Mélissa Laveaux en concert à l’espace 1789 ce 6 octobre 2023
La première fois, sa voix aurait pu sortir d’un coquillage ou d’un nombril posté près du cartilage de mes oreilles. Elle contenait la gnole de l’enfance et ce Créole d’Haïti sur lequel j’avais pu voir danser et dansé dans les soirées antillaises de métropole mais aussi pendant les vacances estivales en Guadeloupe. Comme elle semblait presque miauler et que le Créole Haïtien reste pour moi une langue à ellipses, les paroles de Mélissa Laveaux me paraissaient très éloignées des sujets des œuvres du réalisateur Raoul Peck lorsqu’il parle de leur pays.
Lorsque, quelques années plus tard, je me suis rendu à ce concert en octobre 2023, à l’Espace 1789 de St Ouen en Seine St Denis, j’avais appris entre-temps que Mélissa Laveaux était largement majeure et plus offensive que les mélodies de comptines auxquelles certains de ses titres peuvent faire penser. Aussi n’ai-je pas été surpris, à la fois par sa réactivité devant les tentations transphobes d’un des spectateurs comme par la découverte, par celui-ci, que Mélissa Laveaux était autre qu’une artiste « du soleil » venue chauffer l’ambiance de notre début de soirée.
Entre plusieurs chansons, Mélissa Laveaux s’est montrée cultivée, attachée à l’Histoire, presque pédagogique et aussi ironique- ou humoristique- se moquant de manière répétée de cette anxiété assez généralisée qui se dorait, alors, concernant l’invasion des punaises de lit dans la ville de Paris, quelques mois avant l’organisation des Jeux Olympiques de 2024.
Après le concert, patiemment, Mélissa Laveaux a pris le temps de dédicacer et de vendre ses albums à son public. Ce qui m’a donné la possibilité de trouver un air de ressemblance à une des spectatrices avec l’humoriste Fanny Ruwet. Mais ce n’était pas elle.
Mélissa Laveaux a hésité avant de me donner son accord pour que je sois pris en photo avec elle. Elle a finalement accepté en m’en donnant la raison, personnelle. Et, moi, j’ai alors hésité pour montrer ces quelques photos et pour m’occuper de cet article avant de le lui envoyer comme nous en avions convenu ensemble. Plusieurs mois sont passés depuis et je me suis dit que cet article à propos du concert de Mélissa Laveaux devait être publié sur mon blog comme ceux que j’ai écrits sur d’autres artistes en concert ( Tricky à l’Olympia ce 6 mars 2024, Rhizomes : Quartier Général en concert à la Cave Dimière d’Argenteuil…). Ne serait-ce que pour une question d’égalité.
Rhizomes : Quartier Général en concert à la cave Dimière d’Argenteuil
Un mois plus tôt, le 29 mars, le groupe Rhizomes est passé en concert à la cave Dimière d’Argenteuil. Il s’était associé à cinq chanteuses originaires de Grèce, d’Italie, d’Espagne, de Kabylie, de Turquie et du Maroc. Le groupe Rhizomes étant déja pourvu de deux chanteuses (et musiciennes) originaires d’Israël et de Tunisie, cela a débouché sur sept chanteuses.
L’ensemble s’est appelé Quartier Général. Deux termes masculins qui portaient en leur sein des histoires féministes et des souhaits d’un présent plus apaisant. Il m’a fallu du temps pour choisir ces photos et les publier. Pour que, désormais, à leur tour, elles puissent prendre le temps de vous parler de ce concert.
J’étais au travail ce jeudi 14 mars, lorsque, dans l’après-midi, en le lisant quelque part, j’ai appris qu’Ann O’aro passait en concert le soir même. A 20h30. Je finissais mon travail à 20 heures à Paris près de la gare Montparnasse.
Si je souhaitais y aller, il me faudrait aller chercher mes appareils (photos) dans ma ville de banlieue, à Argenteuil. Pour mon blog, je ne pouvais pas me contenter de photos prises avec mon smartphone. Et, après le concert, je me réveillerais, comme ce jeudi, le lendemain matin un peu avant 5h30 afin de retourner au travail pour une journée de 12 heures.
Mais il y avait ce concert d’Ann O’aro dans quelques heures. Je l’avais déjà « ratée » comme j’ai aussi raté les concerts de René Lacaille ou de Rocio Marquez lorsqu’ils se sont présentés. Je m’étais un peu rattrapé la semaine précédente avec le concert de Tricky à l’Olympia ( voir Tricky à l’Olympia ce 6 mars 2024).
Quand une ou un artiste nous « parle » ou nous a parlé, on part souvent du principe qu’autour de nous, tout le monde la connait ou le connait. En évoquant Ann O’aro, je n’écoute pas de la musique secrète ou que je mettrais en cachette.
J’ai commencé à la « connaître » par son premier album Ann O’aro sorti en 2018. J’avais publié un article dessus dans mon blog il y a environ quatre ans :
Ensuite, il y a eu l’album Longoz arrivé en 2020 que j’ai moins écouté pour le moment et avec lequel j’ai eu plus de mal.
Ce jeudi 14 mars, j’ai aussi appris qu’un troisième album venait de sortir (fin février 2024). Il s’appelle Bleu. Ann O’Aro continue d’être représentée par le label Cobalt dirigé par Philippe Conrath.
C’est la question qu’a pu me poser, surpris, un de mes collègues, réunionnais certifié, porteur de dreadlocks, la quarantaine, chanteur de Gospel et précédemment joueur de Reggae proche de la professionnalisation. Ce n’est donc pas un amateur ni un ignorant. Pourtant, il n’avait jamais entendu parler de Ann O’aro. Je lui ai orthographié son nom tel qu’elle l’a choisi à «la Créole ». Un nom que j’ai moi-même encore du mal à bien écrire. Et, il m’a dit qu’il allait « regarder ».
