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Marathon Circus Mars 2020- 202 ?

Paris, Mercredi 1er septembre 2021, en marchant avec G depuis la place de la Madeleine.

                                         Marathon Circus –  Mars 2020-202 ?

 

On n’est pas fa-ti-gué !

 

 

«  On n’est pas fa-ti-gué ! ». C’est ce qu’entonnent certains marathoniens qui courent en groupe pour s’encourager lors de l’épreuve. Pour dédramatiser l’effort durable qu’ils s’imposent. Certains couples se forment en préparant puis en courant un même marathon.

 

La pandémie du Covid peut être comparée au marathon ou à toute autre sorte d’épreuve. Sauf que personne, au départ, n’est venu s’inscrire, et payer, pour y participer. Afin de pouvoir affirmer fièrement ensuite qu’elle ou qu’il a couru le marathon de Paris ou de Berlin ou de New-York.

 

On dit couramment que le « principal, c’est de participer. Pas de gagner ». Mais je crois que, pour ce marathon de la pandémie du Covid, nous sommes un certain nombre qui, si nous avions le choix, nous serions depuis très longtemps désistés ou aurions laissé notre dossard et notre paire de baskets à d’autres. Afin qu’elles ou qu’ils prennent « leur pied » sur le bitume. Certainement que nous serions prêts à donner un peu d’argent pour que certaines et certains courent à notre place. Sauf, que cette fois, nos places sont difficilement interchangeables.

Le journal  » Les échos » de ce 23 aout 2021.

 

Si l’on peut croiser des personnes qui portent un tee-shirt sur lequel on peut lire l’édition de telle course pédestre auxquelles elles ont participé, j’ai un peu de mal à concevoir qu’il en sera de même pour cette pandémie, ou cette « multiple » pandémie du Covid. Ou alors, peut-être dans un film.

 

On n’est pas va-ccin-né !

 

« On n’est pas vacci-né ! » pourrait être le chant de certaines personnes anti-vaccin. Ce le sera peut-être au moins par provocation. Mais ce n’est pas le mien. Même si je suis encore, pour l’instant, non vacciné.

 

Mes doutes face à ces vaccins sortis très vite sont résistants. Ma perplexité devant certaines               « stratégies » ou techniques de communication du gouvernement, aussi. Et les propos d’un certain nombre de médecins me font penser à cette cacophonie entendue il y a plusieurs années au salon de la musique.

Si je suis sensible aux arguments de certains ( dont Irène Frachon, « la fille de Brest » qui encourage à se faire vacciner contre le Covid ), je vois dans le déroulement de la pensée d’autres médecins une logique où tout est soit noir. Ou soit blanc.

Sans doute suis-je trop à la recherche du « Ying » et du  » Yang  » que je trouve drastiquement très absent depuis le début de cette pandémie en mars 2020 ? Sans doute suis-je encore trop bien portant et trop « présomptueux » pour faire aujourd’hui la fine bouche devant les vaccins anti-Covid actuels ?

Mais je suis encore reconnaissant à ce médecin généraliste consulté il y a quelques semaines. Cela devait être la première fois que je le rencontrais pour un tout autre motif que le / la  Covid .  Il venait de me prescrire un traitement médicamenteux standard selon le protocole d’usage pour ce qui m’amenait. Lorsque je lui ai dit que je pensais, aussi, à compléter éventuellement son traitement en allant consulter tel praticien de telle discipline dite « parallèle ». Enthousiaste, il m’a alors aussitôt répondu :

 » Tout ce qui marche, c’est bien ! ». Et, il m’avait répété cette phrase presque comme un mantra :

« Tout ce qui marche, c’est… bien !« . 

Combien de nos chers médecins, politiques, média, concitoyens et autres qui « savent tout », qui nous informent de leurs certitudes voire de leurs jugements sur celles et ceux qui, comme moi, doutent encore de ce qui nous est proposé avec les vaccins actuels contre le Covid, sont-ils capables de concevoir ça ?

 » Tout ce qui marche, c’est bien ! ». 

 

Eléments de perplexité

 

Lorsqu’il y avait pénurie de masques anti-Covid, entre mi-mars 2020 et début Mai 2020, le port du masque a même été considéré comme superflu par le gouvernement. Même si la porte-parole du gouvernement qui avait prononcé ces propos a depuis disparu de la scène  (elle est loin d’être devenue SDF !), elle faisait ce pour quoi elle avait été mise à ce poste. Donc, je m’abstiendrais de la tenir seule responsable. En tant que porte-parole, elle a seulement été la partie la plus visible, donc la plus repérable et la plus facilement blâmable, de certaines décisions gouvernementales.

 

Lorsque les masques anti-Covid sont apparus par milliers et par millions début mai, l’obligation des masques anti-Covid est devenue super glue.

J’ignorais jusqu’à cette semaine que les policiers avaient été menacés de « sanction administrative » en cas de port du masque. D’où leur « refus », par rancœur, pour l’instant, de se faire vacciner contre le Covid. On peut supposer qu’après quelques pourparlers ou l’octroi d’une prime, que les policiers vont bientôt se montrer plus volontaires pour se faire vacciner contre le Covid.

Le journal  » Le Canard Enchainé » de ce 1er septembre 2021.

 

Mais cette information (le risque d’une sanction administrative des policiers en cas de port du masque) nous apprend ou nous réapprend au moins deux choses.

 

Tout d’abord, nous sommes tellement cloisonnés dans nos univers personnels et professionnels, que cette menace de sanction administrative en cas de port du masque pour un agent de police alors que le masque est rapidement devenu obligatoire pour le citoyen lambda, a « sûrement » été ignorée ou banalisée par la majorité des Français.

Ensuite, dans un contexte de pandémie et d’importance des gestes barrières, je ne vois pas comment, à moins de dévaluer la nécessité des masques anti-Covid, un gouvernement mais aussi des scientifiques et des médecins ont pu ou pourront justifier que les policiers aient été interdits de masque anti-Covid. Alors que le reste de la population a dû  se conformer à cette obligation du port du masque dès début Mai 2020….

 

 

Lorsque les vaccins anti-Covid n’étaient pas disponibles, les gestes barrières étaient les remparts systématiques contre la pandémie :

 

Port du masque, lavage des mains avec du savon, utilisation du gel hydro-alcoolique, distance sociale au minimum de un mètre, réduction du nombre de personnes rencontrées, aération des pièces de vie et de travail, réduction de nos déplacements (lors du premier confinement en mars 2020, pour celles et ceux dont le travail le permettait, il fallait même rester chez soi !) tousser et éternuer dans son pli du coude.

 

Depuis que les vaccins anti-Covid sont présents par millions de doses en France et dans d’autres pays riches, on dirait selon les situations que tous ces gestes barrières sont devenus caducs ou, pire, qu’il semblerait qu’ils étaient comme une gymnastique occupationnelle destinée à nous occuper plus qu’à véritablement nous protéger. Afin de pouvoir nous dire ou nous faire croire officiellement :

 

« Vous voyez, on fait quelque chose contre la pandémie. Nous maitrisons la situation, ne vous inquiétez pas ! ».

 

Mais depuis l’obligation des vaccins contre le Covid « officialisée » à partir de ce 12 juillet 2021 (obligation indirecte au vu de toutes les contraintes et sanctions qui vont s’imposer à celles et ceux qui ne seront pas vaccinés à partir de ce 15 septembre 2021), on peut se demander si la maitrise concernait plus nos agissements et notre façon de vivre que la pandémie elle-même.

 

Nous croyions agir alors dans le respect de certaines règles sanitaires. Mais, peut-être que non, finalement. Puisque, désormais, contrairement à il y a encore à peine deux mois, même avec un masque anti-Covid sur le visage, et même en respectant la distanciation sociale, je ne peux plus entrer dans une salle de cinéma. Je ne peux plus aller dans la médiathèque de ma ville.  

Photo prise ce mercredi 1er septembre 2021, près de la ligne 14.

 

Aujourd’hui, depuis le 9 aout 2021, les vaccins anti-Covid sont devenus les pièces maitresses, les princes absolus et exclusifs de notre kit de survie qui comporte aussi désormais le célèbre passe sanitaire numérisé. Ce qui fait moderne. A quand une page instagram, Facebook et Twitter pour le passe sanitaire ? Afin de le faire vivre au travers d’un avatar afin qu’il nous « raconte » comme il est proche de nous, les êtres humains, et qu’il est là essentiellement pour notre bien ? Ce serait sympa. Et cool.

 

 

Deux personnes, pour l’instant, vaccinées comme il se doit contre le Covid, m’ont raconté que leur QR Code n’avait pas été reconnu. Cela s’est néanmoins bien terminé pour eux. Mais ça fait un peu penser à un monde à la Brazil ( du nom du même film de Terry Gilliam) en train de s’installer en France. 

