’un professionnel de la santĂ© que l’on part consulter. 

Une des rĂ©ponses que j’avais dĂ©nichĂ©e sur internet me suggĂ©rait que j’avais peut-ĂŞtre un cancer.  Les recherches sur internet peuvent peut-ĂŞtre aiguiller lorsque l’on sait prĂ©cisĂ©ment ce que l’on cherche. Voire, elles peuvent confirmer ce que l’on a dĂ©jĂ  trouvĂ© ou compris ou conclu. (Les examens mĂ©dicaux faits depuis le diagnostic et le traitement de mon embolie pulmonaire n’ont retrouvĂ© Ă  ce jour  aucun cancer dans mon organisme).

Gare de Paris St Lazare, Paris. Mai ou juin 2025. Photo©Franck.Unimon

Epanchement pleural

Fin novembre 2023, deux bonnes semaines après le dĂ©but de l’histoire de mon embolie pulmonaire, et après ĂŞtre dĂ©jĂ  allĂ© consulter des mĂ©decins Ă  trois reprises,  sur la suggestion de Florence-Jennifer, une de mes collègues de nuit d’alors, je m’étais fait ausculter par la mĂ©decin de garde pendant ma nuit de travail Ă  l’IPPP. Quelques heures plus tĂ´t, avant de revenir travailler de nuit avec elle et d’autres collègues, j’avais appelĂ© Florence-Jennifer, cette collègue infirmière de l’IPPP, pour la prĂ©venir de mon Ă©tat de mĂ©forme. Un Ă©tat de mĂ©forme qui durait depuis deux bonnes semaines donc et qui s’accentuait. Je ne venais plus au travail Ă  vĂ©lo depuis plusieurs jours. Je marchais au ralenti dans le mĂ©tro. J’étais fatiguĂ©. J’Ă©tais rapidement et constamment essoufflĂ©.

A l’IPPP, La mĂ©decin de garde m’avait auscultĂ© et avait entendu « un Ă©panchement pleural Â» au stĂ©thoscope. Puis, en souriant, elle avait ajoutĂ© :

« Je pense que, ce soir, on ne te demandera pas de travailler Â».

«Un Ă©panchement pleural Â», cela ne m’évoquait rien de particulier Ă  part le fait que c’était un « Ă©panchement pleural Â». Mais c’était dĂ©jĂ  quelque chose. C’était donc ça qui m’épuisait et me faisait mal comme ça ?!

Ligne 14 du métro, Paris, Juin 2025. Photo©Franck.Unimon

Florence-Jennifer, ma collègue infirmière de nuit donc, avait demandĂ© Ă  notre collègue ADS (adjoint de sĂ©curitĂ©) de m’emmener aux urgences de l’hĂ´pital le plus proche. Des urgences qu’elle avait prĂ©venues au prĂ©alable par tĂ©lĂ©phone de mon arrivĂ©e. Florence-Jennifer, toujours, m’avait dit de demander Ă  notre mĂ©decin de garde de me faire un courrier Ă  destination du mĂ©decin des urgences. Merci, Florence-Jennifer. Quand tu veux, tu peux. 

Aux urgences

Le jeune collègue ADS m’avait déposé à environ une vingtaine de mètres de l’entrée des urgences. Puis, il était reparti :

Pour nous rendre en voiture jusqu’au parking rĂ©servĂ© aux vĂ©hicules d’urgences, il lui aurait fallu faire des dĂ©tours. Car cette nuit-lĂ , la route Ă©tait barrĂ©e. Et, lui, il avait sans doute eu une grosse journĂ©e de travail. Il devait ĂŞtre près de 23 heures. Il aurait dĂ» terminer sa journĂ©e de travail Ă  19h ou 20 heures.  

J’avais parcouru les quelques mètres  Ă  pied, seul dans la rue, jusqu’à l’accueil des urgences. Tout Ă©tait tranquille. Pas de panique. 

Puis, après m’être prĂ©sentĂ© Ă  l’accueil, je m’étais assis sur une chaise et m’étais adossĂ© Ă  une colonne. Et je m’étais rapidement endormi dans la salle d’attente plutĂ´t calme pour un samedi soir. Je dormais très très bien. 

La Pointe des Châteaux, Guadeloupe, fin décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

A peu près une demi-heure plus tard, j’avais Ă©tĂ© reçu dans un box. J’avais rĂ©expliquĂ© Ă  la femme mĂ©decin des urgences :

« Un essoufflement anormal pour des efforts de la vie quotidienne, une douleur, là…. ».

Une médecin que je voyais impliquée, travailleuse.

On m’avait écouté. On m’avait pris mes constantes, fait un bilan sanguin, fait un ECG. J’étais resté allongé sur le brancard dans le box quelques heures. Puis, en fin de nuit, on m’avait orienté vers une autre partie des urgences où j’avais attendu un peu dans une autre salle d’attente. Puis, nouveau box, nouveau brancard.

Vers 7 ou 8 heures du matin, petit-dĂ©jeuner.  Une soignante qui commençait sa journĂ©e m’avait appris que je restais afin que l’on puisse ponctionner mon Ă©panchement pleural. Elle avait Ă©tĂ© Ă©tonnĂ©e d’être celle qui me l’apprenait. 

Ensuite, direction un service d’hospitalisation dans ce même hôpital où j’avais été accompagné aux urgences.

Je n’étais pas emballé par une ponction pleurale. Je n’en n’avais jamais eue. Mais, pour moi, cela faisait plutôt mal.

Photo©Franck.Unimon

A la recherche de l’épanchement pleural

Une jeune médecin, sans doute interne, était arrivée pour me faire une échographie pleurale. Pour savoir où ponctionner. Mais elle ne parvenait pas à bien voir l’épanchement pleural. Alors, elle m’avait envoyé passer un scanner ou une IRM.

Lorsque l’interne était venue m’annoncer le résultat de l’examen dans la chambre d’hôpital où j’étais retourné entre-temps, dans son regard, j’avais changé de catégorie.

Depuis l’Arc de Triomphe, Paris, fin 2024. Photo©Franck.Unimon

Ce fut peut-être l’une des seules fois de ma vie où je devins une espèce de VIP. Et cela était dû au degré d’inquiétude que suscitait désormais mon état de santé.

Elle était restée calme en m’apprenant que je faisais « une embolie pulmonaire » et en m’informant des précautions d’usage. Mais c’était parce qu’elle se maitrisait. Mon sentiment de surprise contrastait avec, sûrement, le scénario catastrophe qui était en train de s’ériger dans sa tête. Je me souviens lui avoir dit, assis sur le rebord du lit face à elle :

«Une embolie pulmonaire ? Vraiment, je suis Ă©patĂ© ! Â».

Je n’ai jamais envisagé qu’un jour, je puisse faire une embolie pulmonaire. Et je n’ai pas davantage entrevu que je pourrais y passer malgré mon épuisement physique de plus en plus affirmé.

Sauf que, jusque là, je ne trouvais pas la porte d’entrée ou de sortie du bon diagnostic. Et en entendant parler « d’embolie pulmonaire », j’avais compris que, cette fois, on tenait la véritable identité de mes ennuis de santé.

La Pointe des Châteaux, Guadeloupe, fin décembre 2023. Photo©Franck.Unimon

Transporté comme une bombe à neutrons

On m’avait transportĂ© en lit roulant jusqu’à un autre service. Avec autant de prĂ©cautions que possible.  Et une certaine fĂ©brilitĂ©. Comme si j’étais une bombe Ă  neutrons pouvant exploser Ă  n’importe quel moment.

On m’avait injectĂ© un anticoagulant Ă  dose curative en m’informant que j’aurais d’autres injections. Deux par jour. On m’avait posĂ© une perfusion. Je devais rester allongĂ©, en position demi-allongĂ©e. DĂ©sormais, j’urinerais dans un « pistolet Â» sans quitter mon lit.

Je resterais à l’hôpital.

La vue, la nuit, depuis ma chambre, Ă  l’hĂ´pital, fin novembre 2023. Un endroit qui fait rĂŞver. Photo©Franck.Unimon

Une hospitalisation courte et un Ă©tat d’ahurissement

L’hospitalisation fut courte. Et cela me surprit beaucoup. Durant ces trois jours, j’eus de la visite de plusieurs de mes proches, particulièrement inquiets. Et de Florence-Jennifer, ma collègue infirmière de l’IPPP.

Ma fille, Ă  peine dix ans, fut peut- ĂŞtre l’une des personnes les plus touchĂ©es surtout qu’elle Ă©tait en train d’arriver dans le service avec sa mère, ma compagne, alors que du personnel exclusivement fĂ©minin Ă©tait en train de me changer de service en dĂ©plaçant mon lit comme si j’Ă©tais  la bombe Ă  neutrons. 

Mon état d’épuisement avancé explique peut-être cette espèce d’état de somnolence lors des visites que je reçus. Je me souviens des personnes. De leur visage. Du fait que l’on s’est parlé. De mon ahurissement devant ce qui m’était arrivé. Mais je dois aussi faire un certain effort pour bien me rappeler d’elles. Ma mémoire de ces trois jours me revient moins spontanément que pour d’autres circonstances.

Fin novembre 2023, Ă  l’hĂ´pital. On m’avait autorisĂ© Ă  me lever de nouveau.

Sortie d’hôpital

Je sortis après trois jours d’anticoagulants par injection Ă  des doses curatives et une prescription d’anticoagulant oral, l’Eliquis, Ă  prendre deux fois par jour. Je fus en arrĂŞt de travail jusqu’à mon dĂ©part de l’IPPP car, deux ou trois mois avant de faire cette embolie pulmonaire, j’avais demandĂ© et obtenu ma mutation pour partir travailler dans un nouvel Ă©tablissement oĂą j’exerce maintenant depuis un an et demi sans avoir connu de problème de santĂ©. Bien-sĂ»r, la mĂ©decine du travail de mon nouvel employeur avait Ă©tĂ© informĂ©e avant mon embauche. 

La colère

Tu piges ?!, une de mes amies et ancienne collègue infirmière, m’a fait comprendre par la suite qu’à ma place, elle aurait Ă©tĂ© en colère. Et qu’elle serait par exemple retournĂ©e voir au centre Cosem, ce deuxième mĂ©decin qui m’avait vu Ă  deux reprises en moins de cinq minutes, sans jamais m’ausculter, et qui m’avait diagnostiquĂ© une bronchiolite.