La Réunion n’est pas mon pays. Même si, par la suite, j’ai rencontré ma compagne, réunionnaise, et que notre fille, née en France ( encore trop petite pour certains des thèmes des chansons de Ann O’aro) a donc également des origines réunionnaises.
La première fois que je me rappelle avoir entendu du Maloya et son rythme ternaire, c’était dans la boite de nuit LeManapany, dans les années 90 où, avec certains collègues, nous étions plutôt venus nous rapprocher (- je suis un Moon France mais voir aussi Tuer des noix de coco-) de nos origines antillaises et des femmes au travers du Zouk.
Ensuite, j’ai voulu entendre un peu plus le Maloya dit traditionnel. Et, en particulier, sur ce qu’il peut avoir en commun avec le Gro-Ka et le Lewoz. Car j’essaie de m’inspirer à ma mesure d’un des principes de mon artiste préféré, Miles Davis, qui disait aussi :
« Mon esprit n’est pas fermé ». ( “My mind is not shut”).
A la médiathèque, j’avais trouvé les Cds d’artistes comme Firmin Viry, Danyel Waro et d’autres de la Réunion que j’ai essayé d’écouter et de comprendre. J’ai pu voir Daniel Waro en concert lorsqu’il est passé en concert à Argenteuil il y a près d’une dizaine d’années. Mon blog n’existait pas, alors. Je sais que Daniel Waro passe le 18 Mai au Cabaret Sauvage à Paris. Maya Kamaty le 21 mars à la Bellevilloise et Lindigo le 11 avril au Cabaret Sauvage.
«La musique, ça te permet un équilibre vu le métier que tu fais » m’a dit quelqu’un récemment. J’ai acquiescé car il y a du vrai dans cette affirmation. Et, cela m’a permis d’éluder.
Car l’équilibre est aussi une limite. Ainsi qu’une souricière.
On peut être équilibré parce-que l’on est aussi très bien domestiqué. On ne dérange pas. On reste à sa place. On subit. On accepte. On endure. On s’endurcit. On croupit. On se terre en soi et en silence.
Mais on ne vit pas. On reste derrière des barrages. Ou on passe son temps à attendre, emmitouflés dans nos mirages et parfois dans nos naufrages. Parfois, on s’auto-détruit en permanence, discrètement. De manière méthodique. Cathodique. Et équilibrée. Telles ces tours ou ces histoires dont les fondations et les émanations explosent et s’affaissent, érigées, droites, et achèvent leur parcours pulvérisées, télévisées, en étant toujours restées bien vissées sur place et fidèles au poste, tétant leur devoir et leur espoir en attendant une mue qui n’est jamais venue. D’elles, on dira peut-être plus tard :
« C’était une belle tour ( ou une belle histoire) à l’origine. Dommage qu’elle soit devenue désuète. Les temps ont changé. Il a bien fallu s’en séparer. Qu’est-ce que tu veux ? C’est comme ça…. ».
La musique, pour moi, ça reste de la vie. Ça surgit et ça permet d’aller au-delà de nos limites. Les musiciens, les artistes ou les personnes qui nous « parlent », c’est quand même assez souvent, celles et ceux qui nous « font » ça. Un des premiers pouvoirs de la musique, comme le feu partagé, c’est de rassembler. Les forces, les volontés vers l’autre, vers l’ailleurs, vers l’inconnu même si ce sont des souvenirs que l’on retrouve aussi.
La musique, pour moi, c’est aussi un bagage et un héritage. C’est à la fois les musiques que j’ai écoutées par les pores de mes parents en France, pays, où, contrairement à moi, ils ne sont pas nés. Puis, celles de mon adolescence et de certaines amitiés quasi fraternelles, à cette période de la vie où l’on a plein de notes et plein de projets mais où l’on manque d’audace, de confiance, de persévérance et de connaissances pour composer. Et où l’on redoute plus les conséquences de la matraque du jugement qu’on ne prévoit les réussites de nos tentatives.
On peut penser que je me contente de parler de moi. Je ne le crois pas. Je n’écris pas seulement pour moi. Mais aussi parce-qu’il le faut. Parce-que c’est mon tour du sort.
J’écris d’ailleurs cet article en réécoutant le dernier album de Fally Ipupa, Formule 7. Et puis, on sait maintenant que, évidemment, je suis allé au concert d’Ann O’aro ce jeudi 14 mars 2024 au studio de l’ermitage, à Paris. Les autres dates et les autres lieux de ses concerts prévus en 2024 ne m’ont pas laissé d’autre choix.
Hormis ce concert du 14 à l’Ermitage, à Paris. Il restait possible de voir Ann O’aro sur scène ailleurs en mars 2024 :
Le 17 à Dunkerque. Le 19 à Guyancourt. Le 21 à Tourcoing. Le 23 à Aubusson et le 26 à Ljubliana, en Slovénie. Je serais bien allé à l’un de ces endroits mais pour des raisons pratiques, le plus simple, restait Paris.
Les dates de ses concerts mais aussi de ceux de Danyèl Waro sont aussi affichées sur le site du label Cobalt qui représente d’autres artistes réunionnais tels que Christine Salem, Zanmari Baré et d’autres.
Je suis arrivé au concert avec une bonne demie heure de retard avec ma place achetée en prévente sur internet : 15 euros et 50 centimes. Soit près de quatre fois moins que le concert de Tricky à l’Olympia quelques jours plus tôt.
En entrant dans la salle de concert du studio de l’ermitage, Ann O’aro était en train de chanter, accompagnée de ses musiciens :
Teddy Doris au trombone ; Bino Waro au roulèr, sati, pikèr, kayamn et à la batterie et Brice Nauroy aux machines.