 

Attentions

 

 

Un collègue, vacciné « avec » Pfizer, nous a aussi raconté il y a maintenant une ou deux semaines qu’un de ses amis, au schéma vaccinal anti-Covid complet, avait néanmoins attrapé le variant Delta et qu’il s’était retrouvé plié dans son lit, chez lui, durant dix jours. Ce collègue a ajouté :

 

« Donc, faites-bien attention avec le variant Delta ! ».

 

Bien-sûr, moi, le non-vacciné, ça m’a fait et me fait réfléchir. Je me suis demandé si j’étais bien inspiré de rester non-vacciné. Je n’ai pas de certitudes. J’ai des doutes.

 

Sur les vaccins. Mais aussi sur certains comportements. Certaines personnes vaccinées se comportent comme si, après leur vaccination complète, elles étaient devenues invulnérables. Je les vois, je les revois. Pas de port du masque par exemple lorsque cela se devrait. Moi, à l’intérieur, dans les lieux publics et professionnels, je porte mon masque. Je continue de porter mon masque. Sur mon nez et ma bouche. Depuis juillet de l’année dernière (en 2020) je crois que je peux encore compter le nombre de personnes que j’ai embrassées en dehors de ma compagne et de ma fille.

 

Entre la maladie et la mégalomanie

 

 

Mais je me rappelle aussi encore de l’inquiétude, la première exprimée en près de trente ans d’amitié, de mon ami, vacciné contre le Covid depuis plusieurs mois, lorsqu’il m’a demandé au téléphone, il y a deux ou trois jours :

 

« Mais, Franck, tu vas te faire vacciner ? ». J’étais à côté de la gare du Nord. ( La Gare du Nord )J’ai essayé de le rassurer. J’ai répondu, je crois, en toute sincérité. Sans éluder. 

 

Je lui ai répondu que ce que je faisais principalement, c’était essayer de gagner du temps. Que, le lendemain (c’était hier), j’allais revoir un de mes médecins et lui parler, entre-autre, de ce sujet de la vaccination anti-Covid. Car, même non-vacciné, je continue de recueillir autour de moi des avis. Je ne recherche pas le débat. Je ne me moque de personne. Je ne critique pas. Que l’on soit vacciné ou non vacciné. J’ai trop conscience, je crois, du fait, que l’être humain passe sa vie à osciller entre la maladie et la mégalomanie. C’était comme ça avant la pandémie du Covid. Et ce sera encore comme ça après elle.

Photo prise à Paris, ce 2 septembre 2021.

 

Bien-sûr, il y a des maladies et des mégalomanies plus graves que d’autres. Je préfère attraper un rhume que d’avoir un cancer. Je préfère la mégalomanie d’un humoriste sur scène ou dans un film à celle d’une personne armée économiquement, moralement, politiquement, administrativement et militairement et qui peut détruire sciemment et  concrètement, une vie, une position, en quelques secondes. Par un ordre, une signature, un appel, un regard. Par calcul.

 

 

Une attitude irrationnelle

 

 

J’ai entendu parler de l’attitude irrationelle des personnes refusant ou hésitant à se faire vacciner contre le Covid. Comme si l’être humain était ou avait été, en tout point et en toute circonstance, un être rationnel ! Comme si l’action de faire confiance était  rationnelle ! 

 

Il n’y a rien de rationnel dans le fait de désirer une personne plutôt qu’une autre et de pratiquement tout faire pour s’en rapprocher même si, finalement, cela nous dessert. Or, non seulement, cela arrive tous les jours. Mais, en plus, l’être humain est prêt à recommencer plusieurs fois les mêmes erreurs.

 

Il n’y a rien de rationnel dans le fait de faire confiance. On peut se détourner d’une personne intègre, attentive et fiable et préférer se jeter dans les bras de quelqu’un juste parce-que cette personne nous a fait « vibrer ».

 

Il n’y a rien de rationnel dans le fait d’acheter quelque chose- et cher- dont on n’a pas besoin. C’est pourtant grâce à ça que marche une bonne partie de notre économie et que s’enrichissent bien des industries et des actionnaires.

 

Il n’y a rien de rationnel dans le fait de voter pour tel représentant politique qui ne vaut pas mieux que tel autre qui nous « sort par les yeux ». Pourtant, nous le faisons et allons continuer de voter de la même façon en pensant bien faire. Au moins par devoir.

 

Les personnes qui parlent « d’irrationnel » sont elles-mêmes également irrationnelles sauf qu’elles ne s’en aperçoivent même pas. Ou s’en servent. Ce qui est pire !

 

Mais ce que j’écris n’a rien de scientifique. C’est peut-être une manifestation de plus de ma connerie, de mon égoïsme, de mon irresponsabilité et de ma mégalomanie. La prochaine étape, si je tarde trop, c’est, officiellement, le Covid, un service de réanimation. Et, de partir faire le plein à la station service de la mort.

 

La Mort

 

A un moment, cet été, je me suis dit qu’indirectement, au travers de ces désaccords à propos de cette obligation de la vaccination anti-Covid, il y avait un autre sujet qui était à tout prix évité et caché honteusement. Celui de l’euthanasie. Celui de pouvoir décider de la façon dont on peut et veut mourir. Et quand. Mais aussi, comment. Ce qui revient aussi à décider de la façon dont on veut vivre.

 

Je suis pour la vie. Donc, si je suis convaincu qu’un vaccin peut me faire vivre ou m’aider à vivre ou à vivre mieux, évidemment, je le prendrai. Aussi, je comprends le choix volontaire de celles et ceux qui ont décidé de se faire vacciner contre le Covid.

 

Mais si j’ai des doutes à propos de ces vaccins ? Qu’est-ce que je fais ? Je fais néanmoins comme les autres ?  Parce-que les autres, le plus grand nombre, l’a fait ? Et si le plus grand nombre s’est trompé ou se trompe parce qu’il a peur ou a eu peur de mourir ?

Photo prise ce 1er septembre 2021 à Paris.

 

J’ai pourtant mes peurs. Ainsi que, sans doute, des peurs communes avec bien des personnes aujourd’hui vaccinées contre le Covid. Et, je ne me réjouis pas de voir passer des affiches de films ou de spectacles auxquels je ne peux pas me rendre car non-vacciné. Je ne me réjouis pas de ne pas pouvoir participer à certains événements sociaux.

 

On peut être très intelligent et avoir suffisamment peur de la mort au point de faire des erreurs d’appréciation et de jugement. C’est ce que je pense des journalistes de Charlie Hebdo et du Canard Enchaîné qui se moquent des anti-vaccins et les résument assez à des crétins et à des complotistes. Je crois aussi que leur peur de la mort est telle qu’ils la tournent en dérision par leurs caricatures et leur humour noir qui déplait à d’autres.

Si les terroristes qui ont si mal pris les caricatures de Charlie Hebdo avaient compris ça, que derrière bien des caricatures et de l’humour, il y a souvent de la peur. La peur de la mort, de la tristesse aussi et du désespoir- quasi prémonitoire- devant bien des agissements funestes de l’être humain. Si  les terroristes avaient compris ça, il n’y aurait pas eu d’attentats dans les locaux de Charlie Hebdo. Qu’il n’y ait pas de malentendu :

 

Je suis triste de ces attentats intégristes dans les locaux de Charlie Hebdo et ailleurs. Au Bataclan, à l’Hyper-Cacher, à Nice….

 

Je fais cette allusion aux journaux Charlie Hebdo et au Canard Enchainé parce-que je suis un de leurs lecteurs réguliers depuis quelques années. Et que je « connais » leur avis sur les non-vaccinés contre le Covid.

 

Et, concernant les intégristes islamistes qui ont fait ces attentats en France et ailleurs, je m’illusionnerais sans doute si je les résumais à des personnes chez qui l’autodérision est absente, interdite ou impossible. Je ne sais pas comment est « fait » un terroriste. Surtout qu’il existe plusieurs sortes « raisons » ou motivations pour devenir terroriste. Peut-être sont elles assez proches, finalement, ces raisons et ces motivations, de celles qui peuvent pousser à devenir espion ou agent secret. Sauf que les critères de sélection des candidats sont différents ainsi que leur environnement, leurs buts et leurs missions.

 

Néanmoins, pour le peu que j’ai compris, une personne terroriste est aussi une personne qui rêve d’aventures meurtrières peu importe la raison, l’idéologie ou la cause. Que la « cause » soit officiellement une caricature ou le besoin de prendre une certaine revanche sur la vie par tous les moyens. Y compris par les armes, le meurtre, le viol, la torture….

 

Mais je me suis éloigné de mon marathon personnel.

 

 

Ce que j’espère

 

 

Ce que j’espère : c’est, à la fois, que la pandémie du Covid se désagrège le plus rapidement possible. Car, depuis dix huit mois, on s’est aperçu que les données de cette pandémie peuvent très vite changer en quelques semaines. D’ici un mois, voire avant, on aura une autre situation que la nôtre actuellement. Dans le pire ou dans le mieux. 

 

Ce que j’espère, c’est de pouvoir tenir jusqu’à l’arrivée d’un vaccin anti-Covid dont les caractéristiques et les conditions de fabrication me convaincront suffisamment.