Je ne peux pas donner tort Ă  Tu Piges ?!. Et, je comprendrais que quelqu’un d’autre Ă  ma place fasse ce genre de dĂ©marche. Mais j’avais d’autres prioritĂ©s. D’abord, celle de bien me faire soigner et de faire le nĂ©cessaire pour cela. Donc, de m’Ă©conomiser d’autant que, par ailleurs, ma vie continuait et elle ne se rĂ©sumait pas Ă  aller mieux et Ă  repartir travailler. 

Pratiquer la médecine

Et, puis, ce qui m’a beaucoup marqué dans cet itinéraire médical, c’est principalement l’absence de réflexion intellectuelle, d’ouverture d’esprit et de curiosité des médecins consultés malgré leur nombre d’années d’études supérieures.

Le nombre d’années d’études, véritablement, n’est pas un gage absolu.

Je n’ai jamais aspiré à devenir médecin. Mais j’ai été amené et je suis amené à en rencontrer un certain nombre soit comme patient soit comme professionnel de la santé.

Lorsque j’avais discutĂ© plus tard avec le mĂ©decin du sport qu’il m’arrive de consulter ou avec celui qui Ă©tait encore mon mĂ©decin traitant avant son dĂ©part Ă  la retraite, tous deux s’étaient montrĂ©s plutĂ´t ironiques envers leurs confrères mĂ©decins consultĂ©s qui n’avaient pas fait le bon diagnostic. Sauf que lorsque je leur avais parlĂ© de cette mĂ©saventure, le diagnostic avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© trouvĂ©. J’Ă©tais sorti de l’hĂ´pital et j’Ă©tais « sous » Eliquis. 

Je sais que des mĂ©decins auraient rapidement fait le bon diagnostic ou « suspectĂ© » une embolie pulmonaire et donc orientĂ© leurs recherches dans ce sens. Mais je sais aussi que les mĂ©decins peuvent aussi avoir des relations très conflictuelles entre eux et se dĂ©nigrer les uns, les autres, avec une violence ou une dĂ©testation dont le public n’a pas idĂ©e. En cela, les mĂ©decins sont très semblables aux femmes et aux hommes politiques ou Ă  certains sportifs de haut niveau qui sont en compĂ©tition. Le thrash talk, les coups de pute, les dĂ©lations mutilaloires ou les phrases gorgĂ©es de poison Ă  la Game of Thrones sont des prescriptions que certains mĂ©decins savent parfaitement dĂ©livrer Ă  destination de leurs confrères et consoeurs.

Et la mĂ©decine, en tant que telle, est une très vaste discipline. Je crois que c’est le mĂ©decin du sport- ou mon thĂ©rapeute- qui me l’a rappelĂ©. Il y a tellement de maladies, de symptĂ´mes, de façons de dĂ©cliner ou « d’exprimer » un mĂŞme symptĂ´me selon l’âge, le sexe, la culture et le contexte ou l’environnement du patient. Il  peut exister tellement de variantes personnelles entre deux patients.

Certains diagnostics sont Ă©vidents aussi parce-que l’on se spĂ©cialise dans une discipline donnĂ©e et que l’on s’y « connait Â» un peu ou beaucoup dans cette discipline ou que l’on a entendu parler de tel cas. Ou parce-que que l’on peut demander conseil Ă  une collègue ou un collègue plus expĂ©rimentĂ© ou suffisamment expĂ©rimentĂ© qui peut nous faire des suggestions.

Loctudy, Mai 2025, avec le Subaquaclub de Colombes. Photo©Franck.Unimon

Mais lorsque l’on est « seul Â» face Ă  un patient, et, surtout, face Ă  ses symptĂ´mes et, peut-ĂŞtre aussi face Ă  son comportement et Ă  son « profil Â», il peut nous arriver de passer Ă  cĂ´tĂ© du bon diagnostic :

Parce-que l’on a rencontré peu de fois ce genre de situations. Parce-que cette situation ou ce profil de patient est dit « atypique». Parce-que l’on voit beaucoup de patients différents, et que l’on reçoit beaucoup d’informations à chaque fois. Et, aussi, parce-que, par moments ou souvent, on fait de l’abattage ou on est à côté de la plaque pour diverses raisons.

On travaille peut-ĂŞtre mĂ©caniquement. Par habitude. Sans trop s’interroger. Ou en pensant Ă  autre chose. Surtout si le patient ou la patiente est calme, coopĂ©rante voire se fait oublier. Ou se plaint trop ou souvent. 

Exposition Chiharu Shiota, au Grand Palais, Paris. Photo©Franck.Unimon

Des Médecins devant un tableau

Dans ma situation, ce qui me marque, d’abord, c’est que, plusieurs médecins sont passés devant le tableau. Le tableau, c’est moi. Et devant le tableau, tous ne peuvent pas avoir pour explication ou excuse le fait d’avoir été dans l’urgence ou d’avoir eu beaucoup de difficultés pour m’examiner car j’aurais été très agité, non-coopérant ou mutique.

A chaque consultation mĂ©dicale, j’avais Ă©tĂ© calme, j’avais parlĂ©, j’avais coopĂ©rĂ© et j’avais dĂ©crit. Sans dĂ©verser des litres de voyelles et de consonnes comme je peux le faire dans cet article. 

Ensuite, même lorsque la piste de l’épanchement pleural a été trouvée par une femme médecin qui se destine à travailler en psychiatrie, il n’y a pas eu d’interrogation derrière. On s’est contenté de regarder « épanchement pleural » sur le tableau et de suivre.

La femme mĂ©decin des urgences, aussi professionnelle, travailleuse et compĂ©tente soit-elle par exemple, ne s’est pas demandĂ©e suffisamment ce qui avait pu provoquer cet Ă©panchement pleural. Si elle m’a Ă©coutĂ©, et je crois vraiment qu’elle a pris le temps de m’écouter, mon « profil » cadrait si peu avec le profil des personnes qui font une embolie pulmonaire qu’elle n’y a pas pensĂ©. Et l’interne de mĂ©decine derrière, le lendemain matin, a continuĂ© de suivre la mĂŞme logique sans trop s’interroger non plus. Peut-ĂŞtre parce-qu’elle n’Ă©tait « que » interne et que ce n’Ă©tait pas Ă   » une petite interne » de remettre en question les conclusions Ă©mises par la collègue mĂ©decin des urgences vraisemblablement plus expĂ©rimentĂ©e qu’elle ne l’Ă©tait. 

Il a nĂ©anmoins fallu que cette mĂŞme interne se trouve devant son incapacitĂ© technique et/ou personnelle Ă  localiser mon Ă©panchement pleural et que l’hĂ´pital oĂą nous nous trouvions dispose d’un scanner ou d’une IRM pour que, enfin, on dĂ©couvre que je faisais une embolie pulmonaire et que celle-ci Ă©tait dĂ©jĂ  magnifique ou «très caractĂ©risĂ©e ».

Deux tasses Hagi Ware, du Sencha, un shiboridashi, un plateau. Photo©Franck.Unimon

L’impossibilité de l’action oblige à chercher

Sans scanner ou IRM et sans cette impossibilité pour cette interne de faire son travail, c’est à dire réaliser son geste technique, la ponction pleurale, je serais peut-être reparti ensuite chez moi ponctionné de mon épanchement pleural mais en ayant toujours mon embolie pulmonaire suspendue à mes crochets.

Je suis marquĂ© par cette absence de pensĂ©e ou de rĂ©flexion personnelle qui peut sĂ©vir Ă  hautes doses chez des gens mais aussi chez des soignants :

Dans toutes ces disciplines médicales ou autres ou des divisions de soignants ( de l’aide-soignant au médecin) se donnent et sauvent des gens, sauvent des vies et en soignent par millions depuis des générations.

Photo©Franck.Unimon

Déserter le monde des non-êtres et des non-dits

C’est parce-que l’on attendait trop de nous d’être des non-ĂŞtres, d’être des agents aussi dociles et disponibles que des ustensiles, des ĂŞtres humains stĂ©riles, que j’ai bifurquĂ© vers la psychiatrie trois ans après l’obtention de mon diplĂ´me d’Etat d’infirmier. C’Ă©tait il y a plus de trente ans.

Il y a des professionnels qui pensent dans les soins gĂ©nĂ©raux, dans les services de mĂ©decine et autres. Malheureusement, durant mes Ă©tudes d’infirmier et lors de mes premières annĂ©es de pratique dans les hĂ´pitaux et les cliniques, j’ai peu eu accès Ă  eux. J’ai plutĂ´t fait l’expĂ©rience d’un univers clos. 

Et, vu ma petite histoire vĂ©cue avec mon embolie pulmonaire, il va ĂŞtre difficile de me convaincre que les mĂ©decins que j’ai rencontrĂ©s ont une capacitĂ© de rĂ©flexion personnelle très poussĂ©e en dehors de cet univers clos. 

De son côté, la psychiatrie n’est pas si belle. Elle a mauvaise presse. C’est à la fois là où partent travailler les personnels infirmiers fainéants et ratés, les charlatans, celles et ceux qui ne savent pas réaliser des gestes techniques et qui passent leur temps à discuter ou à boire du café.

Il est vrai que cela fait des années que je n’ai pas fait de prise de sang ou eu à poser une perfusion.

Mais la psychiatrie est aussi l’endroit oĂą se trouvent des patients dangereux ou très bizarres qu’il faudrait dĂ©barrasser de leurs perversions; qu’il faudrait dĂ©capiter, fusiller, castrer ou incarcĂ©rer Ă  vie. C’est aussi en psychiatrie que se trouvent des soignants sadiques et maltraitants qui privent des ĂŞtres humains de leurs libertĂ©s les plus simples et les plus fondamentales. Je relate ici ce que certains comprennent ou prĂ©fèrent croire Ă  propos de la psychiatrie qui ne servirait Ă  rien. A part ĂŞtre une sorte d’ambassade qui accorderait une immunitĂ© diplomatique Ă  toutes sortes de dĂ©viants, patients comme professionnels, tandis que, bien sĂ»r, tous les gens modèles, frĂ©quentables, respectueux et irrĂ©prochables se trouveraient eux hors des murs et des services de consultation de psychiatrie.