Le public était posé, majoritairement assis, très attentif. Il devait y avoir environ 200 personnes à vue d’œil (pour une capacité d’accueil de 250 personnes contre une capacité d’accueil de 4000 personnes pour l’Olympia).
L’ambiance et l’acoustique de la salle étaient intimistes et très confortables. Je me suis tout de suite senti bien. J’ai aussitôt tout effacé. Les doutes. La recherche de la salle. La fatigue. Le trajet. Le retard. La routine. La chevrotine. La journée de travail le lendemain matin.
Voir Ann O’aro au studio de l’ermitage après Tricky à l’Olympia ?
Je me suis dit qu’ils étaient proches tous les deux malgré ce que l’on pourrait estimer en prime abord. Tricky, « de » Bristol, plutôt contrarié par la notoriété, aimerait sans doute pouvoir se produire dans une salle comme le studio de l’ermitage. En écoutant Ann O’aro, j’ai aussi pensé à la musicienne et compositrice bretonne Kristen Noguès.
Bien-sûr, Ann O’aro existe par elle-même et a ses propres inspirations et références. Mais lorsque l’on est amateur de musique, on aime certaines fois imaginer que se rencontrent les ombres de certains artistes. Des rencontres entre des artistes qui ne se matérialisent jamais- ou parfois mal- par manque d’inspiration, d’époques ( Kristen Noguès est morte depuis 2007) ou du fait d’une mauvaise entente et qu’il faut sans doute apprendre à imaginer ou à créer soi-même.
Devant nous, nous avions peu à imaginer. La voix d’Ann O’aro est très douce et forte. Elle s’empare de vous et chante comme un boxeur. Son chant part depuis ses pieds. Elle chante en emmenant tout son corps et en nous portant vers une…certaine tension émotionnelle.
C’est ce que l’on appelle avoir une présence. La présence de celle qui s’approche et aussi de la sentinelle.
Je me suis dit qu’elle avait de quoi jouer dans un film ou au théâtre.
Son humour et son aisance, y compris au piano qu’elle a désormais ajouté à son usage des sorts- les sorts de l’enfance- sont aussi déconcertants qu’insaisissables. Je me suis un peu demandé :
« Comment fait-elle ? ».
On aurait presque dit que c’était nous qui étions à un enterrement (peut-être le nôtre) tandis que, elle, et ses musiciens s’amusaient bien parce qu’ils le voulaient. Tandis que nous, hé bien, nous restions très polis et très guindés sans faire de bruit de peur de déranger ou de tâcher en sortant de notre réserve militaire.
Soit parce-que nous n’avions jamais appris à remuer et à tinter au son de la musique ou parce-que nous étions intimidés et captivés par ce que nous voyions et entendions devant nous :
Nous avions un peu « peur » d’interrompre la séance d’hypnose. Ou nous n’osions pas moufter connaissant les sujets chargés qu’elle abordait sous les déguisements aiguisés de sa voix apaisée.
Mon excuse était que je prenais des photos. Mais j’imagine facilement ce que la même musique jouée ce jeudi soir peut entraîner ailleurs ou dans un Kabar ( ou kabaré), là où l’on s’autorise à danser plus vite que la lumière ne pense.
Nous avons été des privilégiés d’assister à ce concert. J’ai été content, après le concert, de pouvoir parler un peu à Ann O’aro et de poser pour la photo avec elle et Philippe Conrath qui dirige le label Cobalt.
Avec Philippe Conrath et Ann O’aro à la fin du concert au studio de l’ermitage, ce jeudi 14 mars 2024. Merci à la personne qui nous a pris en photo avec mon appareil.
Ann O’aro chante aussi dans le groupe Lagon Noir lors du festival Banlieues Bleue au centre culturel Jean à la Courneuve le vendredi 29 mars 2024 à 20h30.
Ce jeudi soir, elle a superbement clos son concert en nous chantant son titre Valval rouz ( si je ne me trompe) un de ses titres acapella, présent sur son premier album.
Tricky, les années 1990 et 2000. Martina Topley-Bird, Massive Attack, le Trip Hop. Mais aussi PJ Harvey, Björk, Sly & Robbie….Tricky a rencontré et joué avec bien d’autres artistes. Il a aussi figuré dans quelques films tels que Le Cinquième élément de Luc Besson ou Clean d’Olivier Assayas.
C’est, grosso modo, toujours les mêmes histoires que l’on raconte à propos de Tricky, une espèce de prophète de la musique nostalgique. Celui qui a perdu sa mère très jeune. Celui qui est devenu à nouveau orphelin (assez récemment) mais cette fois de sa fille. Celui qui avait quitté Massive Attack, sa célébrité, sa puissance, sa sécurité. Celui qui subsiste par lui-même. Par la douleur et malgré elle.
Celui qui lance ou se met en duo avec des chanteuses qu’il produit. L’homme fusible imprévisible avec ses lubies et ses pensées. Ses toxicomanies. Son corps lésé. Tatoué sans doute de la tête aux pieds et difficile à amadouer. Difficile à cerner et, sans doute, à captiver. L’homme hanté qui rôde là où très peu souhaiteraient se promener même avec un ou une escorte.
Durant toutes ces années, j’ai raté Tricky ou suis passé à côté de lui. A part pour un concert gratuit lors de l’inauguration du centre culturel, le 104. Il y avait beaucoup de monde. On se bousculait. Les conditions sonores étaient mauvaises. Je me rappelle de Tricky plutôt seul sur scène, assez peu concerné, et très loin. Une prestation très frustrante.
Je n’avais pas persisté.