 

Mais, bien-sûr, d’ici une semaine ou deux, ou plus, je n’aurai peut-être plus la possibilité ou le choix d’étudier mes options comme je le fais maintenant.

 

Les bonnes nouvelles

 

Les bonnes nouvelles, c’est que la vie continue. Et qu’après ces divers confinements depuis dix huit mois, j’ai revu ces derniers jours des amis ( vaccinées et vacciné contre le Covid)  avec lesquels j’ai pu prendre mon temps. Parce-que, dans un marathon, pour tenir, il faut bien-sûr avoir un cœur entraîné qui s’accorde avec le reste de notre corps en bonne santé. Mais il faut aussi que ce qui est dans la tête suive. Si le cuivre de nos pensées nous transmet uniquement des visions de vertiges et de ruines toute la course durant, notre marathon sera un confinement parmi tant d’autres.

 

On n’est-pas-fa-ti-gué ! 

 

Franck Unimon, ce vendredi 3 septembre 2021.

 

  

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Cinéma Corona Circus

Le cinema-A ciel ouvert / L’envers de la Chimère avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri, ce vendredi 20 aout 2021 à Aulnay sous Bois, la ferme du Vieux-Pays.

 

Il y avait trop à dire dans un seul article après ma rencontre avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri, à Aulnay sous Bois, ce vendredi 20 aout 2021. ( Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri ). 

Voici donc la deuxième partie de cette rencontre finalement plus proche du reportage que de l’interview. Mais pourquoi s’en priver alors que le tournage de La Chimère est aujourd’hui terminé ?

 

Le Corps parle.

Dans cette première vidéo, Steve nous parle de la préparation reçue par leur première pépinière d’acteurs avant le début du tournage. On peut apercevoir dans l’arrière champ, plusieurs des acteurs du court-métrage, ainsi que Tarik mais aussi Jamila Ouzahir, l’attachée de presse. Ainsi que la silhouette furtive de ma fille.

 

Ensuite, Steve nous donne le Synopsis de La Chimère. Il s’agit de son premier court-métrage en tant que réalisateur. Tarik a tenu la partition du scénario. 

 

Tout a commencé le 3 septembre 2007.

Steve et Tarik nous parlent de leur première pépinière d’acteurs. De la prison des habitudes. De leurs liens avec leur ville et leur cité.  De la nécessité de la discipline pour réussir. De la solitude. De l’apprentissage de nouveaux codes sociaux.

 

 

« Si ce n’est pas maintenant, ça sera jamais « 

Nous poursuivons sur le thème de la prison mentale, de l’intériorité. Du déclic. Des effets d’un déménagement pour aller dans un quartier qui n’est pas le sien.

 

 

L’histoire de Roger.

Roger, le jumeau de Steve, nous parle avec Tarik de la transmission.

 

 

Bonus

Les clic-clic que l’on entend pendant nos discussions sont dûs à l’appareil photo que j’emploie. Toutes ces photos n’allaient pas me rester sur les bras.

 

 

Franck Unimon, ce vendredi 3 septembre 2021. 

 

 

 

 

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Pour les Poissons Rouges

La Gare du Nord

                                                  La Gare du Nord

 

Elle est connue comme la plaque tournante de différents trafics. Un trafic, c’est l’endroit ou plusieurs mondes et diverses langues, croyances, histoires, pratiques et lois peuvent se rencontrer et se heurter beaucoup plus et bien plus rapidement qu’on ne le croit. Pour quelques secondes. Plusieurs heures, plusieurs mois, plusieurs années, pour toujours.

 

Malgré bien des efforts de rénovation, de ménage et de patrouilles policières, elle est sale et internationale. Elle est très pauvre et aussi très friquée. Elle sent l’urine et le stérile.  

 

Beaucoup est possible avec elle. Mais cela ne veut pas dire que cela sera facile pour autant. Car cela sera selon les conséquences de la correspondance que l’on y prendra. Certains aimeraient pouvoir l’étrangler. D’autres lui trouvent une toison particulière que les autres gares, plus hypocrites et plus soumises, n’ont pas.

 

Elle peut nous permettre de prendre le train pour l’étranger, pour la banlieue, d’aller jouir au loin. Dans toutes sortes de banlieues, des plus sensibles, des plus avantagées, des plus inaccessibles, aux plus mortes. Mais aussi de s’éloigner un peu plus du Paris chic.

 

Je n’aime pas particulièrement la gare du Nord mais elle me ramène en Ecosse, à Paris et à Marseille la même année. Certaines gares gardent ce pouvoir. Même si ensuite, la ligne s’enfuit ou disparaît, il nous reste l’attrait.

 

C’est au terminus d’une station de bus, à la Gare du Nord, que ce 1er septembre 2021, j’ai joint un ami qui habite maintenant à Bordeaux. A nos débuts, il vivait encore à Evreux. Et moi, à Cergy-Pontoise.

 

Nous nous sommes connus pendant notre service militaire dans un service de psychiatrie adulte où nous exercions notre fonction d’infirmier auprès d’appelés, de quelques civils et gradés.

Le syndrome anxio-dépressif et la tentative de suicide étaient une cause fréquente d’hospitalisation. Tel appelé parti au loin apprenait que sa copine le quittait. Tel autre, en vivant l’expérience de la séparation, de la vie militaire, entrait dans une des gares de la psychose. Un cuisinier se mettait à entendre des voix mais aussi à voir des choses. Sa hiérarchie militaire lui expliquait qu’avec un peu de volonté, il parviendrait à écumer tout ça. En changeant de mode de cuisson et de casserole. En trouvant d’autres ingrédients. Il faisait peut-être très bien la cuisine. Et, s’il partait, ses bons petits plats allaient manquer. Sauf que mon cher gradé, la psychose hallucinatoire obéit à d’autres commandements que ceux des plats en sauce et des voies ferrées militaires.

Un autre appelé était dans une torpeur, une dépression peut-être mélancolique, qui n’avait d’égal que la désolation dans laquelle se décomposait sa très jolie fiancée lors de ses visites. Avant son départ pour le service militaire, ils avaient prévu de se marier.

J’avais appris lors du transfert en province d’un grand patient ingénieur que le Largactil, c’était très bien car cela donnait de plus longues érections.

Je me rappelle aussi de ce patient schizophrène qui, de colère, avait balancé quelques objets saillants dans sa chambre. Son père nous avait dit : «  Il est sympa. Il faut juste lui parler ».

Il est vrai qu’une fois calmé, ce patient nous avait parlé de….Bourdieu et de son livre qui venait de sortir. La Misère du monde : La France parle. Un pavé que j’avais acheté et que je n’ai toujours pas pris le temps de lire près de trente ans plus tard.

 

Hier, mon ami de l’armée m’a dit avoir reçu des mauvaises nouvelles autour de lui récemment. On pourrait dire que ce sont des nouvelles du front. Parmi elles, un couple de ses amis, très en peine de réussir à enfanter, était enfin parvenu, grâce à une FIV, à procréer. Seulement, trois semaines avant l’accouchement, un examen venait de révéler que l’enfant à naître était porteur d’une atteinte cérébrale.

 

Aujourd’hui, ce 2 septembre 2021, c’est le jour officiel de la rentrée scolaire, du moins, en région parisienne. Chaque rentrée est une plaque tournante. Beaucoup est possible. Mais cela ne veut pas dire que cela sera facile pour autant.

 

 

Franck Unimon, ce jeudi 2 septembre 2021.

 

 

 

 

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Corona Circus Vélo Taffe

Nonne essentielle

 

 

                                                 Nonne essentielle

 

Ce matin, afin de retourner à la galerie d’art de l’ami Michel, j’ai emprunté un autre itinéraire à vélo. Je me suis retrouvé en compagnie de compétiteurs et de compétitrices, chacune et chacun avec son engin et son style. Certains exfiltrant toute lenteur de leur cycle. L’un d’eux, plus pressé que d’autres, mais au mauvais moment, s’est fait toper par la police. Au feu rouge où nous étions arrêtés, nous l’avons vu remettre sa pièce d’identité à un agent qui effectuait des vérifications en se servant de son téléphone portable.

 

Nous avons aussi été des vitrines roulantes en file indienne du côté du Boulevard Magenta sans rien d’autre à vendre que le vent et notre vigueur. Dans l’autre sens, c’était pire. C’était la cavalerie des dérailleurs.

 

Lorsque je me suis rapproché du but, j’ai pris une rue qui s’est avérée être celle du Delta. Je n’ai pas su comment bien la prendre, cette rue, avec ce nom de variant en pleine pandémie du Covid. Je jure sur le St Galibier avoir tourné dans cette rue au hasard même si certaines lunes, pétées de thunes, certifieront que l’on ne choisit jamais les costumes que l’on enfile au hasard. Au même titre que certaines rencontres que l’on prend et qui sont des rasoirs nous entaillant la gorge d’une oreille à l’autre.