Se faire domestiquer et museler

Et puis, la psychiatrie, dans son ensemble, comme la mĂ©decine et toutes ses spĂ©cialitĂ©s, s’est aussi faite domestiquer par la semence  de l’abattage, de la dĂ©forestation intellectuelle et de la maitrise technologique, comptable et administrative.

Pour ne pas parler de maitrise décorative ou maitrise bling-bling.

En psychiatrie, aujourd’hui, un bon infirmier, c’est d’abord un infirmier qui sait allumer l’ordinateur du service, y entrer ses codes d’accès personnels afin d’y trouver le dossier du patient et les informations confidentielles qu’il comporte et qui sait faire de la bonne saisie informatique pour y entrer des paramètres de surveillance. Pour bien montrer qu’il a bien pris les constantes, bien distribué les médicaments, qu’il était bien présent à l’entretien, qu’il a fait telle activité avec tel patient.

Il faut faire. Et il faut montrer que l’on fait ou que l’on a fait. Cela ressemble un peu Ă  une comĂ©die ou Ă  du fayotage. MĂŞme si je sais que beaucoup d’infirmiers sont sincères et vĂ©ritablement impliquĂ©s dans leur travail. 

La grosse boule blanche

La psychiatrie, comme dans la série Le Prisonnier, s’est aussi faite rattraper par la grosse boule blanche. Et, il faut désormais se contorsionner et bien choisir les services de psychiatrie où l’on part travailler, ainsi que nos collègues, si l’on veut pouvoir préserver un peu de notre horizon mental, intellectuel et personnel sans que celui-ci soit constamment zappé par des injonctions institutionnelles diverses qui pratiquent la destruction de pensée et estiment faire leur travail.

Je me dis aujourd’hui que la destruction de la pensĂ©e a quelque chose Ă  voir aussi avec la destruction totalitaire du passĂ© un peu comme en Chine sous Mao ou dans n’importe quel pays oĂą l’intĂ©grisme s’est installĂ© et oĂą tout ce qui a existĂ© au prĂ©alable est soit pourchassĂ© soit idĂ©alisĂ©. Il n’y a pas de nuance. Il n’existe pas d’entre deux. Pas ou peu de mise en perspective en fonction du contexte. Soit c’Ă©tait parfait avant, soit tout le passĂ© est dĂ©suet. 

Le pneumologue et la boule blanche

Le pneumologue qui me suit peut-ĂŞtre un peu telle la boule blanche dans la sĂ©rie Le Prisonnier n’aborde pas ce genre de sujet avec moi. Mais sans doute que, moi, en tant que patient et « professionnel » de la santĂ©, je pense aussi Ă  ça lorsque je le regarde, l’Ă©coute.  Et lorsque je croise d’autres « confrères » qu’ils soient mĂ©decins ou autres. Ils pensent symptĂ´me, diagnostic et traitement. Je pense aussi Ă  ce qu’il y a autour. Mais peut-ĂŞtre aussi que nos doutes passent par des routes diffĂ©rentes.

Depuis l’Arc de Triomphe, fin 2024. Photo©Franck.Unimon

C’est « bien » de me dire que j’ai fait une (grave) embolie pulmonaire. Et d’ajouter, comme il l’a fait hier, que les mĂ©decins que j’ai consultĂ©s ne sont pas responsables du  fait que j’ai dĂ©veloppĂ© une embolie pulmonaire.  Mais c’est bien, aussi, de (lui) rappeler que durant deux semaines, nos confrères mĂ©decins consultĂ©s sont passĂ©s Ă  cĂ´tĂ© du diagnostic. Et si je me permets devant lui qui est mĂ©decin, alors que je ne suis qu’infirmier, de dire « nos confrères mĂ©decins », c’est par volontĂ© de rester diplomate. Mais aussi parce-que mon expĂ©rience dans le milieu de la santĂ© me fait relativiser cette aura de toute puissance et d’omniscience Ă  laquelle un certain nombre de mĂ©decins, femmes comme hommes, est abonnĂ©e. Ce qui leur permet aussi de passer rapidement sur certains de leurs ratĂ©s professionnels ou personnels.

Je l’ai dit encore récemment à Hagi Ware, une de mes collègues médecins que j’aime bien et celle-ci en a plutôt convenu :

Un certain nombre de personnes deviennent mĂ©decins ou « font mĂ©decine » plutĂ´t pour accĂ©der Ă  un certain prestige. Leurs motivations humanistes sont secondaires ou dĂ©risoires. Ils peuvent ĂŞtre (très) compĂ©tents en tant que mĂ©decins et, par ailleurs, ĂŞtre humainement dĂ©lĂ©tères. Peut-ĂŞtre que les mĂ©decins que j’ai consultĂ©s Ă©taient-ils tous plutĂ´t humanistes. Hormis peut-ĂŞtre celui qui m’a vu moins de cinq minutes Ă  chaque fois sans jamais m’ausculter. 

J’ai du mal Ă  savoir si le pneumologue que je vois est humaniste. Il s’y essaie en tout cas.  

J’aurais dĂ» le revoir un mois plus tĂ´t.  Au dĂ©but du mois de juin.

Mais la secrétaire m’avait contacté pour décaler notre rendez-vous à hier. Dans son message par téléphone et par mail, la secrétaire m’informait de la nouvelle date de rendez-vous et du nouvel horaire. A moi de m’y faire ou de rappeler pour demander une autre date et un autre horaire. J’ai eu de la chance.

Paris, 13ème arrondissement. Photo©Franck.Unimon

Mon planning, qui n’est pas fixe, et que je découvre entre le milieu et la fin de chaque mois pour le mois suivant, s’accordait bien avec cette nouvelle date de rendez-vous avec le pneumologue.

Pourtant, hier, j’ai failli rater mon rendez-vous avec le pneumologue. Car je m’étais d’abord trompé d’horaire. J’ai failli arriver avec une heure et demie de retard. Si je l’avais raté, j’aurais peut-être dû prendre un autre rendez-vous. Et continuer de prendre de l’Eliquis.

Humaniste ou alambiquĂ© ?

Depuis le dĂ©but, je trouve que le pneumologue fait des phrases alambiquĂ©es pour me dire les choses. Je le crois compĂ©tent et dĂ©sireux de bien faire comme de bien formuler les choses. Mais c’est alambiquĂ© :

« Je ne peux pas vous dire si vous faites partie des 20% qui peuvent refaire une embolie pulmonaire ou des 80% qui n’en referont pas Â». « Aujourd’hui, tous les rĂ©sultats de vos examens m’indiquent que nous pourrions arrĂŞter l’Eliquis. Les rĂ©sultats de votre dernière Ă©preuve d’effort sont mĂŞme meilleurs que ceux de l’annĂ©e dernière et sont très bons. Il n’y a plus, aujourd’hui, de sĂ©quelles de votre embolie pulmonaire. Mais c’est une discussion que nous avons Ă  deux. Si vous me dites que vous prĂ©fĂ©rez continuer l’Eliquis pour Ă©viter de refaire une embolie pulmonaire, je le comprendrais. Si vous continuez, je n’aurais pas de raison ensuite pour arrĂŞter de vous en prescrire. Donc, vous aurez de l’Eliquis pour un moment…(note de la rĂ©daction moment = Ă  vie) ».

Ce que je vis avec ce pneumologue me semble très typique :

Pendant des semaines, j’ai consulté des médecins qui ne se sont pas beaucoup inquiétés de mon état de santé. Et, désormais, parce-que, dans mon fichier médical, il est spécifié que, un jour, j’ai fait une embolie pulmonaire tout ou beaucoup de ma santé médicale mais aussi de mon avenir personnel semblent désormais être conditionné par cet événement. Il faudrait presque que je pense en permanence à cette embolie pulmonaire. Voire peut-être que j’expie jusqu’à ma mort pour ma faute qui consiste à avoir fait une embolie pulmonaire.

D’un côté, lorsque je l’ai faite et qu’elle a été diagnostiquée, le discours médical a consisté à chercher à me convaincre que ce qui m’arrivait était bien connu et donc que l’on savait comment s’y prendre avec. Maintenant que mon embolie pulmonaire a disparu et que j’ai bien ou très bien récupéré, ce qui a été attesté par divers instruments de mesure médicaux auxquels je me suis appliqué à me conformer, il faudrait presque que je m’inquiète davantage.

La mĂ©decine n’aime pas qu’on lui Ă©chappe ou que l’on puisse se passer d’elle. Mais c’est aussi vrai de la psychiatrie.

Mai ou Juin 2025. Photo©Franck.Unimon

La science et l’ignorance des avions de chasse

Peut-ĂŞtre parce-que le pneumologue ignore la cause de mon embolie pulmonaire. Celle-ci reste un mystère. S’il avait rapidement Ă©liminĂ© comme cause possible, le fait que j’aie attrapĂ© le Covid deux mois avant de la faire, Ă  aucun moment, il n’a mentionnĂ© le fait que la vaccination anti-Covid pourrait ou pouvait, chez certaines personnes, provoquer, peut-ĂŞtre, dans certaines circonstances, une embolie pulmonaire. Hier, je n’ai mĂŞme pas pensĂ© Ă  lui en parler. Il existe un tel interdit de la pensĂ©e Ă  ce sujet. Aller dans cette direction, c’est comme ĂŞtre le diable qui tenterait un homme de foi scientifique. C’est comme ĂŞtre un homo qui essaierait de dĂ©tourner un hĂ©tĂ©ro du droit chemin. Et ce n’est sĂ»rement pas lui, mĂ©decin de formation et de profession, qui peut prendre l’initiative de ce genre de doute ou de rĂ©flexion personnelle. On frĂ´lerait l’hĂ©rĂ©sie. La dĂ©chĂ©ance Ă©thique. 

Lors de la pandĂ©mie du Covid, il y a eu une diffĂ©rence très nette entre l’adhĂ©sion des mĂ©decins, quasiment unanime en faveur des vaccins anti-Covid, et la dĂ©fiance des personnels infirmiers par exemple envers les vaccins anti-Covid. J’ai maintenant oubliĂ© les pourcentages et mes sources, mais autant on avait plus de 90 pour cent des mĂ©decins qui Ă©taient favorables aux vaccins anti-Covid, autant, du cĂ´tĂ© des infirmiers, on Ă©tait, je crois, plutĂ´t dans les 50 pour cent d’adhĂ©sion Ă  la lĂ©gitimitĂ© de ces vaccins anti-Covid. 