J’avais d’autres artistes à écouter et à regarder sur scène. Je ne faisais pas de lui une priorité. Je trouvais à sa musique des côtés inaboutis. On parlait de chef-d’œuvre. J’avais l’impression qu’il y avait beaucoup pour que cela soit le cas mais qu’il y avait régulièrement rupture lorsque cela se précisait. Comme si Tricky arrachait le disque vinyle de la platine précisément au moment où l’on commençait à entrer dans le songe. Comme s’il jetait à la poubelle toutes les pièces du puzzle que l’on avait presque terminé. Et cela recommençait plusieurs fois de suite.
La musique de Tricky n’est pas ceinturée ou cérébrale comme peut l’être ou l’est devenue celle de Massive Attack ou de Björk.
Tricky pratique l’hémorragie et les intubations difficiles :
« Seule, compte l’énergie ! ». A partir de là, inutile de faire durer un morceau quatre, cinq minutes, à coups de maquillage ou davantage. On n’est pas là pour se regarder le nombril ou pour se montrer. On est là pour faire de la musique et pour sentir ce qui se passe lorsque l’on presse son corps contre le sang chaud de quelqu’un.
Ce concert de Tricky, à l’Olympia hier soir, j’ai appris qu’il allait avoir lieu quelques jours plus tôt, par hasard. Tricky ne fait plus partie des musiciens dont on parle « beaucoup ». Désormais ou encore, on parle beaucoup plus d’artistes comme Beyoncé, Dua Lipa, Taylor Swift, Billie Eilish, Rihanna ou Rosalia si l’on veut parler d’artistes féminines dites « internationales ». Ou, en France, j’imagine que d’autres seront davantage happés par le concert du rappeur Ninho au Stade de France…l’année prochaine, le 2 Mai 2025. Ou par le concert du rappeur Kalash à l’Olympia ( complet) ce 20 mars 2024.
J’ai hésité avant d’acheter cette place de concert. Je me suis demandé si j’essayais de rattraper le temps perdu.
Quatre jours avant le concert, j’ai croisé une connaissance sur le quai de la gare d’Argenteuil alors que je partais à l’anniversaire de Tu piges ?
Cette connaissance – un photographe professionnel rencontré lors d’un concert de Marc Ribot à la Cave Dimière, à Argenteuil- m’a dit :
« Tu me diras ce que ça a donné. Avec Tricky, on ne sait pas ce que ça va donner, un concert. Il est caractériel… ».
Lui, aussi, avait le souvenir de ce concert donné au centre culturel, le 104. Il y était aussi et bien placé. Il connaissait les organisateurs de l’événement. Son avis sur ce concert était le même que le mien : très mauvais son. Et très mauvais concert… de trente minutes.
Mais j’étais confiant pour ce concert à l’Olympia. Je connaissais mieux sa musique. Je l’aimais mieux. ( Hate This Pain un titre de Tricky ) Et, j’avais lu que Tricky était content des bons retours concernant son album Maxinquaye Reincarnated sorti en octobre 2023. Un album que j’avais acheté et écouté.
« Colossal et jamais vu » est un des commentaires que l’on a pu lire dans le métro à propos de la deuxième partie du film Dune réalisé par Denis Villeneuve et sorti la semaine dernière. Un film dont on parlera sans doute beaucoup plus que du concert de Tricky hier soir et que je suis allé voir le jour de sa sortie ( ce 28 février 2024) dès la première séance.
Tricky aurait eu sa place dans le film Dune.
Soit pour un rôle, soit pour la composition musicale. Hier soir, Tricky nous a rappelé que la musique, c’était de la création. Et la possibilité de faire une expérience hors de notre conscience rituelle et de nos automatismes.
Pas du bling-bling. Pas de l’édulcoré.
J’avais fait le choix d’acheter une place en mezzanine pour assister à ce concert de Tricky. Pour cela, j’ai payé plus cher, 56 euros, afin d’être dans les meilleures conditions pour voir et entendre Tricky. Résultat : j’ai raté mes photos. Pour faire de bonnes photos, il ne faut pas être fainéant et rester assis trop loin de la scène.
Et, pour bien photographier Tricky, il aurait fallu que je vienne plus tôt. Bien plus tôt. Car lorsque je suis arrivé devant l’Olympia pour le concert, dix minutes avant le début officiel du concert avec la première partie, Dajak, je suis tombé sur une queue pratiquement aussi longue que pour le concert des sœurs Ibeyi.
Tricky a son public. Un public plutôt blanc pratiquement aussi féminin que masculin. J’étais par exemple assis entre deux femmes venues ensemble et deux hommes venus aussi ensemble.
Il devait y avoir entre cinq à dix pour cent de noirs dans la salle au sein du public à ce que j’ai aperçu.
La moyenne d’âge du public dans la salle tournait autour de la quarantaine-cinquantaine même si j’ai pu voir deux adolescents venus vraisemblablement avec leur mère.
Le public présent connaissait à l’évidence les « classiques » de Tricky. Même si le terme « classiques » lui déplairait certainement : quand on l’écoute parler de sa musique, il se défend de toute nostalgie.
A l’image de son concert en janvier 2023 (que j’ai malheureusement découvert sur le net )à l’espace culturel Ground Control avec la chanteuse Marta, hier soir, à l’Olympia, celui-ci s’est déclaré dans une forme de pénombre. Une intimité et une ambiance qui vont très bien avec sa musique. Une musique qui entre dans la syncope, le blues, la répétition, la rugosité, la vitalité punk et rock mais aussi une extrême douceur de par la voix de Marta.
En voyant Tricky sur scène essayer de sortir de son corps, je me suis dit qu’il faisait une musique de Chamane. Un couple est parti en plein concert. Nous sommes restés.