 

Mais je n’allais pas, par superstition, retourner en arrière, juste pour changer de rue. Même si j’ai évité  de stationner devant le bar Le Sévère Tuant. 

 

Lorsque je suis arrivé, l’ami Michel balayait devant sa porte. Il écartait les feuilles sur le trottoir. Je me suis arrêté, et avec malice, j’ai sonné. Il s’est retourné et m’a souri. Peu après, nous sommes entrés dans sa galerie comme quelques mois plus tôt.

 

La pratique artistique et culturelle est une nonne essentielle. Tandis que l’on parle entre nous, qu’on la regarde ou qu’on l’écoute, elle prie pour nous, nous inspire, nous porte et nous protège.  Mais c’est peut-être la croyance idiote émanant d’une intelligence en manque de stimulation ou épuisée par trop de vélo. Parce-que l’art et la culture, cela ne remplit et n’abrite pas toujours le corps des femmes et des hommes. Mais cela peut permettre la rencontre de la conscience, une expérience qui ne répond à aucun logiciel et qui ne se commande pas.

 

L’art et la culture, ça peut aussi nous sortir de cette vie de portiques, de surdité et de contrôles dans laquelle nous nous enfonçons de plus en plus.

 

 

 

Pour quitter l’ami Michel, je suis remonté sur mon vélo. Celui-ci m’a salué comme si je partais pour un très long voyage. Jusqu’à la gare St Lazare.

 

 

Dix minutes plus tard, j’avançais en touriste quand j’ai croisé Josiane Balasko. Elle promenait deux petits chiens, boulevard Clichy, avec ses cheveux blonds, l’esprit dans un scénario, qu’elle seule pouvait voir. J’ai freiné. J’ai rebroussé chemin. J’ai eu envie de l’accoster pour demander à la photographier pour une amie. J’ai salué l’homme qui accompagnait « Josiane » et qui, lui, aussi, promenait un chien. On aurait dit un Apache ou un Péruvien, assez grand, assez massif. J’ai un petit peu pensé à l’ami indien du photographe de guerre, Patrick Chauvel.

Mais l’homme n’a pas très bien répondu à mon signe de tête. Il se demandait peut-être ce que je voulais. Je ne suis pas fort en télépathie, en nuages de fumée et en langage de signe. Alors, j’ai préféré laisser rêver.

 

Franck Unimon, ce mardi 31 aout 2021.

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La marche de la vie

La marche de la vie

 

Je crois que je n’avais pas revu cette amie depuis l’enterrement de son ex-mari il y a deux ou trois ans. Après le cimetière, je n’avais pas pu rester. J’avais ma fille à aller chercher à la sortie de l’école. J’étais rentré avec la compagne de mon meilleur ami. Lequel, lui, était parti avec elle rejoindre des proches.

 

Depuis, mon meilleur ami a perdu son père. Cela faisait deux ans qu’il avait développé la maladie d’Alzheimer. J’étais au domicile de ses parents ainsi qu’à la mosquée avant que le corps du père de mon meilleur ami ne soit rapatrié en Algérie. J’étais vraisemblablement la seule personne présente à n’avoir jamais reçu le moindre enseignement musulman.  C’était le 13 juillet de cette année.

 

Cette amie a également perdu son père récemment. Ce vendredi, alors que je sortais de ma deuxième journée de travail, nous nous sommes donnés rendez-vous. Tout est parti d’un sms que je lui avais envoyé la veille en sortant de ma consultation avec la médecine du travail. Près de l’appartement de ses parents.

 

Notre estime mutuelle tient de l’escrime. Et, c’est comme ça depuis trente ans. Lorsque je lui ai appris ne pas être vacciné contre le covid, elle m’a d’abord demandé :

 

« Si ce n’est pas indiscret, tu peux me dire pourquoi ? ». Je lui ai répondu. Après quelques minutes, elle a poursuivi :

 

« Etant donné que je suis vaccinée, tu te doutes que je ne partage pas ton avis. Mais ce n’est pas grave ».

 

Je me suis alors senti obligé d’ajouter :

 

« Non, je ne m’en doute pas. C’est toi qui me l’apprends. Il y a différentes façons de prendre sa décision pour se faire vacciner. Autour de moi, je connais des personnes qui se sont faites vacciner pour éviter les conséquences économiques. Et d’autres, pour voyager ».

 

 

Nous nous sommes revus à la sortie d’une station de métro. Elle m’a alors appris avoir passé ses six première années dans un immeuble, non loin de là. Elle a voulu y aller. Nous l’avons fait. Je n’étais pas pressé. J’avais mon vélo à côté de moi. J’étais aussi curieux de découvrir ça. Elle m’a raconté comment c’était du temps de son enfance. Elle aurait voulu entrer dans la cour intérieure. Mais l’accès était fermé. Désormais, il fallait soit connaître le code ou posséder un badge. Quelques dizaines de mètres plus loin, nous tournant le dos, s’éloignant, et ignorant tout de notre présence, des préadolescents semblaient jouer ou parler entre eux. Ce qui rendait ce milieu encore plus inaccessible.

 

Puis, nous nous sommes éloignés. Elle m’a montré l’église qui était toujours là. Elle m’a passé d’autres témoins de son histoire.

 

Ensuite, nous avons marché en nous racontant nos vies, jusqu’aux plus grandes échelles, jusqu’à chez elle, dans Paris. Sans regarder l’heure. C’est elle qui nous guidait, me proposant de temps à autre le choix entre deux rues.

 

J’ai vraisemblablement beaucoup vieilli depuis que nous nous connaissons. Ou la vie en banlieue et les confinements successifs m’ont rendu aveugle et amnésique. Car, dans les rues, je redécouvrais quelques foules attablées à l’extérieur ou debout, discutant. Je croisais à nouveau des personnes qui passaient à vélo. Je n’avais plus vu ça ou pris part à ça dans Paris depuis quelques années. J’ai même reconnu un jeune acteur entouré de quelques uns de ses amis. Il avançait dans la rue, souriant. Félix Moati.  Je l’ai signalé à mon amie qui a alors tourné la tête. Puis, j’ai ajouté que ça n’avait pas d’importance. Comme si, sur la plage, j’avais subitement remarqué un caillou et que, finalement, en réfléchissant, ne sachant pas trop quoi en faire, j’avais décidé de le laisser dans son environnement. Afin de continuer à profiter du moment.

 

Bien-sûr, il ne s’agit pas de sortir pour sortir. Pour « faire jeune », « branché » ou « dynamique ». Et pour n’être, finalement, rien d’autre qu’un consommateur de plus qui copie avec le sourire ce qui est attendu de lui. Tout en ayant la certitude d’être parfaitement original et maitre de lui-même. Mais, disons que je me suis senti un peu déplacé, inadapté, en apercevant ça. Alors que je sais avoir par ailleurs de bonnes raisons de ne plus être dans ce « mouvement ». Et, puis, aussi, que l’on peut se passer de tout ça pour être proche de quelqu’un.  Ce n’est pas le prestige d’un endroit ou le prix d’une table de restaurant qui rend exceptionnel ce que l’on vit. C’est ce que l’on vit. Et avec qui.  Et quand.

 

Et, je crois que ce que j’ai vécu avec cette amie a été exceptionnel. Puisque cela n’est pas courant. Si je faisais de l’esprit, je dirais qu’il est exceptionnel que cette amie et moi ayons pu nous parler et nous écouter pendant près de deux heures sans nous disputer. Mais je fais ici de la provocation. Non, l’exceptionnel, c’est de pouvoir se parler en toute confiance et, aussi, d’avoir pu se revoir pour des circonstances agréables et suffisamment durables de façon à pouvoir refaire le plein.  

 

 

Nous n’avons fait qu’une halte pour acheter un sandwich à emporter. Puisque moi, je n’avais pas de passe sanitaire. Ce qui m’a peut-être donné l’occasion de frauder pour la première fois. Alors que nous nous sommes assis, seuls, à l’écart, sur un des bancs situé à plusieurs mètres en face du lieu où nous avions commandé et acheté. Ces bancs avaient sûrement été mis là par l’enseigne et étaient occupés par un groupe de jeunes avant notre arrivée.

 

Puis, après avoir mangé, nous sommes repartis. Avant de nous mettre en train, cette amie s’était inquiétée du fait que notre destination, jusqu’à chez elle, m’éloignait de chez moi. J’avais souri :

 

« Mais j’ai mon vélo ! Tout ce qui compte pour moi, ensuite, c’est d’aller à la gare St Lazare ».

 

Près de son immeuble, elle m’a dit de la tenir au courant de ce qui m’arrivait. J’ai acquiescé. Puis, en suivant ses indications, j’ai vite retrouvé le chemin pour St Lazare. Avant la gare du Nord, j’ai aperçu une fête. Il y avait beaucoup de monde. J’entendais la musique alors que nous discutions.

 

A St Lazare, j’ai pris mon train de banlieue.