Pour certains collègues médecins avec lesquels il m’est arrivé d’en parler un peu « après » la pandémie du Covid, seuls l’obscurantisme, l’ignorance et l’imbécilité peuvent expliquer la défiance qui a pu exister à l’encontre des vaccins anti-Covid.

Lors de la pandĂ©mie du Covid, j’avais croisĂ© deux mĂ©decins, qui ne se sont pas faits vacciner contre le Covid. Ils exercent en libĂ©ral et j’avais commencĂ© Ă  les consulter avant l’obligation vaccinale.

J’en avais un peu discutĂ© avec eux. Une femme, un homme.

L’ une et l’autre m’avait donnĂ© leurs arguments. Ce sont des mĂ©decins qui exercent toujours dans des quartiers de Paris plutĂ´t bien rĂ©fĂ©rencĂ©s et qui, lorsque je les avais consultĂ©s, m’ont toujours donnĂ© le sentiment de s’y connaĂ®tre en mĂ©decine. J’Ă©vite Ă©videmment de donner plus d’indices pour prĂ©server autant que possible leur anonymat. Ils passeront et sont sĂ»rement passĂ©s pour de dangereux irresponsables et pour des professionnels indignes de la profession mĂ©dicale.  

Car il y a, je trouve, chez un bon nombre de nos collègues médecins vis-à-vis de la question des vaccins anti-Covid, un mélange de conviction sincère et inébranlable dans les bienfaits de la science, et, ici, des bienfaits des vaccins anti-Covid. Mais il y a aussi, chez un certain nombre d’entre eux, ce sentiment féroce, voire impitoyable, d’appartenir à une élite qui pense toujours ou souvent beaucoup mieux, beaucoup plus vite et beaucoup plus haut que la masse de péquenauds ou de dégénérés qui se cramponne frénétiquement ou désespérément, pour ne pas dire avidement, et toujours de manière réflexe, à des superstitions et à des conneries aussi manifestes que supersoniques.

Il peut y avoir chez les mĂ©decins la mĂŞme certitude que pouvait avoir le colon, religieux ou non,  lorsqu’il apportait la civilisation aux peuples et aux populations regardĂ©es comme attardĂ©es et reculĂ©es et qui rĂ©sistaient. Et qui s’accrochaient Ă  leurs gris-gris malgrĂ© leur faible bĂ©nĂ©fice thĂ©rapeutique.  

Les mĂ©decins sont Ă  la pensĂ©e et au Savoir ce que les avions de chasse et les fusĂ©es sont Ă  l’aviation et aux programmes spatiaux. Ce sont des explorateurs de l’univers et des couches supĂ©rieures de l’intelligence hors des frontières de la terre et du cadastre  commun. Et tous les autres, les presque cadavres , sont tolĂ©rĂ©s selon nos humeurs tant qu’ils restent sympas, nous font le cafĂ©, nous obĂ©issent et nous admirent. 

Tout scientifique qu’est le pneumologue qui me suit, Ă  ce jour, il n’a aucune explication rationnelle pour « justifier Â» mon embolie pulmonaire. Et cela fait maintenant un an et demi qu’il me suit et m’étudie. Il a donc eu toute latitude, au grĂ© de divers examens et de plusieurs observations pour trouver la cause de cette embolie pulmonaire.

Photo©Franck.Unimon

Sortir de certains standards de pensée

Je ne crois pas qu’à sa place une ou un autre pneumologue puisse faire « mieux Â» ou plus que lui en termes de recherche scientifique ou d’examens. Sauf si cette professionnelle ou ce professionnel est capable de penser par elle-mĂŞme ou par lui-mĂŞme et se permet de sortir de certains standards de la pensĂ©e comme on peut se sortir de certains guĂŞpiers.

A mon avis, d’autres hommes aussi jeunes que moi, et en aussi bonne santé que moi, ont fait ou feront des embolies pulmonaires dans des conditions similaires à la mienne. Ils n’auront pas le profil type. On n’aura ou on a eu aucune explication rationnelle concernant la survenue de leur embolie pulmonaire.

A aucun moment, le pneumologue n’a suggĂ©rĂ© ou envisagĂ© que, peut-ĂŞtre, dans certaines circonstances, on pouvait penser ou qu’il avait Ă©tĂ© Ă©crit dans «  la littĂ©rature scientifique » (mĂ©dicale) que certaines personnes qui avaient Ă©tĂ© vaccinĂ©es contre le Covid avaient pu faire une embolie pulmonaire. Ou que certains lots de vaccins anti-Covid avaient pu avoir cet effet-lĂ  pour des raisons que l’on ne savait pas trop expliquer dès lors qu’une personne attrapait le Covid. Mais que, Ă  choisir entre une assez forte probabilitĂ© que des vaccins anti-Covid favorisent la survenue d’embolies pulmonaires et le fait de dĂ©cĂ©der du Covid, qu’il avait Ă©tĂ© « dĂ©cidé» (par qui ?) de « prendre le risque ».

J’ai reçu trois injections de Moderna contre le Covid. J’ai attrapé le Covid en été 2023, alors qu’il faisait particulièrement chaud. Plusieurs mois après mes injections de vaccin Moderna contre le Covid qui m’avaient permis d’éviter ma suspension professionnelle. Ce sont les seuls événements notables et objectifs dont je me souvienne qui auraient pu perturber la routine de ma santé avant de faire cette embolie pulmonaire. Avant d’attraper le covid en été 2023 et de faire cette embolie pulmonaire deux à trois mois plus tard, j’avais traversé la pandémie du Covid sans affection médicale particulière.

Cependant, le mois dernier, en se fiant Ă  certains Ă©lĂ©ments de ma vie d’avant mon embolie pulmonaire mais aussi Ă  mon exposition Ă  la psychose, Ă  la souffrance et Ă  la violence, de par mon travail d’infirmier en psychiatrie, un psychologue m’a suggĂ©rĂ© que j’avais peut-ĂŞtre somatisĂ© mon embolie pulmonaire.

Il n’y a, ici, aucune dĂ©monstration scientifique et rien qui puisse se mesurer objectivement au travers d’une prise de sang, une IRM, un ECG ou un autre type d’exploration fonctionnelle. C’est donc Ă©videmment une piste vers laquelle le pneumologue ne s’est Ă  aucun moment dirigĂ©. Et qu’il n’a jamais formulĂ©. Puisque la psychologie n’est pas son domaine. Et qu’il y accorde sans doute peu d’importance en tant que facteur qui pourrait influer sur la santĂ© physique d’une personne. Sait-il en quoi consiste la somatisation ? Y croit-il  ? En est-il convaincu ?

Il y a des mĂ©decins qui sont très sceptiques quant aux bĂ©nĂ©fices thĂ©rapeutiques de l’hypnose. Ce ne sont pas ces mĂ©decins qui vont prĂŞter une attention particulière Ă  ces histoires de somatisation. Vous rigolez.  

Pourtant, la somatisation est plutĂ´t courante.

Il nous arrive de supporter certaines charges personnelles, Ă©motionnelles, psychologiques, sans nous plaindre, jusqu’Ă  ce jour oĂą l’on se rompt. Aujourd’hui, on parle assez souvent du burn-out voire de la dĂ©pression qui peuvent survenir après que l’on se soit « brĂ»lĂ© intĂ©rieurement » et Ă©motionnellement. Mais le burn-out et la dĂ©pression sont la consĂ©quence de cette « brĂ»lure intĂ©rieure et Ă©motionnelle » lente et profonde.

Et, exceptĂ© le fait, peut-ĂŞtre, que l’on voit (lorsqu’on peut le voir)  chez la personne des signes de fatigue, d’irritabilitĂ©, de perte de poids, l’apparition de comportements, de propos ou d’idĂ©es plutĂ´t inquiĂ©tantes ou inhabituelles qui ne lui ressemblent pas trop, il n’existe pas de dosage sanguin, de signe sur un ECG ou Ă  l’IRM qui permettent de dĂ©pister un burn-out ou une dĂ©pression en cours de constitution. 

Il existe d’autres Ă©quivalents physiques de la dĂ©pression ou du burn-out. 

Il y a quelques annĂ©es, je me suis rompu un tendon d’Achille en pratiquant de la boxe française que j’avais dĂ©butĂ©e depuis quelques semaines. Il y a l’explication mĂ©canique de la rupture du tendon d’Achille : il est des sports qui prĂ©disposent ( souvent les hommes) Ă  une rupture du tendon d’Achille Ă  partir d’un certain âge lorsqu’ils s’approchent de la quarantaine. Tennis, boxe, football, basket, sports de combat, athlĂ©tisme…. tous les sports qui nĂ©cessitent beaucoup d’appuis toniques au sol avec des impacts et des changements brutaux de dĂ©placement.

J’avais l’âge et j’avais pratiquĂ© un de ces sports. Classique.

Mais cela m’Ă©tait aussi arrivĂ© Ă  une Ă©poque de ma vie oĂą, cĂ©libataire, je me trouvais Ă  un moment de rupture personnelle entre mon passĂ©, et mon prĂ©sent, et oĂą je voulais ĂŞtre partout. 

Il y a encore quelques annĂ©es, après l’accouchement difficile de ma compagne et la naissance prĂ©maturĂ©e et difficile de notre fille, j’ai fait une infection urinaire et j’ai aussi traĂ®nĂ© une hypotension pendant plusieurs mois. Je n’avais jamais fait d’infection urinaire auparavant, une affection plutĂ´t rĂ©servĂ©e Ă  la gente fĂ©minine. Et c’est la première hypotension aussi persistante dont je me rappelle.

J’avais aussi perdu du poids.

Le mĂ©decin que j’avais consultĂ© et qui m’avait diagnostiquĂ© mon infection urinaire ne m’a jamais dit que j’avais probablement somatisĂ©. A mon avis, il l’ignorait ou ne s’Ă©tait mĂŞme pas posĂ© la question. Il avait fait une règle de quatre:

symptĂ´me, diagnostic, traitement,  addition.

J’ai compris tout seul, rĂ©trospectivement, que j’avais probablement somatisĂ© après la naissance de notre fille. Je n’ai pas besoin que cela me soit « objectivé » et confirmĂ© par des examens mĂ©dicaux. Et cela n’a rien Ă  voir avec de la superstition. Certains Ă©vĂ©nements affectent ou Ă©branlent notre psychĂ© plus que d’autres. MĂŞme si voire surtout peut-ĂŞtre si nous avons souhaitĂ© ces Ă©vĂ©nements. Et cela peut ensuite se rĂ©percuter sur notre corps. 