Dans sa sélection critique avant ce concert à l’Olympia de Tricky, le journaliste Erwan Perron de Télérama ( Télérama numéro 3869 qui inclut le guide culturel Télérama Sortir du 6 mars au 12 mars 2024 ) avait écrit :
» (….) On se souvient de l’avoir vu interpréter ce disque dans ce même Olympia baigné de lumières rouges. Il avait chanté dos au public durant toute la durée du concert ! Trente ans plus tard, l’Anglais au nez cabossé et à la voix rocailleuse revient dans la plus célèbre des salles parisiennes pour y chanter à nouveau Maxinquaye ( 1995), son oeuvre la plus renversante et intense. Il en aurait réarrangé six titres. Mais avec lui, on n’est jamais sûr de rien…. ».
Tricky n’a sans doute pas lu cet article. Mais si Erwan Perron était comme moi dans la salle ce 6 mars 2024, il aura aussi vu Tricky interpréter ce titre de cette façon.
PJ Harvey, c’est lors des années 90 et 2000 qu’elle avait tout emballé. Je l’avais ratée au festival Rock En Seine entre 2003 et 2005 au parc de St Cloud. J’avais trop hésité.
Trente ans plus tard, ses deux dates pour l’Olympia ont été complètes. S’il y avait moins la queue pour son concert que pour celui des deux sœurs Ibeyi, PJ Harvey a néanmoins son public.
On a plutôt la quarantaine voire la cinquantaine lorsque l’on vient voir PJ Harvey en concert et l’on est plutôt blanc, aussi. C’est ce que je me dis subitement alors que je me trouve dans la salle où, à part les vigiles pour filtrer les entrées ou dans la salle pour assurer la sécurité, je n’ai pas vu un seul noir dans le public.
Il y a aussi pas mal de femmes. De la trentaine à la cinquantaine.
Bien plus que lorsque j’étais allé découvrir Joe Bonamassa grâce à Christophe Goffette et, qu’à côté de moi, dès le début du concert, un homme avait chaussé ses lunettes noires et ostensiblement refusé toute interaction avec moi. Nous n’étions pas du tout du même bord. Lui, c’était un pur. Et, moi, je devais ressembler à un artéfact. Il était peut-être aussi dans la salle, parmi les spectateurs, ce soir.
A ce concert de PJ Harvey, je le sais, se trouvent aussi un ami, rencontré trente ans plus tôt, et une de ses collègues dont j’ai fait la connaissance un peu plus tôt dans la journée. Avec eux, j’aurai un peu plus d’interactions car aucun des deux ne porte de lunettes noires.
Sans nous être consultés, tous les trois, nous avions pris notre place pour ce concert de PJ Harvey environ deux mois plus tôt. Les places sont vite parties.
Les artistes, entre eux, ont souvent bien moins de frontières que celles et ceux qui les « suivent » et les écoutent. C’est parce-que, progressivement, j’ai fait mien ce principe ou cette conduite de vie que j’ai été amené, il y a plusieurs années, à écouter PJ Harvey. Tout en écoutant du Zouk ( Jacob Desvarieux) ou du Reggae ( En concert avec Hollie Cook au Trabendo).
Mon ami de trente ans, je le sais, n’écoute pas du tout du Zouk, du Kompa, de la Salsa ou du Reggae. Et encore moins du Dub :
Pas même du Funk. Lui, me (re)parlera de Franck Black (que j’ai eu la chance de voir un jour en concert et ce fut une très très belle performance), de John Zorn, de Roger Waters… Des artistes que je peux aimer écouter (Roger Waters) ou que j’ai essayé d’entendre (John Zorn).
Sa collègue, elle, après le concert, me donnera envie en m’apprenant avoir vu Massive Attack avec Tricky en 2008. Ces derniers jours, j’ai beaucoup écouté et réécouté Tricky. J’ai cherché des nouvelles versions de ses titres. Mon ami n’écoute pas Tricky. Mais PJ Harvey avait fait un titre avec lui :
Broken homes.
Après le concert, cependant, la collègue de mon ami me laissera un peu pantois lorsqu’elle citera les Artic Monkeys. Car elle n’a pas trop aimé la prestation que nous avons vue de PJ Harvey. Elle a trouvé les paroles très belles mais le son mauvais. Pour elle, on ne sentait pas assez les basses. Elle aurait voulu se sentir « transpercée » par les basses comme cela s’était fait lors du concert des Artic Monkeys ou de Massive Attack par exemple. Je connais les Artic Monkeys seulement de nom. D’après mes préjugés, c’est une musique froide, « blanche », ça ne se danse pas. Je n’ai pas envie d’y aller. Mais je n’ai rien écouté d’eux à ce jour alors que je peux beaucoup aimer des titres de Cure,Joy Division, Depeche Mode, Soft Cell, Radiohead….
D’ailleurs, j’ai vu le film consacré à Ian Curtis, leader du groupe Joy Division : Control réalisé en 2007 par Anton Corbijn. J’ai aimé le film même s’il est déprimant.
Et, Tricky, lui-même, ou Massive Attack, ont assurément puisé aussi dans des inspirations qui ont pu être communes aux Artic Monkeys. On ne peut pas dire non plus que les compositions de Tricky et Massive Attack soient des inventions particulièrement festives.
Mon ami, lui, pour nous redonner du tonus, après le concert, nous dit :
« Je pense qu’on est venu la voir trop tard. Il aurait fallu la voir vingt ans plus tôt ».
Mon ami souligne aussi que la mise en scène théâtrale de PJ Harvey ne l’a pas séduit. Il est vrai que, durant le concert, PJ Harvey a beaucoup posé tout à son rôle ou aux histoires qu’elle nous a racontées dans ses chansons. Mais cela a été très pratique pour moi. Pour prendre des photos. Je n’ai peut-être jamais réussi autant de photos en concert.