 

Cette nuit, j’ai compté le nombre d’articles que j’ai écrit lors de ce mois d’aout après avoir publié Photos du mois d’Aout 2021) . Article que j’ai publié en me demandant si toute cette énergie que je mets à écrire avait une réelle utilité. Je n’ai jamais autant publié pour mon blog que depuis ce mois d’aout 2021. Je dépose aussi dans ce blog une partie de ma mémoire.  Ce mois d’aout est peut-être le tour de piste des sujets vers lesquels je vais de plus en plus me concentrer. Ou peut-être aussi ma façon de tirer ma révérence. Car j’ai le pressentiment que ce mois de septembre va m’être difficile. Même si je ne vois pas trop encore pour quelle raison. Parce-que  tout ce que l’on appréhende de façon trop évidente se vérifie, à mon avis, assez rarement.

 

A côté de ça, je me désole de voir que Marche jusqu’au viaduc   est moins lu qu’il le devrait à mon avis. C’est peut-être une histoire d’exposition. C’est peut-être tant mieux, aussi. Mais pour qui ?

 

Franck Unimon, ce dimanche 29 aout 2021.

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Cinéma Corona Circus Vélo Taffe

Photos du mois d’Aout 2021

 

                                     Photos du mois d’Aout 2021

Ces photos ont été prises principalement à Paris. Souvent en me rendant au travail à vélo. Ce diaporama a été réalisé sans tenir forcément compte de leur chronologie.

Une photo a été prise à Argenteuil. Sur une autre, à Aulnay sous Bois, à la ferme du Vieux-pays, on peut voir Steve Tientcheu, acteur, et Tarik Laghdiri, scénariste ( Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri).

 

Certaines de ces photos devaient servir pour un article que j’avais prévu d’appeler Sommes-nous si prévisibles ?Un titre très enjoué que j’avais trouvé tout seul en tombant sur la couverture d’un journal nous parlant des Talibans en Afghanistan. Après plusieurs semaines durant lesquels la pandémie du Covid, mais aussi la vaccination anti-Covid, avaient occupé systématiquement la première page des journaux, mais aussi nos pensées et nos discussions, subitement, et presque de concert, la priorité médiatique était donnée aux Talibans. Ainsi qu’à la peur du terrorisme. Une peur remplaçait une autre peur. Plusieurs « Dj » avaient changé de disque en même temps pour nous faire danser aussi longtemps qu’avec le tube de la peur précédente. Peur précédente qu’il s’agissait de ne pas trop user afin qu’elle puisse rester disponible et efficace. Il fallait pouvoir continuer de nous pousser vers la piste de danse.

 

D’avance, je sais que nous danserons.

 

On nous parle aussi du réchauffement climatique qui prend des proportions de plus en plus catastrophiques mais, pour l’instant, les grandes capitales ne sont pas frappées. A court terme, les bombes et les kalachnikovs des terroristes (Talibans ou autres), eux, peuvent nous atteindre plus rapidement que le réchauffement climatique.

 

Une influenceuse ou un « influenceur » de bonheur, aussi, peut nous atteindre plus rapidement que le réchauffement climatique.

 

Mais tout cela n’est pas une raison pour s’empêcher de regarder ailleurs. C’est aussi ce que nous faisons.

 

J’ai été très touché de voir cette exposition de quelques photos des films du réalisateur polonais Kieslowski dont « l’anonymat » depuis sa mort me désole. C’est un réalisateur dont j’aurais pu ou aurais dû parler avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri. Je l’aurais sans doute fait si j’avais aperçu cette exposition avant de les rencontrer.

 

Kieslowski abordait souvent des sujets graves de manière apaisante. Moins fantastique que Cronenberg et moins déprimant que Bergman, j’ai aimé sa façon de nous entraîner dans ses histoires. Pourtant, ses films ont d’abord été réalisés dans une Pologne « grise » très dépendante du mur de Berlin. Et la musique employée pour la bande son de ses films limitait beaucoup les envies de déhanchement et d’emballement d’une éventuelle conquête. Néanmoins, ses films ont été moralement formateurs.

 

Pour ce diaporama, j’ai pensé à ce titre du groupe Nirvana parce-que je l’aime beaucoup et aussi parce qu’il est court. Je n’ai pas été inspiré par un titre de zouk pour le « coller » à ces photos. Il y aurait pu y avoir des photos de Léo Tamaki Dojo 5 ) qu’il était prévu que j’interviewe à la fin de ce mois d’aout lors de son stage d’Aïkido à Paris . Mais je n’ai pas de passe sanitaire et celui-ci est devenu incontournable après mon premier passage au Dojo 5 en juillet.

Léo Tamaki m’a assuré que l’interview pourrait avoir lieu d’ici quelques mois. Son optimisme m’a fait du bien.

 

J’espère que ce diaporama vous plaira.

 

Franck Unimon, ce dimanche 29 aout, 2h10 du matin.

 

 

 

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Cinéma

Le cinema-A ciel ouvert avec Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri, vendredi 21 aout 2021 à la Ferme du Vieux-Pays, Aulnay sous Bois.

     

Le Cinema-A ciel ouvert

   avec 

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri

 

 Le cinema-a ciel ouvert ( https://www.cinemacielouvert.fr ) a été créé à Aulnay Sous Bois par l’acteur Steve Tientcheu et le scénariste Tarik Laghdiri .

 

Cinema- à Ciel ouvert

La boite noire du cinéma est ici là pour dévisser les cercueils dans lesquels les corps, autrement, sont à l’état de flaques  superposées les unes sur les autres. Au point qu’elles finissent par se ressembler toutes.

Au lieu d’être enfermé ou de rester paralysé à l’intérieur de nos histoires, grâce au cinéma, il va être possible de se mettre à circuler ailleurs et différemment. Plutôt que de rester planté, là,  dans un décor de plus en plus sourd à ses habitants. Et, on va les faire germer ces histoires que l’on est les mieux habilités à raconter. Puisque, ces histoires, nous les connaissons. Nous les arrosons tous les jours et tous les soirs.

Parce-que ces histoires, ce sont nos adresses postales, mentales, corporelles et culturelles. Nos omoplates. Nos réservoirs. Sans elles, nous ne tenons pas.

J’écris « nous ». Mais c’est d’abord d’eux, bien-sûr, dont je parle : les fondateurs et les participants impliqués dans ce projet inspiré de leur vécu dans la ville d’Aulnay sous Bois. Et, j’écris « nous » parce-que je m’identifie à ce que je comprends du projet.  

 

 

 

« Ciel ouvert« . 

Presqu’un mot de passe.  » A ciel ouvert ». Comme à flanc de ciel.   » Ciel où vers ». Le ciel est presqu’un cierge que l’on allume pour une prière ou mieux y voir.  « Ciel où vert ». Le vert, l’espoir. Vers…vers à peu près tout ce que l’on veut. « Ciel ouvert »/  » à coeur ouvert », quelle différence ?

 

On ne choisit pas les histoires qui nous marquent. Mais on peut choisir de s’en servir.

 

Ce vendredi 20 aout 2021, à la ferme du Vieux-Pays, à Aulnay-sous-bois, Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri nous parlent du projet le cinéma- A ciel ouvert  . C’est à partir de sa pépinière qu’est arrivé ce projet de court-métrage : La Chimère

 

 

La Chimère est le premier court-métrage que Steve Tientcheu  va réaliser avec des personnes d’Aulnay sous Bois. Il a créé une association : C’est une Dinguerie. 

Quatorze personnes ont été sélectionnées après un casting

Le tournage débutera ce lundi 23 aout 2021. Il durera six jours.

 

Ce vendredi 20 aout 2021, je découvre Tarik Laghdiri. Je « connais » un peu plus Steve.   

 

Je crois que c’est le réalisateur Yassine Qnia– dont le premier long métrage De Bas étage est sorti récemment au cinéma- qui, le premier, m’avait parlé du documentaire La Mort de Danton (2011) d’Alice Diop.

Dans ce documentaire, Alice Diop faisait un portrait de Steve alors qu’il avait pris l’initiative de «fuguer » de sa cité, d’abord en secret de ses amis et de son quartier. Afin de suivre une formation de comédien au cours Simon, à Paris.

Yassine Qnia venait alors de réaliser son court-métrage Fais Croquer.

 

A partir de La Mort de Danton, j’avais « suivi » assez régulièrement l’évolution à l’écran de Steve Tientcheu (Qui Vive, Les misérables 2ème partie , Qu’un sang impur… La Nuit Des Rois-un film de Philippe Lacôte).

C’est lors du tournage du court-métrage Molii co-réalisé en 2013 par Carine May, Mourad Boudaoud, Hakim Zouhani et Yassine Qnia, qu’en passant lors d’une nuit de tournage, j’avais rencontré Steve Tientcheu la première fois.

 

Huit ans plus tard, ce vendredi 20 aout 2021, par l’entremise de l’attachée de presse Jamila Ouzahir, je revois donc Steve Tientcheu avec Tarik Laghdiri. Ils me parlent de La Chimère et du projet autour.