Parce-que ces Ă©vĂ©nements sont une rupture dĂ©cisive avec notre vie d’avant. Parce-qu’ils nous inquiètent particulièrement. Parce-que l’inquiĂ©tude et l’anxiĂ©tĂ©, ça peut nous galvaniser pour nous mettre en Ă©tat d’alerte afin que beaucoup de nos forces mentales et physiques soient rapidement disponibles pour affronter l’Ă©preuve ou l’Ă©vĂ©nement. Mais cela peut aussi nous user ou nous dĂ©figurer.   

Lorsqu’une personne connue pour ĂŞtre solide ou inĂ©branlable, un beau jour, se suicide, c’est souvent un choc pour son « entourage ». Mais que croit-on ?! Qu’on peut toujours tout encaisser sans jamais, Ă  un moment ou Ă  un autre, s’abĂ®mer ? Que celle ou celui qui ne se plaint et qui ne pleure jamais ne dĂ©guste jamais ?! 

Parce-que seuls les coups physiques et les maladies peuvent nous faire flancher ?!

La somatisation, pour mon embolie pulmonaire, me paraĂ®t ĂŞtre une bonne piste. Et, je me suis aussi dĂ©jĂ  demandĂ© ce que devenait toute cette souffrance et toute cette violence que je recevais en tant qu’infirmier psychiatrique sans avoir trouvĂ© de  rĂ©ponse complète. 

Cette embolie pulmonaire est peut-être un signe de fragilité et de vieillesse intérieure. Si extérieurement, je fais plus jeune que mon âge, peut-être que mon organisme, ou mon moral, surtout, lui, s’est détérioré ou brûlé plus vite.

Sortir de l’angoisse

Hier, j’ai répondu au pneumologue que je préférais arrêter l’Eliquis car je refusais de vivre dans l’angoisse. Le pneumologue m’a répondu qu’il comprenait ma décision. Je ne suis pas sûr qu’il ait compris que je refusais aussi de continuer de vivre (dans) son angoisse.

Je n’ai pas eu besoin, moi, de lui faire passer un scanner, d’épreuves d’efforts, d’examens sanguins, de lui faire prendre un traitement, pour le trouver, assez rapidement, quelque peu anxieux voire angoissĂ© mĂŞme si, devant moi, il a toujours tenu un discours très cohĂ©rent et a toujours suivi une logique protocolaire.  MathĂ©matique.

Celle de la prudence, officiellement.

Et moi, de mon côté, je ne suis ni un irresponsable ni un optimiste béat. Puisque, j’ai ajouté que, bien-sûr, j’étais d’accord pour continuer de venir le consulter mais aussi pour effectuer les examens nécessaires.

Depuis hier soir, je suis donc redevenu libre de l’Eliquis.

Ou en sursis. Je reverrai le pneumologue dans six mois puis, si tout va bien, une fois par an.

Prendre de l’Eliquis deux fois par jour pendant un an et demi n’a pas Ă©tĂ© très contraignant. Deux petits comprimĂ©s par jour. C’est rien du tout comparativement Ă  des mĂ©dicaments qui ont certains effets secondaires dĂ©sagrĂ©ables.

Mais je pense aussi aux personnes diabĂ©tiques insulino-dĂ©pendantes. RĂ©cemment, dans un service de pĂ©dopsychiatrie oĂą j’ai fait une nuit en heures sup, j’ai croisĂ© une jeune fille de 14 ans, diabĂ©tique, obligĂ©e de contrĂ´ler sa glycĂ©mie plusieurs fois par jour, de se faire au minimum quatre injections d’insuline par jour, deux injections d’insuline rapide, deux injections d’insuline lente. A quatre heures du matin, elle a fait une une hypoglycĂ©mie qui l’a rĂ©veillĂ©e alors que deux heures plus tĂ´t, sa glycĂ©mie Ă©tait un peu au dessus de la normale. Près d’une demie-heure a Ă©tĂ© nĂ©cessaire pour qu’elle retrouve une glycĂ©mie « normale » en reprenant du sucre Ă  deux reprises ( c’Ă©tait la prescription mĂ©dicale). 

Ces ennuis médicaux se rajoutaient à une situation sociale et personnelle délicate.

J’ai eu de la peine pour cette jeune fille. 

Blade Runner

Le pneumologue n’a pas menti. Dans la salle d’attente, hier, avant qu’il ne me reçoive en consultation, j’ai regardé les patients présents. Deux couples en particulier âgés de 70 à 80 ans en moyenne.

J’ai vu une femme anxieuse s’adressant pratiquement toutes les 60 secondes à son mari. Pour avoir la bouteille d’eau. Pour lui demander combien il avait acheté les cadres de tableau au magasin Action. Pour connaître le trajet pour se rendre à tel endroit. Au départ, l’homme expédiait ses réponses et les répétait plusieurs fois tout en regardant son téléphone portable. Elle aussi avait son téléphone portable à la main mais elle n’en faisait rien. C’était à lui qu’elle parlait.

Par la suite, l’homme s’est vraiment mis à lui parler. Il a même fait un peu d’humour. Ils ont rigolé ensemble tous les deux.

L’ autre couple était plus discret. Le monsieur se déplaçait avec un appareil roulant qui lui fournissait manifestement de l’oxygène. La jeune femme médecin s’est avancée vers eux en souriant en leur disant « A nous ! ». La femme médecin leur a demandé si ça allait. Le couple lui a répondu par l’affirmative. L’ homme s’est levé. Tandis que sa femme commençait à soulever son sac, lui s’est aperçu qu’une partie du tuyau de sa sonde s’était quelque peu entortillée autour d’une des deux roues de l’appareil. La jeune femme médecin et son sourire étaient déja hors de vue.

J’ai un moment envisagé de me lever pour aller aider le monsieur mais il est finalement parvenu plutôt facilement à résoudre son problème. Puis, le couple assez âgé est parti à la suite de la jeune femme médecin.

Je suis plus jeune et a priori en meilleure condition physique que ces personnes. Et mon premier réflexe serait de penser que je suis de passage et que je n’ai rien à voir avec ces personnages âgées. De refuser de vieillir.

De refuser de me voir vieillir.

Cependant, un jour, je serai comme eux. Et comme d’autres. Car être jeune, se sentir jeune, c’est peut-être d’abord se sentir différent des autres même si l’on est souvent comme beaucoup d’autres.

J’ai un peu essayé d’imaginer comment ces couples étaient lorsqu’ils étaient plus jeunes sans pouvoir vraiment le deviner.

Je ne suis pas parvenu Ă  m’imaginer plus vieux, plus affaibli.  Mais hier, avant de rentrer chez moi, j’ai tenu Ă  partir acheter le polar Balanegra de Marto Pariente et je me suis mis Ă  la recherche de 1275 âmes de Jim Thompson. Pour cela, je suis allĂ© Ă  la librairie Delamain, près de la ComĂ©die Française. J’aime bien y aller de temps en temps ou passer par lĂ  lorsque je sors du cinĂ©ma UGC des Halles.

L’idée d’aller voir Burning Spear en concert au Kilowatt m’était passée.

Hier soir, j’ai commencĂ© Ă  lire Balanegra. Et ce matin en me levant, j’ai commencĂ© Ă  Ă©crire cet article. Un article qui sera peut-ĂŞtre lu Ă  20 % ou par 20 % de personnes. Je n’ai pas encore 1275 âmes de Jim Thompson parce qu’il est en rupture de stock. La libraire m’a rĂ©pondu hier qu’il me fallait le chercher en seconde main. Je vais le trouver. 

Franck Unimon, samedi 5 juillet 2025.

 

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Pour les Poissons Rouges

L’Amour vu par un homme

Photo©Franck.Unimon

L’ Amour vu par un homme

C’est une connaissance. Nous n’avons jamais été proches. Mais un jour, je serai comme lui.

Il semble descendre vers la gare. Au volant de ma voiture, arrêté au stop, je le regarde marcher. Lui ne peut que marcher. Une voiture, ça pollue et c’est un objet de luxe et de consommation.

Il porte des sandales de merde. Il a désormais une petite bedaine qui enfle sous sa chemise à carreaux à manches courtes. Il a toujours son catogan. Sauf qu’il a un début de calvitie. La dernière fois que je l’avais vu sourire, c’était au festival d’Avignon, il y a plus de dix ans. C’était l’ami d’une amie comédienne et metteure en scène. Il était sur scène. Je l’avais trouvé bon comédien.

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Lui et sa femme forment un couple socialement et culturellement engagé depuis une bonne vingtaine d’années. Il m’est sûrement impossible d’avoir une idée exacte du nombre d’heures et de jours qu’ils ont données et continuent de donner ensemble ou séparément en tant que femme et homme de théâtre et de culture.

 Je les ai aperçus quelques mois plus tĂ´t dans le train. Assis face Ă  face ou cĂ´te Ă  cĂ´te, ils ne souriaient pas voire ne se parlaient pas.

Ils ne m’ont pas vu. Ils ne m’ont pas reconnu. J’en ai profitĂ© pour aller plus loin. Je ne voulais pas les dĂ©ranger et, aussi, avoir Ă  leur rappeler qui j’étais ou pire :

 Je ne voulais pas ĂŞtre pour eux une sorte de divertissement.

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C’est un couple qui dure. Ils ont au moins deux enfants. Je l’ai aperçu lui, une fois, dans le bus, avec un de leurs fils. Mal fringué, les cheveux longs, longiligne, presque sale. Mais sans aucun doute très brillant à l’école et très cultivé. Du moins, je l’espère.

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Cet homme que j’aperçois à quelques mètres de moi (et sa femme) se contrefiche des apparences. C’est un homme libre. Et moi qui fais le malin en le décrivant, je suis beaucoup moins libre que lui. Parce-que je m’accroche encore aux apparences comme je m’accroche à mon volant. Alors que les apparences, c’est surtout dans les débuts d’une relation qu’elles comptent. Ensuite, on peut s’en débarrasser une fois que l’on est bien installés et que l’autre est en quelque sorte devenu notre propriété. Lorsque l’on est à peu près convaincu qu’elle ou qu’il restera autant qu’on le pensera.