Nous avons vieilli. PJ Harvey, aussi. Mais nous le reprochons plus à PJ Harvey qu’à nous-mêmes. Toutefois, moi, qui ai moins bien compris les paroles de ses chansons que mon ami et sa collègue, j’ai aimé le concert. Jusqu’alors, je n’avais pas remarqué le nombre de fois où elle mentionne les mots « Amour » et « Jésus ».
Au plus près de la scène afin de pouvoir faire mes photos, j’ai aimé le dévouement de PJ Harvey. J’ignore si cela a toujours été comme ça mais nous savions que son concert commencerait à 20 heures piles comme annoncé sur nos billets. Par ailleurs, des mesures ont été prises contre la revente des places de son concert au marché noir. Il vaut donc mieux avoir acheté son entrée par les biais officiels. J’ai un peu oublié maintenant mais il me semble avoir payé 55 euros pour être debout dans la fosse. Et, au départ, toutes les bonnes places près de la scène m’ont semblé déjà prises.
La « prêtresse du Rock » PJ Harvey (c’est ainsi qu’elle a été surnommée dans la presse pour ces concerts) a développé sa conscience du monde. J’ai lu ou appris qu’elle se préoccupait de ce que nous faisions de notre planète, de ce qui s’y passait. Devenue plus cérébrale sans doute qu’à ses « débuts », comme Björk, sa musique rentre moins dans le tas qu’avant. Et, il y a beaucoup moins de gravats après les passages de sa voix et de sa guitare. Or, visiblement, c’est ce que un certain nombre d’entre nous attendaient.
PJ Harvey change d’ailleurs plusieurs fois de guitare. Il s’agit donc d’un instrument qui lui reste familier. Le public reste sage ou tout en dévotion. Il s’anime d’emblée lorsque l’artiste entame certains de ses anciens « tubes » tels que Down by the water par lequel j’avais, je crois, entendu parler d’elle pour la première fois dans un film de Laetitia Masson avec Sandrine Kiberlain. Alors que Laetitia Masson, dans les années 90, était une réalisatrice de films d’auteurs qui étalonnait son époque.
PJ Harvey a aussi entonné Dress mais, si j’ai bien entendu, aucun titre de l’album Is it Desire ?
Je n’aurais pas dû pouvoir prendre toutes ces photos au concert de PJ Harvey. Même si dans la salle, j’ai bien vu des personnes prendre des photos, ou filmer, y compris à proximité d’un des vigiles, avec tout ce qu’il fallait pour bien zoomer, j’ai aussi vu une personne devoir déposer son appareil photo à la consigne avant d’entrer dans la salle.
Je suis content ou très content de ces photos. Et, je m’en sers non pas pour me faire du fric sur le dos de l’artiste et de celles et ceux qui travaillent avec elle, mais afin d’avoir des photos originales, mes photos, et pour restituer aussi bien que possible cette expérience qu’a été pour moi ce concert ainsi que l’œuvre d’une artiste. Avec autant de sincérité que possible ainsi qu’avec les moyens dont je dispose pour mon blog.
Pour le diaporama de photos que j’ai fait et qui arrive à la fin de cet article, j’ai choisi des anciens titres de PJ Harvey. Cela lui déplairait peut-être. Mais je crois que cela devrait faire plaisir à celles et ceux qui, comme moi, ont vieilli, et ont conservé une partie de leur jeunesse et de leur vitalité dans les fûts et les refus de ces titres.
On a plutôt la vingtaine voire un petit peu moins lorsque l’on va voir Rosalia ce samedi 22 juillet 2023 au festival LOLLAPALOOZA à l’hippodrome de Longchamp. Beaucoup de jeunes femmes. Des hommes eau. Même un homme en fauteuil roulant, poussé par un de ses amis, a voulu traverser la foule pour être au plus près de la scène. Un des agents de sécurité, pédagogue, a su être convaincant :
« Au moindre mouvement de foule, la première personne à se faire écraser, ce sera vous ».
Plus d’une heure avant le concert de Rosalia, toutes les bonnes places face à la scène sont prises. Elles l’étaient dès le concert précédent. J’ai essayé de me faufiler comme j’ai pu. Je n’ai pas pu faire mieux que d’être sur le côté à plus d’une vingtaine de mètres de là où ça s’est « passé ». Mais j’avais un grand écran au dessus de moi et mon matériel photo et audio. Ci-dessous, le titre Saoko :
J’ai beaucoup hésité avant de venir à ce concert de Rosalia. 89 euros la place pour la journée du festival ( contre 28 euros pour aller voir Oumou Sangaré récemment. Voir Oumou Sangaré en concert) . Seule Rosalia me donnait envie de venir. Rosalia, dont le dernier album Motomami – que j’avais acheté et écouté- avait été adoubé par la critique. Rosalia dont les vidéos provocantes déployaient une audace et une assurance en même temps qu’un certain « contraste».
Ici, la langue espagnole prend le dessus sur la langue anglaise. Rosalia se joue des tendances musicales. Techno, kizomba, Flamenco, Reggaeton, la forme piano/voix ou d’autres allures d’Amérique latine peuvent ainsi cohabiter. Elle peut aussi très bien danser. On peut considérer qu’elle sait tout faire et avoir l’impression d’assister à un renversement de modèle où l’Espagne, pays « minoré » sur la scène musicale internationale, prend en quelque sorte sa revanche sur les pays anglo-saxons qui, au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale environ, dominent le monde avec leurs artistes et leurs névroses Rock. Ci-dessous, une autre vidéo montrant Rosalia lors du festival LOLLAPALOOZA:
Adémas (en outre), Rosalia est une femme séduisante, affirmée, indépendante et ouverte aux différents genres. On a donc le Jackpot. Une musique et une culture différentes. Même si, même si, lorsque l’on y regarde bien, Rosalia, par certains aspects, et sûrement malgré elle, colle à l’image que l’on se fait d’une femme espagnole. Brune, ardente, virilement- presque brutalement- et fièrement sensuelle.