 

Pour cela, j’ai fait le déplacement jusqu’à la ferme du Vieux-Pays d’Aulnay Sous Bois, leur ville de naissance et de domiciliation.

La ferme du Vieux-Pays est l’endroit qu’ils ont tous les deux choisi afin de préparer les acteurs de leur film. 

 

Je connais mal le département du 93. Je n’y ai jamais vécu. J’y suis toujours passé. Mais j’ai connu la cité HLM jusqu’à mes 17 ans à Nanterre. J’ai toujours habité en banlieue parisienne. Lorsque j’aurais pu venir habiter à Paris, j’ai eu peur de m’y perdre et j’ai « fui » en restant vivre en banlieue parisienne.  

Par mon  métier d’infirmier en pédopsychiatrie et en psychiatrie, je suis immergé depuis des années, même si cela peut être seulement pour quelques heures, dans l’envers de toutes sortes de cycles et d’histoires. Même si je parle et raisonne comme un intello, avec un Français dit « soutenu » et « posé », je crois être d’une autre contrée que bien des professionnels du journalisme cinéma que j’ai pu rencontrer en France jusqu’alors. Peut-être parce-que, contrairement à eux, il y a eu un peu moins de possibilités de retrait et de zones tampons entre mon corps, ma vie, et certaines souffrances et violences qui composent notre monde.

 

Cela ne fait pas de moi pour autant une personne exemplaire. Cependant, en apprenant ce projet de Steve Tientcheu et de Tarik Laghdiri, j’ai eu envie de venir. Cela a été un plaisir pour moi d’être passé, en même temps qu’une forme de devoir et de responsabilité. Pour eux deux bien sûr mais aussi pour les autres personnes impliquées dans ce projet. Et, je pense aussi aux actrices et aux acteurs que j’ai croisés et photographiés et filmés durant leur séance de Yoga, la dernière phase de leur préparation, avec la prof, Estelle.

 

 

Je « devais » venir le samedi. Mais cette séance de préparation avant le début du tournage de La Chimère a été annulée. Steve me dira au cours de l’interview que la préparation a été « intense ». Et que pour laisser souffler les acteurs avant le « grand jour », cette séance a donc été effacée.

 

Pour être présent ce vendredi à cette dernière phase de la préparation d’avant tournage, je suis donc venu avec ma fille puisqu’elle était avec moi au lieu d’être au centre de loisirs. C’était la première fois que je l’emmènais avec moi pour une interview. Et, j’ai très vite pensé à la faire participer. On l’entendra poser une question à Steve dans une des vidéos.

 

Si j’étais venu ce samedi, je serais arrivé seul le matin, après avoir travaillé, avec mon visage de la nuit. Ces conditions changent une histoire. Mais aussi le regard que l’on peut avoir sur un événement ainsi que celui que les autres peuvent porter sur nous. On ne décide jamais au départ du regard que les autres ont sur nous. Quelles que soient les intentions et les circonstances qui nous amènent. Bonnes ou mauvaises.

 

En écoutant et en regardant Steve et Tarik dans ce que j’ai filmé, on se fera facilement une idée de leur volonté de décoller et de se décoller de certaines frontières. Telle une note de musique imaginaire qui se sortirait de toute entrave et se maintiendrait sur toute la durée. Jusqu’à ce qu’elle parvienne à ses auditeurs et ses auditrices.

 

En regardant Steve à l’image, on comprendra de quoi on parle lorsque l’on dit d’une actrice ou d’un acteur qu’elle ou qu’il a une « présence ». Ou qu’elle ou qu’il « dégage quelque chose ».

 

Steve Tientcheu et Tarik Laghdiri, vendredi 21 aout 2021, La ferme du vieux-pays, Aulnay sous bois.

Après avoir photographié Steve plusieurs fois ce vendredi, tout en l’interviewant, je n’ai pu m’empêcher de me dire que les professionnels du cinéma qui ont pu penser ou qui continuent de penser qu’un acteur noir est plus difficile à éclairer- et donc à filmer- ont surtout  les muscles trapèzes de la paresse beaucoup trop développés.

 

A la fin de l’interview, j’ai remercié Tarik et Steve. Ils m’ont alors répondu :

« C’est nous qui te remercions ! ».

 

Pourtant, en repartant de cette ferme et de cette Chimère, je me suis rappelé à quel point j’avais besoin d’extérieur, de fantaisie, d’optimisme et de constance. Vivre en permanence le contraire revient à être en prison. Et, la prison est l’un des thèmes de leur film.

 

Merci donc à Steve Tientcheu et à Tarik Laghdiri. A Jamila Ouzahir. A la prof de Yoga, Estelle.  Mais aussi aux actrices et aux acteurs pour leur accueil. Ainsi que pour les photos et les images que j’ai pu prendre d’eux durant leur séance de yoga. Si je les « chambre » un petit peu en les montrant dans certaines postures, qu’ils sachent qu’à leur place, je n’aurais pas fait mieux. Mais aussi que je les envie d’avoir bénéficié d’une telle préparation et de pouvoir vivre une expérience pareille.

 

Un autre article suivra après celui-ci avec d’autres photos, d’autres vidéos. Car cela aurait fait trop à mettre dans un seul article. Et puis, je tenais à en publier un avant que ne commence le tournage…

 

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 22 aout 2021 ( avec la participation d’Emmi Unimon).

 

 

 

 

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Argenteuil Corona Circus

Un acte politique

Photo prise ce mercredi 18 aout 2021 à Argenteuil, non loin de la mairie et de la médiathèque.

                                                 Un acte politique

La foule

 

 

« Tout acte est politique ». Nous avons tous entendu ça un jour. A partir de là, tirer la chasse d’eau dans les toilettes ou laisser déborder la cuvette des chiottes- sans les nettoyer- peut aussi être vu comme un acte politique. Pisser par terre sans essuyer, aussi. 

 

Je n’ai pas de passé de militant politique. J’ai très peu mouillé le maillot dans des manifestations ou dans des assemblées syndicales, associatives ou autres. Je me méfie des mouvements de foule et de groupe. Il y a bien-sûr ma conversion très facile au « théorème » de l’humoriste Pierre Desproges qui expliquait que pour connaître le quotient intellectuel d’un groupe ou d’une foule, qu’il fallait le diviser par le nombre de personnes qui le ou la constituait.

 

Mais il y ‘a d’autres paramètres qui comptent pour moi et qui rejoignent ce « théorème ».

 

Une foule, à moins d’y aller en famille, c’est beaucoup de personnes inconnues. On peut bien sûr y faire des rencontres indispensables. Mais, le plus souvent, la plus grande partie de celles et ceux que nous avons côtoyées restent pour nous des anonymes. On est moins maitre de soi dans une foule. En terme de repli, d’esprit critique mais aussi pour nos décisions.

 

D’une certaine façon, se mêler à la foule, c’est lui faire confiance. Et, tout le monde qui constitue cette foule se livre à cette confiance assez aveugle. On suit le mouvement. Ça peut donner à vivre des moments très agréables, de liesse ou de grande communion.  Pacifique ou destructrice. Ça peut aussi revenir à se retrouver dans une cuvette remplie de désherbant lorsque ça dérape. Ou lorsque la peur remplace solidement le fragile sédiment d’union.

 

Les incendies du Monde

 

Ces deux-trois derniers jours, on parle de plus en plus des incendies en Chine, en Russie et dans une autre partie du Monde. Tout cela est lié à la désertification et au réchauffement climatique. On parle aussi des Talibans qui ont repris l’Afghanistan depuis le départ des dernières troupes militaires américaines. L’opticien avec lequel j’ai mes habitudes m’a parlé des conditions de vie qui se sont particulièrement dégradées au Liban ces dernières semaines. Il est très difficile d’y trouver du pain. De l’essence pour les voitures. Les gens ont droit à vingt litres d’essence. Les coupures d’électricité sont fréquentes. La retraite n’existe pas au Liban. On y travaille jusqu’à la mort. Son grand-père, atteint d’un cancer, travaillait encore une semaine avant sa mort.  

 

Ces sujets- et d’autres- sont inquiétants. Ils permettent aussi de parler d’autres sujets que la pandémie du Covid, des pro-vaccins, des anti-vaccins, et des désunions profondes que ces sujets causent.

 

Mais sans parler de ça, et avant même que de nouveaux actes terroristes n’assombrissent encore plus nos visages, quelques événements quotidiens banals nous montrent déjà que notre union générale a une composition assez voisine de celle de certains de ces produits que l’on achète en grande surface.

 

Il y a un peu plus de trois ans, alors que l’on parlait davantage des attentats terroristes islamistes, une jeune femme avait dû subir l’insistance d’un homme en public. C’était dans le métro à une heure de pointe. L’homme était un « beau bébé », d’un mètre quatre vingt à un mètre quatre vingt dix. Il devait porter un vêtement militaire pour que je me sois imaginé qu’il devait être du genre engagé dans l’armée. Laquelle lui permettait sans doute d’avoir des règles de vie. Une tenue de route. Des ordres à appliquer. Une discipline.