Je repense à cet homme. A son allure. A l ’espèce de poids mais aussi de combat éternel auxquels il a semblé se consacrer entièrement au point de ne rien voir d’autre que ce point qui le menait vers la gare. Car c’est un homme entier.

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Puis, je dĂ©marre et je me rends jusqu’à aujourd’hui, ce lundi 30 juin 2025. Depuis quelques jours, c’est la canicule. 34 ou 35 degrĂ©s aujourd’hui en rĂ©gion parisienne, je crois. Je m’attarde peu sur les chiffres comme sur les titres que j’ai pu voir sur un des tĂ©lĂ©viseurs de mon lieu de travail oĂą l’on se demandait s’il fallait fermer les Ă©coles plus tĂ´t. Rachida Dati, 60 ans cette annĂ©e, Ministre de la Culture, et Maire du 7ème arrondissement de Paris depuis le 29 mars 2008, veut devenir Maire de Paris. Bruno Retailleau, 65 ans cette annĂ©e, Ministre de l’IntĂ©rieur, PrĂ©sident du parti des RĂ©publicains, marche « bien » depuis quelques mois. 

J’ai aperçu Ă  la tĂ©lĂ© le PrĂ©sident de la RĂ©publique, Emmanuel Macron, 48 ans cette annĂ©e, avant un match de Rugby rĂ©cemment. Il saluait les joueurs qui le dĂ©passaient tous de plusieurs tĂŞtes ainsi qu’en envergure. Il Ă©tait enthousiaste, assez excitĂ©. Je ne l’ai pas reconnu tout de suite. Il avait pris un coup de vieux. Son double mandat de PrĂ©sident de la RĂ©publique et certains de ses mauvais choix l’auront usĂ©.

On nous parle aussi régulièrement du conflit en cours entre les Etats-Unis et l’Iran à la suite de l’attaque militaire d’Israël sur des sites stratégiques militaires afin d’empêcher l’Iran islamiste de fabriquer la bombe nucléaire.

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En France, c’est l’étĂ©. C’est le dĂ©but des grandes vacances scolaires. Les gens partent se changer les idĂ©es. On les voit avec leur valise. C’est le dĂ©but des soldes. Le marchĂ© immobilier a repris de la vigueur. Les gens ont recommencĂ© Ă  acheter.  Il y a aussi plein de festivals de musique. Et comme il fait beau (ou trop chaud), il convient d’être lĂ©ger ; de se distraire ; d’entreprendre ;  de voir la vie du bon cĂ´tĂ© ; de « chiller » ; «  d’être fun » ;  de-trouver- sa- moitiĂ©- ou- de partir- quelque- part- avec- elle- dans- l’harmonie- puisque- c’est- la- saison- et- aussi- parce- qu’une- existence- accomplie- se- doit- de- toutes- façons- de- se- dĂ©rouler- de- cette- manière.

Si nous sommes plus de soixante millions d’habitants en France, il y a sur terre Ă  peu près 7 ou 8 milliards d’êtres humains. Et parmi ces 7 Ă  8 milliards de personnes, il s’en trouve un certain nombre pour lesquels la France est le pays ou l’un des pays de l’Amour et du « romantisme Â».

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« Est-ce que tu l’aimes ? Â» C’est souvent une femme qui continue de poser ce genre de question Ă  une autre personne. Je peux me rappeler d’une amie me posant cette question. Je ne me rappelle pas qu’un homme, ami, copain ou connaissance, me l’ait posĂ©.

C’est aussi plutôt une femme qui va décider de rester parce qu’elle aime son prochain ou sa prochaine. Quel que soit ce qu’elle peut endurer au sein du couple.

L’Amour semble donner des forces voire certaines certitudes aux femmes. Il semble davantage opprimer les hommes. Je parle ici de relations hĂ©tĂ©rosexuelles.  Et je ne compte pas beaucoup sur les hommes pour s’exprimer librement et en toute dĂ©contraction sur le sujet car ils ont plutĂ´t tendance Ă  le fuir. Et ça, c’était bien avant d’entendre parler de :

« charge mentale », « travail invisible », « déconstruire », « féminisme », « féministe », « patriarcat », « être assigné à son genre », « conditionnement social »  » viols systémiques », « viols », « pervers narcissique », «procès de Mazan », « porc », « culture du viol », « la drogue du viol », « GHB », « grossophobie », « féminicides », « plafond de verre pour les femmes », « haine des femmes », « précarité des femmes », « injonctions patriarcales », « L’ Amour dure trois ans », « L’ Amour peut tout ».

J’ai répété certains termes pour donner un peu une idée de la façon dont ils peuvent nous être rappelés ou dictés.

 Je ne conteste pas la lĂ©gitimitĂ© de ces termes. Je ne conteste pas non plus leurs contradictions.

 Je les ai restituĂ©s ici (j’en ai sĂ»rement oubliĂ©) pour donner un aperçu des paradoxes qui peuvent s’imbriquer dans les relations amoureuses en France, pays de « l’Amour » voire du « romantisme». Car toutes les personnes qui se quittent ou qui se trompent ou qui sont maltraitĂ©es se sont souvent aimĂ©es au dĂ©part. Au moins en apparence.

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Ma perception de l’Amour a bien sûr changé depuis mon adolescence. Même si mon adolescence a duré longtemps. Ma vision de la masculinité a aussi changé depuis mon adolescence.

Plutôt socialement et extérieurement.

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Adolescent et jeune adulte, j’étais sans aucun doute plus attachĂ© aux regards des autres. Je le redoutais aussi sans doute davantage. Car, adolescent, et mĂŞme plus tard, il peut ĂŞtre très difficile de se sĂ©parer du regard et du jugement du groupe auquel on appartient ou auquel on tient Ă  appartenir. Qu’il s’agisse de la famille, d’un groupe de copains, de camarades de classe sociale, de collègues, des gens du quartier ou du village, d’une culture, d’une religion ou, aujourd’hui, d’un rĂ©seau social sur internet ou ailleurs.

Et cette « règle Â» vaut aussi pour les jeunes femmes. La crainte de dĂ©cevoir, d’être rejetĂ©e par un certain groupe d’appartenance, d’être dĂ©considĂ©rĂ©e si l’on adopte un certain type de comportements. Ou, plus simplement, le fait d’être attachĂ© (e), cramponnĂ© (e ) – comme j’ai pu l’être au volant de ma voiture au dĂ©but de ce texte- par loyautĂ©, par facilitĂ© et/ou par conditionnement aux rites, croyances, habitudes et certitudes d’un certain groupe qui semble correspondre le mieux Ă  ce que l’on est, Ă  notre identitĂ© en tant qu’individu.

Adolescent et jeune adulte, j’Ă©tais assez Ă©tranger Ă  mon intĂ©rioritĂ©. Je pouvais mĂŞme me mĂ©fier ou douter d’elle puisqu’autour de moi s’affichaient, se perpĂ©tuaient et s’imposaient certains modèles, certaines supposĂ©es rĂ©ussites mais aussi certains stĂ©rĂ©otypes. Des modèles qui avaient pour eux l’avantage de l’assurance, de la certitude, de l’expĂ©rience…et du nombre. 

Photo©Franck.Unimon

En tant qu’homme d’origine antillaise, j’aurais par exemple peut-ĂŞtre « dĂ» » avoir au minimum trois ou quatre enfants aujourd’hui et « avoir » deux ou trois maitresses qui se battent en duel pour ĂŞtre un « vrai » homme antillais. Cela aurait peut-ĂŞtre contribuĂ© Ă  me rendre encore plus attirant auprès de certaines femmes ( antillaises ou non)  car elles auraient ainsi eu la certitude que je suis bien fertile mais aussi fait d’une matière hĂ©tĂ©rosexuelle. En Ă©tant cĂ©libataire quelques annĂ©es et en devenant père plutĂ´t tardivement, j’ai peut-ĂŞtre brouillĂ© les cartes pour certaines femmes. Etais-je homosexuel ? Avais-je un problème sexuel ou une tare quelconque ? J’Ă©tais bien difficile Ă  dĂ©chiffrer.

L’ humour noir ne convient pas Ă  tout le monde.

Je pense que des hommes se sont aussi posĂ©s la question voire se la posent encore Ă  mon sujet. Suis-je homo ? Est-ce que j’aime – sexuellement- les femmes ? Puisque l’on ne me voit pas et l’on ne m’entend pas vraiment « m’exprimer » :

Employer le vocabulaire et le comportement du mec qui drague ou qui joue au moins ce rĂ´le-lĂ  en tenant certains propos  Â«Â rassurants » ( pour certains hommes) Ă  propos des femmes.

« J’ai envie de lui monter dessus » m’a ainsi dit un de mes collègues à propos d’une de mes collègues ». A mon travail, personne ne m’a entendu parler comme ça.

J’ai aussi pris trop de plaisir à lire Les couilles sur la table de Victoire Tuaillon dans mon précédent service, un service de «mecs ». Et à le redire et à le réécrire.

 Je suis suspect. Mais je me souviens encore de l’identitĂ© du collègue Ă  cĂ´tĂ© duquel je venais de m’asseoir et , qui, après avoir aperçu le titre, s’était levĂ© en silence pour s’éloigner.

Je commence Ă  parler ici de sexualitĂ© alors que le titre de dĂ©part est celui de l’Amour. Mais finalement, aujourd’hui, je me suis dit que beaucoup de monde se fourvoyait en parlant d’Amour ou mĂŞme de sexualitĂ©. Je crois aujourd’hui que le mot principal dans une relation, son fondement, c’est plutĂ´t :

L’intimité.

Photo©Franck.Unimon

Un couple sans intimitĂ©, Ă  mon avis, ne peut pas ou ne peut plus exister. L’ intimitĂ©, pour moi, c’est ce que l’on vit avec l’autre parce-que l’on se sent bien avec elle ou lui. En toute confiance. Cela peut ĂŞtre un voyage, le fait d’éduquer un enfant, de faire une promenade, de regarder un film. C’est un moment privilĂ©giĂ© oĂą l’on se sent bien et en sĂ©curitĂ© avec quelqu’un d’autre. Sans nĂ©cessairement ĂŞtre l’un sur l’autre ou avec l’autre Ă  perpĂ©tuitĂ©. Cela peut durer dix minutes, une heure, trois quarts d’heure. Davantage.