Mais c’est toujours ça. Ne nous privons pas d’un bon moment d’autant que l’on a payé- plutôt cher- pour cela. Et marché aussi près de deux kilomètres au moins depuis l’endroit où l’on a pu trouver où se garer.
Il fait beau ce samedi et il s’agit du dernier concert de la tournée mondiale de Rosalia qui a été un très grand succès. Désormais, Rosalia fait partie des grandes vedettes et cette prestation a été présentée comme l’événement à ne pas manquer. Son concert de décembre dernier, à Paris, a bien été déclaré « meilleur concert de l’année ». On n’a pas envie de rater des moments pareils.
Dès l’entrée sur scène de Rosalia avec ses danseurs et le début de son concert avec le titre Saoko, le public est happé par la toile Rosalia. Laquelle a gardé la main et la maitrise totale sur sa représentation. Passionnée et souriante, oui, mais pas liée à l’approximatif.
Rosalia est très à l’aise avec l’image et les technologies de communication moderne. Elle aime aussi beaucoup se voir même si elle tourne cela aussi en dérision. Le public, lui, l’adore, et reprend plusieurs de ses paroles. Il se trouve bien un public hispanophone parmi nous mais d’autres se sont aussi visiblement mis à l’Espagnol.
J’aurais préféré être plus près de la scène, entendre des titres de quatre minutes ou plus, et y voir des « vrais » musiciens. Le festival, officiellement, entend proposer une alternative à notre société d’argent en nous imposant un système de recharge. Système qui, d’après mon expérience, expose surtout à offrir au festival ce que l’on n’a pas pu dépenser. Qu’est-ce que cela m’a agacé par ailleurs de devoir me promener avec un gobelet en carton rempli d’eau simplement « pour des raisons de sécurité ». A moins de filouter, Il est devenu de plus en plus difficile de se trouver à un concert avec une bouteille d’eau munie de son bouchon en plastique. Car trop d’artistes ont reçu des projectiles inopportuns lors de leur prestation.
Mais le spectacle valait le déplacement. Et, lorsqu’ensuite, je me suis mis à réécouter l’album Motomami, j’ai su que cela m’avait véritablement plu.
Sa voix est un empire, un jaillissement. Ses chants sont des troncs sans artifices. Il est difficile pour moi, le citadin occidental handicapé, qui a touché des bouts de l’Afrique seulement au travers de musiques ou de films, d’en dire beaucoup sur Oumou Sangaré en évitant les erreurs. Après l’avoir entendue ou avoir entendu parler d’elle pendant des années, c’était seulement la première fois que je la voyais en concert. Oumou Sangaré, la féministe « Quand je rencontre un homme intelligent, je me dis, ah, lui, sa maman l’a bien éduqué ! ». Oumou Sangaré, l’optimiste, malgré les blessures « On va oublier ces petits problèmes ». La voyageuse « Hier, on était à Lisbonne ». Celle qui multiplie les projets avec d’autres artistes et les inspire (Cheikh Lô, Tony Allen….). Celle qui danse et qui fait de l’humour. Oumou Sangaré nous a présenté l’Afrique « traditionnelle », des siècles et des villages, mais aussi l’Afrique moderne.
Moins connue que les vedettes anglaises et américaines ( elle ne chante pas en Anglais et ne fait pas de strip tease) qui en Europe ou aux Etats-Unis monopolisent les grandes scènes, c’est pourtant une diva qui était présente dans le 19èmearrondissement de Paris, à la Villette, ce mercredi 6 septembre 2023. Celles et ceux qui l’avaient précédée ou qui étaient avec elle sur scène ne dépareillaient pas.
Me’Shell Ndégeocello au festival Jazz à la Villette ce 1er septembre 2023.
« Elle est fatiguée et elle joue pour elle ».
C’est téléphone éteint, que je suis retourné voir Me’Shell Ndégeocello. La première fois, c’était après son premier album, Plantation Lullabies, sorti en 1993. Et, ce vendredi 1er septembre 2023, je suis assis au premier rang (j’ai récupéré la place d’une personne partie un peu plus tôt) quand, après le concert, en sortant de la salle, deux hommes passent devant la scène. Ce faisant, l’un des deux livre son opinion à l’ami qui l’accompagne.
Après son premier album, Plantation Lullabies, Me’Shell (cela s’écrivait comme ça à l’époque. Aujourd’hui, cela s’écrit Meshell) était passée à l’Elysée Montmartre. J’étais allé la voir seul, comme ce vendredi soir. Je ne voyais pas qui aurait pu venir assister à ce concert avec moi.
Me’Shell, c’est trente ans de carrière ou plus. Me’Shell n’est pas
« connue ».
Pour ce concert, j’ai lu qu’on la présentait comme celle qui avait joué avec David Bowie ? On l’aura peut-être confondue avec quelqu’un d’autre. Peut-être avec la bassiste et chanteuse Gail Ann Dorsey que je connais moins bien et qui a pu être particulièrement médiatisée après la mort de David Bowie récemment….
Autrement, pour rendre Me’Shell Ndégeocello un peu plus familière, on dit aussi qu’elle a joué avec les Rolling Stones. Je n’ai pas vérifié.