 

Là, livré à lui-même, parachuté dans la vie et l’isolement social,  il avait bu quelques bières. En canettes ou en petites bouteilles de verre. Il était plus lourdaud qu’un pervers à la Fourniret. Mais il était néanmoins imposant, intimidant et à côté de la plaque.

La jeune femme avait peine à se soustraire de ses « avances ». Dans le métro qui s’ébrouait, sur la ligne 4, personne ne bougeait. Un de ces métros « serpent » où toutes les voitures communiquent entre elles.

 

C’est en entrant dans le métro et en m’asseyant  à quelques mètres que j’ai vu ça. Ce jour-là, je n’ai pas réfléchi. Parce-que pour agir « juste », c’est cela le paradoxe, que ce soit en amour, lors d’une dispute ou pour aider quelqu’un, il faut aussi savoir…ne pas réfléchir. Savoir se faire confiance. S’exprimer comme ça nous vient.

 

L’homme aux lunettes jaunes

 

Ce jour-là, j’ai été suffisamment confiant pour, très vite, faire signe à la jeune femme de venir s’asseoir à côté de moi. Une place était libre. La jeune femme a vu mon geste puisqu’elle s’est déplacée jusqu’à moi. Je ne suis plus sûr qu’elle se soit assise à côté de moi. Mais je sais lui avoir parlé et lui avoir demandé où elle voulait descendre. C’était une ou deux stations de métro plus loin.

Quelque chose dans mon attitude avait vraiment dû lui inspirer confiance car, à cette époque, je portais des lunettes de vue plus ou moins à double foyer dont les premiers verres étaient de couleur jaune. Si j’était plutôt content de mon choix alors, aujourd’hui, lorsque je revois certaines photos de moi avec ces lunettes, je me dis que je n’étais pas du tout à mon avantage.

 

Le gros bébé, lui, seul sur la piste, comme si une femme l’avait planté en plein slow, s’était un peu énervé. Il avait jeté sa canette de bière par terre. De la mousse avait coulé. Il avait fait quelques pas  dans notre direction. Un autre homme, plus jeune que moi, plus petit que notre « gorille », mais aussi plutôt longiligne s’était comme mis sur la trajectoire de « l’envahisseur ». Lequel avait aboyé des propos ou des menaces que notre deuxième homme, notre deuxième ligne, avait laissé passer. Puis, ça avait été « tout ».

 

Notre jeune femme avait pu sortir du métro. Je serais incapable de la décrire. Je me rappelle qu’un homme, un peu plus loin, m’avait ensuite adressé un regard. Comme si, pour lui, j’avais pu constituer une forme de soutien. Alors que j’estimais être presque rien. Je ne sais pas de quoi j’aurais été capable si notre « homme » avait été agressif physiquement envers moi. Je n’y avais pas réfléchi en faisant signe à cette jeune femme. Je n’avais pas eu le temps d’avoir peur. Mais j’avais eu le temps de me dire qu’en cas de nouvel attentat (ce devait être après l’attentat du Bataclan), la plupart de ces personnes présentes dans ce métro, ce jour-là, seraient parties dans tous les sens. Et que les terroristes auraient pu en faire ce qu’ils voulaient. Dans les rues de Paris et au Bataclan, les terroristes avaient pris leur pied en tirant sur des gens à balles réelles comme dans une fête foraine. Dans ce qui venait de se passer avec cette jeune femme, je ne voyais pas de quel genre d’échappatoire nous aurions pu disposer face à un scénario terroriste identique à celui du Bataclan. Et, cela, les terroristes le savent. L’Etat, aussi. 

L’Ami de quelqu’un

 

C’est aussi pour cela, sûrement, que je me méfie des foules. Lors d’une action commune, je préfère être entouré de peu de personnes et bien les connaître. Et, évidemment, plus cette action commune sera délicate, plus j’aurai sans doute besoin de bien connaître ces personnes qui m’entourent afin de pouvoir mieux me coordonner avec elles. On critique très souvent les personnes qui, dans les transports en commun, ne bougent pas en cas d’agression. Cette « passivité » s’explique aussi par le fait que toutes ces personnes entre elles ne se connaissent pas et ne connaissent pas la victime. Et, l’agresseur ou les agresseurs profitent  aussi de cette brèche. De cette opportunité.

 

Aujourd’hui, on se dit facilement être l’ami de quelqu’un. Mais c’est une formule. Y compris une formule de politesse. Il est facile d’être l’ami de quelqu’un lorsque tout sourit. Et c’est agréable, aussi. On ne peut pas souhaiter rester en permanence sur le qui-vive et dans la méfiance. On ne peut pas passer son temps à devoir ramper constamment dans la boue et le froid, en pleine nuit, le ventre vide, afin d’échapper à des furies. Ou juste pour se rendre à une séance de cinéma ou pour prendre un verre dans un bar avec quelqu’un.

 

L’anomalie

 

Aujourd’hui, j’ai raccompagné ma fille à la médiathèque de ma ville. J’ai vite renoncé à faire remarquer aux bibliothécaires que je « connais » et qui me « connaissent » qu’il y a une grosse anomalie dans le fait que des gens comme moi, non vaccinés contre le Covid, soient désormais interdits d’accès de la médiathèque. Je crois que faire part de cette anomalie aux bibliothécaires les mettrait mal à l’aise. Je me suis contenté de les saluer de loin. Nous nous sommes souris. Je me suis aussi demandé combien de fois faudrait-il que des usagers familiers comme moi repassent et restent ainsi presqu’à la « porte » de la médiathèque pour que l’une ou l’un d’entre eux, à un moment donné, finissent par se dire qu’il y a quelque chose qui cloche dans cette situation. Je me suis aussi demandé combien de temps, si j’étais à leur place, ou lorsque je suis à leur place dans mon travail, me faudrait-il/me faut-il, pour m’apercevoir qu’il y a quelque chose qui cloche dans ma conduite au regard de certaines situations.

 

L’anomalie est  que la mairie de ma ville ne propose aucune alternative. Car les impôts que je paie depuis des années contribuent au financement des institutions publiques comme les médiathèques et les hôpitaux publics. L’Etat et donc la mairie de ma ville n’ont donc aucune légitimité à m’interdire totalement l’accès à la médiathèque de ma ville. Ou, ils se doivent de me proposer un service alternatif. Car je paie pour ce service public avec mes impôts. Or, depuis plusieurs jours maintenant, l’Etat prend l’argent de mes impôts mais ne me rend pas le service pour lequel mes impôts- et ceux des autres citoyens vaccinés et non-vaccinés contre le Covid- le paient. Et, la mairie de ma ville se comporte donc comme un exécutant zélé de l’Etat. C’est un exécutant de poids mais, aussi, un exécutant décérébré qui manque totalement de recul. Et qui manque, là, à sa mission d’inclusion sociale et culturelle.

Lorsqu’une entreprise prend l’argent ou reçoit de l’argent de ses actionnaires, elle lui doit des contreparties. Sauf si les actions n’ont plus de valeur. Dans ce cas, les actionnaires ont perdu leur argent. Refuser l’accès à des institutions publiques à des personnes qui paient leurs impôts parce-qu’, actuellement, ces personnes ne fournissent pas de passe sanitaire ou de test PCR ou antigénique négatif, cela signifie aussi que, pour l’Etat, les « actions » du service public n’ont aucune valeur. 

 

C’est presque le contenu du mail que j’ai envoyé tout à l’heure à la mairie de ma ville.  Je ne sais pas quand ce mail sera lu. Nous sommes en plein mois d’aout, pendant les grandes vacances. Et, je ne suis personne. Je n’ai pas des millions de vues sur une chaine Youtube. Je n’ai aucun ami dans les sphères politiques, médiatiques ou dans le monde des affaires. Mais mon mail est sans doute un acte politique. Et, je n’ai pas prévu d’aller boire de la bière dans un métro en attendant que l’on me réponde.

 

Franck Unimon, ce mercredi 18 aout 2021.

 

 

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Argenteuil Corona Circus

Mes impôts

Photo prise le 6 aout 2021 à Argenteuil. J’ai revu cette affiche quelques jours plus tard à Paris. Le message est que les baisers « profonds » sont à « jeter » puisque susceptibles d’être transporteurs du virus du Covid. C’est un hasard si le véhicule de transport se trouvait là au moment où j’ai pris la photo.

Mes impôts

Mais, au fait ! Moi, le non-vacciné, coupable de vivre encore sans passe-sanitaire…

Tous les mois, depuis des années, je paie bien des impôts ? Et, maintenant que le prélèvement de l’impôt sur le revenu se fait à la source, chaque mois, sur mon salaire, sont bien prélevés mes impôts ?

 

 

 

Mes impôts participent aussi au financement des hôpitaux publics, des bibliothèques et autres services….alors, je paie pour ça mais je n’y ai plus le droit depuis quelques jours ( En allant à la médiathèque ce samedi 14 aout 2021). Sauf pour les urgences à l’hôpital.