Mais ce n’est pas une permanence. C’est une aptitude.

L’ aptitude Ă  se retrouver avec quelqu’un que l’on a choisi et qui nous a choisi ou acceptĂ©. Parce-que, de part et d’autre, il y a la volontĂ© que cela ait lieu et existe Ă  un moment donnĂ©. Et ce moment rĂ©pĂ©tĂ© d’intimitĂ© satisfait vĂ©ritablement les deux personnes qui sont alors ensemble.

Je crois que si l’on est capable de veiller sur l’intimité – et de la défendre si besoin – que l’on vit avec une personne, que l’Amour entre deux personnes peut plus facilement subsister.

Car l’Amour, tout seul, ne tient pas. Et la sexualité, même lorsqu’elle se passe très bien et donne beaucoup de plaisir ne suffit pas pour faire vivre un couple.

L’ écrire ici ne m’empêchera pas pour autant d’avoir une bedaine comme de marcher vers une gare un jour de canicule.

Photo©Franck.Unimon

 

Franck Unimon, ce lundi 30 juin 2025.

 

 

 

 

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En Concert

Marc Crofts Klezmer Ensemble au MAJH ( MusĂ©e d’art et d’histoire du judaĂŻsme) 15 Mai 2025

 

 

Marc Crofts Klezmer Ensemble au MAJH ce 15 Mai 2025. Photo©Franck.Unimon

Marc Crofts Klezmer Ensemble au MAJH ( Musée d’art et d’histoire du Judaïsme) 15 Mai 2025

Je ne connaissais pas le MAJH pourtant situé dans le quartier du Marais à Paris. Ce 15 Mai 2025, une statue vous interpelle dans la cour, l’épée brisée.

Dans la cour intérieure du MAJH ce 15 Mai 2025. Photo©Franck.Unimon

C’est la loyauté du Capitaine Dreyfus ( 1859-1935) dont la mémoire est ici statufiée.

En venant ici ce jeudi 15 Mai, je « sais Â» ce qui se passe depuis le 7 octobre 2023 en IsraĂ«l et en Palestine. En Palestine et en IsraĂ«l.

Il m’arrive aussi de penser à la série Hatufim de Gideon Raff diffusée entre 2010 et 2012..

Je ne suis pas juif et je ne vois pas pour quelle raison j’aurais dû l’être spécifiquement ce soir-là.

Le Klezmer ne fait pas plus partie de mes terres. Même s’il me reste peut-être encore un peu du film Gadjo Dilo réalisé en 1997 par Tony Gatlif. Ou du titre Pagamenska du groupe Oi Va Voi écouté il y a plus d’une quinzaine d’années.

Ce 15 Mai 2025, Ă  peu près libre de toutes mes guerres intĂ©rieures et postĂ©rieures, je viens  Ă©couter de la musique et voir des artistes dont je n’avais jamais entendu parler deux mois plus tĂ´t.

C’est le label Zamora Productions qui m’a mis sur la piste du Marc Crofts Klezmer Ensemble en m’envoyant leur album Urban Myths. Un album dont j’ai croisé un peu les timbres avant de venir les écouter sur scène.

Le label Zamora Productions est Ă©galement engagĂ© derrière les artistes Lagon Nwar, Okali mais aussi sur le dernier album de Rocio Marquez. Des artistes dont j’ai parlĂ© dans d’autres articles. ( Voir Lagon Nwar au cafĂ© de la danse ce 31 mars 2025, et Rocio Marquez au Théâtre Zingaro ) .

A une époque ou des vedettes musicales comme Billie Eilish, Charli XcX, Rosalia, Theodora, Ronisia ou Little Simz suscitent ferveur populaire au sein des jeunesses ( de 14 à 25 ans) en ayant très peu de musiciens sur scène et toujours des paroles dans leurs compositions, je fais peut-être partie d’un public qui surfe sur un passé de plus en plus éloigné et qui peut encore, les problèmes de mémoire aidant, feindre de l’ignorer.

Mais l’amateur de musique que je suis se rappelle que celles et ceux qui savent jouer écoutent et apprécient souvent des artistes a priori plutôt séparés de leur univers. Miles Davis avait écouté aussi bien du Chopin que le Zouk de Kassav’. Bob Marley avait écouté James Brown. Nina Simone aurait voulu être une pianiste classique. Johnny Halliday et Jacques Brel étaient très proches. Gainsbourg était connu pour son bagage musical.

Pour ma part, je n’ai pas peur d’écouter des titres sans paroles comme des artistes que je connais Ă  peine.  

Les musiciens du Marc Crofts Klezmer Ensemble sont bien plus jeunes que moi qui suis né en 1968. Pourtant, Seraphim Von Werra, l’un des musiciens du Marc Crofts Klezmer Ensemble, a un air de Jacques Brel. Mais il ne chantera pas. C’est Marc Crofts qui s’en chargera sur deux ou trois titres en interprétant non du Jacques Brel mais de la musique Klezmer. C’est aussi lui qui présentera les titres avec humour et érudition, rappelant en cela que la musique est un moteur culturel et de transmission. On en apprendra ainsi un peu sur les titres sans doute bien plus âgés que je ne le suis mais aussi sur les membres de l’ensemble qui, en dehors de ces mythes urbains, ont intégré des projets musicaux bien différents de celui de ce soir-là.

Sans doute le lieu, sans doute l’acoustique, sans doute l’intimisme de la salle, sans doute les thèmes et l’époque évoqués ou invoqués ont-ils contribué à faire de ce concert une page d’évasion et de répit. Mais il y a aussi ce plaisir et cette écoute qu’ont eus les musiciens entre eux et qu’il était impossible d’égarer. On ne peut que leur souhaiter de continuer de jouer le plus longtemps possible avec une telle belle volonté.

Mon diaporama de ce concert avec un des titres (Rozmarin Nign) du Marc Crofts Klezmer Ensemble sera ma conclusion.

Article et photos©Franck.Unimon.

 

Balistique du quotidien, ce jeudi 26 juin 2025. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Fantôme de Goût

Paris Tea Festival 15 Juin 2025

Au Paris Tea Festival, Cité Universitaire, ce 15 Juin 2025. Photo©Franck.Unimon

Paris Festival Tea 15 Juin 2025

Fantôme de nos goûts, le thé est une apparition.

A moins qu’il ne soit un peu tout ce que l’on croit, une forme de superstition, une force en apesanteur, selon les températures où il nous libère.

Quelques heures avant de me rendre au Paris Festival Tea Ă  la CitĂ© Universitaire, j’étais pourtant bien plus terre Ă  terre :

Je n’avais plus envie d’y aller.

Ma journée fournie en déplacements de la veille. Le trajet depuis Argenteuil, ma ville de banlieue.

Un lieu de plus où j’irais gesticuler. Et où j’allais bien-sûr dépenser de l’argent après m’être acquitté du droit d’entrée. Vingt euros pour moi, quinze pour les étudiants.

Je prévoyais une arnaque. Une manifestation faite pour attirer les gogos.

Au Paris Tea Festival, Cité Universitaire, 15 Juin 2025. Photo©Franck.Unimon

Le thé fait vendre de plus en plus. J’ai lu quelque part sur un site qui lui est consacré qu’il serait la deuxième boisson la plus bue dans le Monde après l’eau. Cela était déclaré fièrement sans rappeler que sans eau le thé perd beaucoup et aussi que les ressources mondiales en eau s’amenuisent avec la pollution due à la croissance industrielle de nombreux pays, la déforestation, le gaspillage, le réchauffement climatique. Et qu’il existe déjà certaines tensions entre certains pays pour s’accaparer certaines réserves d’eau telles celles entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie.

Mais ce festival, le premier festival de thé auquel je me rendais, était d’abord une fenêtre. Et pour puiser mes conclusions, il me fallait aller sur place, passer de l’autre côté de mes filtres.

Le thé a commencé pour moi en sachets Lipton à l’adolescence. Pour le petit déjeuner avec plusieurs morceaux de sucre blanc. Mais aussi avec du miel. Comme alternative aux boissons chocolatées de mon enfance dont je m’étais lassé.

C’était le chocolat en poudre ou en granulĂ©s avec du lait de vache, dĂ©ja avec des morceaux (jusqu’à quatre) de sucre blanc. Il y a eu l’Ovomaltine, le Nesquik, le Banania, le Benco, le Poulain, rarement le Van Houten. Il y a eu le morceau de beurre qui se foudroie dans le coin du bol de chocolat chaud et que l’on boit. Il y a eu le lait sucrĂ© concentrĂ© auquel on ajoutait  du chocolat en poudre et de l’eau chaude.

Il y a aussi eu un peu de chicorée, un peu de café au lait bien sucré. Et lors de séjours en Grande-Bretagne, le thé au lait qui me donnait un peu l’impression de devenir un aristocrate.

Puis, un jour, il y a Ă   peu près quinze ans, est arrivĂ© le thĂ© en vrac.

Comment ? Pourquoi ?  OĂą ? Qui ? 

Je ne m’en souviens pas. Je ne me souviens pas non plus quand j’ai arrêté de plonger du sucre dans mon thé.

 Mais je me rappelle du premier magasin oĂą je suis devenu assidu afin d’y acheter du thĂ© en vrac :

La Route du ThĂ© au 5, rue de la Montagne Sainte Genevieve dans le 5ème arrondissement. J’ai dĂ» y entrer par curiositĂ© un jour oĂą j’étais seul dans les environs. J’y retourne encore mĂŞme si, depuis, en parallèle, je vais aussi voir ailleurs :

L’ Autre ThĂ©, Le Palais des ThĂ©s ,  Le Conservatoire des HĂ©misphères, Lupicia ainsi que quelques sites. Cette polygamie du thĂ© ne suscite aucun conflit particulier dans ma vie personnelle tant que le thĂ© m’amĂ©liore.  

Je suis aussi passĂ© Ă  Mariage Frères et chez Damman Frères  puisque l’on en parlait beaucoup. J’ai trouvĂ© Mariage Frères cher voire très cher, plutĂ´t prĂ©tentieux. Une sorte de yacht statique de l’aisance sociale et matĂ©rielle qui ne garantit pas pour autant l’excellence annoncĂ©e. A moins d’être prĂŞt Ă  payer le prix fort pour certains de leurs thĂ©s. Il y a finalement tellement d’histoires comme celle-lĂ  oĂą la suffisance convainc bien des privilĂ©giĂ©s qu’ils ont toujours le meilleur Ă  portĂ©e de main. 

Après plusieurs annĂ©es de frĂ©quentation de La Route du ThĂ©, j’ai connu chez Mariage Frères pourtant si rĂ©putĂ© une dĂ©sillusion en matière de Sencha. Il y avait mieux mais il fallait vraiment mettre le prix. Je crois que l’on Ă©tait dans les 90 ou 100 euros ou plus pour cent grammes de thĂ©.

Je n’ai pas peur de payer entre 25 et 40 euros les 50 ou les 100 grammes de thĂ©. Je peux mĂŞme payer encore un peu plus si je suis sĂ»r de l’endroit et de ce que j’ y achète.

Je reste pour l’instant réservé concernant Damman Frères car j’y suis allé une seule fois de mémoire.

Pour choisir notre thé en vrac, notre nez et notre mémoire gustative comptent autant voire plus que les commentaires et l’assurance de certains vendeurs qui sont à mon avis beaucoup plus des agents commerciaux que de réels conseillers. Pour peu que l’endroit soit assez luxueux et présente bien, on peut avoir l’impression d’entrer dans une bijouterie où l’on est reçu par des orfèvres du goût et d’un vocabulaire millésimé alors qu’il peut s’agir de simples éléments de langage et du protocole.

Le vendeur et le gĂ©rant de La Route du ThĂ© oĂą je retourne est originaire d’Afghanistan. Il m’a racontĂ© un peu son histoire et son arrivĂ©e en France Ă  la suite de son frère il y a quelques semaines lorsque je suis allĂ© le rejoindre dans le restaurant vietnamien oĂą il avait l’habitude de dĂ©jeuner. Il m’a offert le repas. J’étais un peu fatiguĂ© et j’avais dĂ©jĂ  un peu dĂ©jeunĂ© mais je n’ai pas refusĂ©. A ce jour, je n’ai pas connu d’expĂ©rience similaire dans les autres maisons de thĂ© que j’ai connues plus rĂ©cemment.

La première fois que je suis entré à La Route du thé, je commençais sans doute déja à m’éloigner de plus en plus des grandes surfaces et des magasins bondés et bruyants où nous sommes des prisonniers en liberté conditionnelle. Nos cellules et nos matricules sont nos cartes bancaires ainsi que nos téléphones portables. Nous sommes supposés choisir et nous faire plaisir alors que nous ne faisons que nous assujettir et nous enfermer un peu plus.

A La Route du thé, il n’y avait pas de queue à la caisse. Pas de foule. Je pouvais prendre le temps de sentir le thé que j’allais acheter. Discuter, me faire conseiller.

J’ai commencé par des thés aromatisés. Des thés noirs. Dont certains ont beaucoup plu à mes collègues tels Les fleurs de feu, Les Cavaliers afghans, Ispahan….

Et puis, un beau jour, ces thés se sont tus dans ma bouche. J’ai d’abord cru que c’était une mauvaise production. Le vendeur m’a détrompé. Quelqu’un m’avait recommandé de boire du thé vert. A moi qui buvais encore du thé noir aromatisé avec du sucre.

Je me suis rappelé d’un collègue qui avait loué le Gemmaïcha.

J’ai essayé le Gemmaïcha alors que je buvais très peu de thé vert japonais lors de mon premier séjour au Japon en 1999 même si j’en étais revenu avec de la céramique- que j’ai toujours- mais sans thé….

Aujourd’hui, cela doit faire une dizaine d’annĂ©es que je bois du thĂ© vert japonais. Du Sencha ou du Gyokuro. Je n’arrive pas Ă  me dĂ©loger de ces thĂ©s-lĂ . Je me vois comme un intĂ©griste voire un raciste gustatif en matière de thĂ©. Car souvent lorsque  j’essaie un autre genre de thĂ© affirmĂ©, je le quitte.

Au Paris Tea Festival ce 15 Juin 2025. Photo©Franck.Unimon

Au Paris Tea Festival, on nous a remis Ă  l’entrĂ©e une petite tasse nous permettant de goĂ»ter Ă  peu près tous les thĂ©s prĂ©sentĂ©s. J’ai dĂ» approcher entre vingt Ă  quarante thĂ©s. Des thĂ©s noirs, des thĂ©s verts, des thĂ©s d’Afrique, des thĂ©s de Chine, de CorĂ©e du Sud, du Japon, d’Iran.

J’ai croisé un vendeur espagnol qui vivait en Chine depuis une dizaine d’années. Un autre d’origine polonaise qui avait vécu à Taïwan et qui vendait sa céramique. Un autre vendeur de céramique était d’origine tchèque. J’ai croisé un Instagrammeur qui publiait régulièrement à propos des événements liés au thé. Un spécialiste du Japon et du thé qui m’a appris que je pouvais le solliciter si je cherchais un article à me faire ramener du Japon.

J’ai discutĂ© pendant un moment avec une des vendeuses, Ă©galement formatrice en thĂ©, des Jardins de GaĂŻa qui a pris le temps de me servir plusieurs thĂ©s ainsi qu’à un autre visiteur comme moi qui « travaille dans la mode Â». C’est avec elle que j’ai dĂ©couvert le shiboridashi.

Au Paris Tea Festival ce 15 Juin 2025. Photo©Franck.Unimon

Plus loin, un revendeur m’a appris que la Bretagne se prêtait bien à la culture du thé vert japonais en raison de son climat et de ses terres acides. Il m’a aussi parlé du décalage entre la maison de thé qu’il représentait au Paris Festival Tea et certains de leurs agriculteurs partenaires qui privilégiaient la quantité au lieu de la qualité. D’autres personnes étaient là pour prospecter et nouer des contacts en vue de développer leur business. J’ai aussi relevé la place stratégique occupée par la marque Brita connue depuis des années pour ses carafes filtrantes.

Au Paris Tea Festival ce 15 Juin 2025. Le stand Brita était bien-sûr mieux rangé. Photo©Franck.Unimon

Le Paris Festival Tea a été une opportunité pour présenter la dernière nouveauté de la marque Brita.

Venu principalement pour le thĂ©, je n’avais pas envisagĂ© la prĂ©sence de cĂ©ramique. Si j’ai Ă©tĂ© Ă©tonnĂ© de trouver des artisans ou des revendeurs europĂ©ens qui « proposaient Â» des pièces de cĂ©ramique plutĂ´t sĂ©duisantes et rĂ©ussies, deux stands m’ont particulièrement plu dont celui reprĂ©sentant les poteries Hagi Ware d’un Japonais rĂ©sidant aux Pays-Bas depuis 2024 :

Shujiro Tanaka pour le site Tanaka-NL. J’ai appris que la technique Hagi Ware dĂ©coulait du savoir faire de potiers corĂ©ens.

J’ai aussi aimĂ© le travail de Inge Nielsen qui s’inspire de la poterie chinoise et de JĂ©rĂ©my KĂ©ala qui s’inspire, lui, de la poterie japonaise.

MĂŞme si l’univers du thĂ© est un marchĂ© Ă©conomique ( on m’a rappelĂ© la spĂ©culation actuelle Ă  propos du matcha)  qui repose sur la concurrence et des conditions de travail Ă©prouvantes, je trouve rĂ©confortant que dans notre monde de console Nintendo Switch seconde gĂ©nĂ©ration, de jeux en ligne, de vidĂ©os snapchat, de rĂ©seaux sociaux et de tĂ©lĂ©phones portables toujours disponibles et toujours en activitĂ© qu’il y ait des personnes qui prennent le temps de se faire du thĂ© et de se rencontrer Ă  travers lui.

Initialement disposé à rester deux heures au Paris Tea Festival, j’y suis finalement resté plus de quatre heures ! Sans assister à une seule des conférences ainsi qu’à aucun des ateliers.

Le reste, c’est mon diaporama qui le racontera.

 

Franck Unimon/ Balistique du quotidien, ce mercredi 18 juin 2025.

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self-défense/ Arts Martiaux

Ellis Amdur à Asnières sur Seine ce 24 avril 2025

Ellis Amdur à Asnières sur Seine ce 24 avril 2025. Tout au fond, Jean-Marc Chamot. Photo©Franck.Unimon

 

A l’initiative de Jean-Marc Chamot, Ellis Amdur était à Asnières sur Seine ce 24 avril 2025. J’ai un ou deux de ses livres chez moi que je n’ai toujours pas pris le temps de lire. Je suis parti avec ma fille assister à ce stage qu’il animait dans le dojo de Jean-Marc Chamot avec celui-ci. Ce qui m’a aussi permis de rencontrer ce dernier pour la première fois.

 

J’ai été étonné par la stature imposante de Ellis Amdur. Cette particularité physique mise à part, j’ai vu un homme impliqué dans ce qu’il faisait, rigoureux, au fait de ce qu’il enseignait et néanmoins accessible.

 

En regardant ces photos et en les choisissant plusieurs semaines plus tard pour cet article, je remarque son regard, sa présence et son aisance pour manier son arme avec ses deux mains. Le bokken a beau être une arme factice en bois, on se convainc facilement que dans ses mains celle-ci pourrait tuer ou au moins mutiler.

 

Je crois que le diaporama parlera suffisamment de lui-même pour en dire davantage à propos de cette intervention d’Ellis Amdur. C’est en réécoutant tout à l’heure le titre Brothers in Arms du groupe Dire Straits que je me suis senti suffisamment inspiré pour écrire cet article et le publier.

Brothers in Arms date de 1995.  MĂŞme si elle peut parler Ă  tous les âges comme d’autres titres, c’est une chanson de vieillots comme moi , ne nous illusionnons pas. Aujourd’hui, seul Captain America, en sortant de la banquise de son coma, pourrait trouver cette chanson futuriste ou rĂ©volutionnaire. Elle appartient Ă  un autre rĂ©gime musical que celui de l’électro, du Rap et de la Pop qui font dĂ©sormais les tendances musicales les plus courantes. Et on la trouvera très peu utilisĂ©e sur Tik Tok ou Instagram comme bande son.

Cependant, j’ai estimĂ© que « poser Â» un titre de Charli XCX ou de Lala & Ce avec ce diaporama aurait moins bien collĂ© mĂŞme si j’ai Ă©tĂ© un moment tentĂ© de le faire.

Franck Unimon, ce vendredi 6 juin 2025.