Ça fait penser un peu à du racket dans un pays supposé égalitaire. Ou ça pousse à croire que l’Etat, au moins, et celles et ceux qui appliquent ces nouvelles mesures s’assoient sur certaines lois. Sans penser à mal, bien-sûr.

 

On a le droit d’être pro-vaccin et même d’être persuadé que les anti-vaccins sont des crétins, des illuminés, et tout ce qui s’ensuit. Mais cette histoire d’impôts devrait faire réfléchir n’importe qui. Mais, apparemment, pas trop. La réflexion semble se limiter à : seringue ou pas seringue. Pas au delà.

A côté de ça, les nouvelles mesures sanitaires (passe sanitaire obligatoire) sont appliquées sans discernement. De l’Etat au simple employé qui ne fait qu’executer ….

Bonne nuit.

 

La même affiche qu’au début de cet article, photographiée cette fois quatre jours plus tard à Paris, le 10 aout 2021. Sortie à Paris qui m’a ensuite inspiré l’article « Paris sans passe : Atterrissage ethnique ».

 

 

Franck Unimon, ce dimanche 15 aout 2021.

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Argenteuil Corona Circus

En allant à la médiathèque ce samedi 14 aout 2021

 

En allant à la médiathèque ce samedi 14 aout 2021

 

La peur d’un complot

 

 

En allant à la médiathèque ce samedi 14 aout 2021, je savais que je ne pourrais y entrer désormais. Désormais, un passe sanitaire est obligatoire à l’entrée. « Ou un résultat négatif à un test PCR ou antigénique » a ajouté la bibliothécaire qui a ajouté avoir reconnu ma voix lorsque je l’ai appelée par son prénom.

 

14 ans que je me rends à cette médiathèque. Cette fois, je faisais le trajet pour y accompagner ma fille qui, fort heureusement, maintenant, connaît l’endroit et la plupart des gens qui y travaillent. Cette situation où je la « dépose » à l’entrée de la médiathèque et reviens ensuite la chercher est bien-sûr un bon moyen d’autonomisation pour elle. « D’autres parents font comme ça, aussi » m’avait également dit la même bibliothécaire au téléphone.

 

Au préalable, j’avais expliqué le « topo » à ma fille. En quelques mots. Elle avait pris ça calmement et était plutôt contente de découvrir qu’elle pourrait utiliser la carte de prêt, toute seule. Pour le dvd du dessin animé Trolls 2, ce serait à elle qu’il reviendrait d’aller solliciter la bibliothécaire afin de lui demander si elle pourrait le réemprunter. Car elle n’avait pas eu le temps de le regarder.

 

En nous rapprochant de la médiathèque, je suis tombé sur ce panneau de la Licra contre l’antisémitisme. Je comprends la campagne contre l’antisémitisme. Mais j’ai été surpris par la période d’apparition de ce panneau. Pourquoi maintenant, un 14 aout ? Alors qu’une bonne partie des gens sont, en principe, en vacances. Et puis, je ne saisissais pas cette phrase qui était apparemment un témoignage :

 

« En m’associant à la peur d’un complot, on donne un visage à l’antisémitisme ».

 

Signé David.

 

Aujourd’hui, le mot « complot » est directement associé à celles et ceux qui sont contre les vaccins anti-Covid ou qui expriment des doutes à leur sujet.

 

Et, puis, cet homme sur la photo donne l’impression que c’est lui, l’antisémite. Puisque c’est son visage qui apparaît. Or, il est supposé être juif. Qu’est-ce que c’est que ce message contradictoire ?! Cette phrase sûrement sincère et pourtant si alambiquée que j’avais du mal à la décrypter ?!

 

Passer de ce « Je » implicite ( « En »)  à « On ». Quel flou ! Comment la Licra avait t’elle pu lancer une campagne avec des propos aussi ambigus ? Ou bien, avais-je mal vu ?

 

Je ne savais plus. Je ne sais plus.

 

Rester dans la même histoire

 

J’ai pris le temps de prendre cette affiche en photo. Puis, j’ai rejoint ma fille. Avant de traverser la route, je me suis dit :

 

« Peu importe que l’on ait (la) raison ou qu’on l’ait perdue : la folie, c’est rester dans la même histoire en se blottissant contre l’impossibilité ou la difficulté d’en sortir. En la voyant comme le réservoir de l’Humanité et l’intégralité de nos vies ».

 

A partir de ce 12 juillet 2021, avec un gros pic début aout, j’ai beaucoup parlé du Covid et des vaccins dans mes derniers articles. C’est « normal », ce sujet nous occupe tous. Et il va continuer de le faire. Mais ne parler que de « lui » et des vaccins, c’est s’immerger soi-même la tête dans une marmite et l’y laisser cuire.

 

Je parlerai donc à nouveau du Covid dans mes articles. Mais, autant que possible, moins. Parce-que je ne crois pas qu’en plein conflit armé, en prison ou en d’autres circonstances de vie difficiles que les gens qui survivent et s’en sortent le mieux ne passent leur temps qu’à parler de ce qui se trouve ou de ce qui peut bien encore se trouver au fond de la marmite. Et de sa fabrication, de son volume réel mais aussi de sa couleur. Ce genre d’informations, même en nous concentrant, nous dépasse : le volume réel de la marmite, sa profondeur exacte….tout cela, nous ne l’apprendrons, si nous sommes encore présents à cette date, que lorsque  notre histoire avec cette marmite sera réellement terminée. Or, pour l’instant, cette histoire est encore en cours.

 

Combattre, résister, s’évader

 

Quant à la façon de combattre, de résister, ou de s’évader, il en existe plusieurs. Rarement une seule à ce que j’ai compris. Et, il convient de réussir à trouver celle qui nous correspond le mieux.

 

A quelques mètres devant l’entrée de la médiathèque, une table dehors. Derrière elle, une bibliothécaire que je connaissais bien-sûr. J’ai fait mes dernières recommandations à ma fille et lui ai dit l’heure à laquelle j’allais revenir la chercher. La bibliothécaire, pédagogue, lui a traduit :

 

« Donc, ça te fait trois quarts d’heure ». Je ne pouvais pas faire plus pour cette fois.

 

Je suis allé faire quelques courses chez le marchand de primeurs. Je suis passé à la bonne heure. J’étais le seul client.

 

A mon retour, j’ai essayé de voir avec la bibliothécaire comment me faire à ces nouvelles règles. Elle m’a confirmé que je pouvais faire des réservations sur le site de la médiathèque. Mais m’a expliqué qu’ils n’étaient pas assez nombreux en personnels pour organiser un « Drive ». Il faudrait donc que quelqu’un qui dispose d’un passe sanitaire, ou ma fille, aille chercher les documents réservés à ma place. Ce genre de solution n’a rien d’exceptionnel. A l’extrême, je « sais » que dans certains conflits armés, des parents ont pu cacher des armes dans les cartables de leurs enfants afin que ceux-ci passent les contrôles. Là, il s’agirait juste de me porter quelques livres ou cds. Cela pourrait être assez gratifiant pour ma fille. Mais cela m’emballe modérément. Et, de la solliciter pour ça. Mais, aussi, de solliciter qui que ce soit d’autre.

 

Si j’étais gravement malade, très occupé ou un grand criminel recherché dans toute la France, je pourrais à la limite recourir à cette « méthode ». Mais, là, je suis parfaitement en état pour effectuer mes démarches moi-même. Mon casier judiciaire est vierge.

Sauf que les règles ont changé depuis le 9 aout. Je peux entrer dans n’importe quelle Fnac de France avec mon masque anti-Covid. J’ai vu il y a quelques jours que j’aurais pu entrer dans une bibliothèque en plein Paris sans passe sanitaire. Dans le 1er arrondissement. Si je cherche bien,  il doit donc y avoir encore d’autres bibliothèques où il est toujours possible d’entrer sans passe sanitaire, en portant un masque anti Covid.

Certaines mairies par contre, comme celle de ma ville, font peut-être du zèle en matière de mesures sanitaires. Je n’ai pas les moyens de m’y opposer. Pour l’instant, je n’ai donc plus le droit d’entrer dans la médiathèque de ma ville et, un peu, de ma vie.

 

A partager

 

Ma fille et moi sommes ensuite repartis. Elle, insouciante, et c’est normal, moi, plus partagé mais aussi discret que possible pour ne pas la concerner par cette situation particulière.

 

Partagé parce-que je ne sais pas combien de temps il sera autorisé qu’elle puisse accéder à la médiathèque sans passe sanitaire ou autre restriction qui ne finit de s’ajouter à notre quotidien. Partagé parce-que, d’une certaine façon, je fais peser sur ma fille les conséquences d’une décision qui ne devrait regarder que les adultes entre eux. Or, cette pandémie n’est pas seulement sanitaire. Elle est aussi sociétale et imprègne tous les rayons et toutes les étagères sur lesquels reposent toutes les cultures que nous empruntons, dénigrons ou ignorons.

 

Franck Unimon, ce dimanche 15 aout 2021.