J’ai bien davantage retenu que Me’Shell avait fait un très bon duo avec le bassiste, compositeur, arrangeur et producteur Marcus Miller (Rush Over). Je continue de me demander pourquoi leur collaboration s’est limitée à un seul titre. Marcus Miller, depuis près de vingt ans maintenant, est devenu un très grand nom des festivals de Jazz. Il est désormais en tête d’affiche au premier plan devant la scène alors que, traditionnellement, le bassiste est plutôt « derrière ».
Me’Shell n’a pas le pedigree de Marcus Miller mais elle a quand même joué avec pas mal de musiciens qui comptent sur les étoiles autant que sur leurs doigts pour faire de la musique. Elle a ainsi pu jouer avec Marc Ribot et Chocolate Genius. C’était aussi à la Villette.
Je me suis aussi mis dans la tête que Oren Bloedow, sans pouvoir le certifier, l’un des membres du groupe Elysians Field avec Jennifer Charles, avait été un de ses guitaristes sur scène lors d’un de ses concerts à l’Elysée Montmartre ou à la Cigale.
Sinéad O’Connor, décédée récemment, a aussi chanté sur un des disques de Me’Shell. Peut-être sur le disque hommage à Nina Simone dont a été retrouvé l’enregistrement d’un de ses concerts mémorables dans les années 60.
Il y a aussi eu le saxophone Jacques Schwarz-bart qui a pu revendiquer, pour son premier album, d’avoir joué du Gwo-ka Jazz. Elle ( Me’Shell) avait aussi participé au disque hommage à Fela en reprenant le titre Gentleman qu’elle avait fait plus que fredonner.
Elle a aussi côtoyé Ravi Coltrane, l’un des enfants de John Coltrane et Alice Coltrane. Ou collaboré avec Anthony Joseph.
Me’Shell Ndégeocello aurait beaucoup aimé pouvoir jouer avec Prince mais celui-ci, de son vivant, ne le lui a jamais permis.
Funk, Jazz, Soul, Punk Rock, Reggae, folk, Rap, chant, compositions, interprétations, et sans doute d’autres tempos, militante, Me’Shell Ndégeocello n’a eu peur de rien et celles et ceux qui aiment la musique le lui rendent bien.
J’ai dû la voir quatre ou cinq fois en concert en incluant le concert de ce vendredi soir.
En réécoutant plusieurs de ses titres tout en écrivant cet article, je me dis qu’il y a très peu de bassistes, qui, comme elle, peuvent aussi bien varier du Funk ou du Jazz au Reggae sans que cela ne ressemble à un pastiche. Lorsque, pour Miles, Marcus Miller avait composé le titre Don’t Lose your mind sur l’album Tutu (c’était en 1986), je me rappelle d’un camarade de lycée, joueur et chanteur de Reggae, qui avait reconnu la rythmique du duo Sly Dunbar et Robbie Shakespeare. Cela m’avait fait drôle de « voir » le grand Marcus Miller devenir en quelque sorte l’élève de deux artistes Reggae incontestés ( Serge Gainsbourg les avait bien sollicités pour ses albums Reggae).
Lorsque j’écoute la basse de Me’Shell sur ses titres Reggae, je l’entends, elle, et non Robbie Shakespeare, décédé il y a quelques mois, que j’ai pu et peux particulièrement aimer écouter avec le groupe Black Uhuru des Michaël Rose, Duckie Simpson et Puma Jones ou sur des titres Dub.
J’aime particulièrement, par exemple, ce que fait Me’Shell sur le titre Forget my name, selon moi, un titre contre le fanatisme religieux.
Beaucoup moins connue que Depeche Mode, Sting et U2 ( elle est arrivée après eux).
Bien moins connue que les vedettes de ces dix à quinze dernières années aux concerts ou festivals à 100 000 personnes ou davantage pour lesquelles il faut débourser facilement plus de cinquante euros pour les voir en concert. Sans doute, doit-elle être située aux côtés de Sinéad O’Connor, déjà citée, mais aussi de PJ Harvey ou Björk, des artistes qui se sont imposées à partir des années 90 et qui avaient d’autres quêtes que la recherche de la célébrité.
Des quatre, aujourd’hui, il en reste trois. PJ Harvey passera bientôt en Octobre à l’Olympia pour deux dates qui ont été rapidement complètes. J’irai la voir pour la première fois afin d’essayer de rattraper le fait de l’avoir ratée au festival Rock en Seine au début des années 2000 moyennant une place de concert aux alentours de 60 euros.
Björk, je l’ai « vue » plusieurs fois sur scène depuis ses débuts. La dernière fois étant cette année où elle avait clôturé le festival Rock en Seine (2007 ?) avec Declare Independance. Il y a plus de dix ans. C’était avant qu’elle (Björk) ne joue dans des salles à cent euros la place en moyenne.
Pour Me’Shell, ce vendredi 1er septembre 2023, après au minimum trente ans de carrière, la place assise et numérotée a coûté 35 euros. C’est un peu plus que pour Oumou Sangaré que j’irai voir ce 6 septembre, également à la Villette : 28 euros.
Il est indiscutable que depuis « You say that’s your boyfriend, funny, he wasn’t last night….maybe he needed a little change, a switch…. », il y a trente ans, Me’Shell s’est assagie et a grossi. Elle n’est plus cette bitch garçon manqué qui gouvernait le public et son groupe avec son allure et sa basse.
« Elle est fatiguée et elle joue pour elle ».
Même assise comme elle l’a été ce vendredi durant tout le concert, mettez-lui une basse dans les mains, alignez à côté une des vedettes actuelles avec le même instrument et regardez ce qu’il en sort. J’ai aimé voir l’artiste Rosalia au mois de juillet lors d’un festival à l’hippodrome de Longchamp. Pour elle et cette date unique en région parisienne cette année, j’ai finalement accepté de payer près de 90 euros.
Juste pour elle.
Si Rosalia maitrise tout ce qui a trait à la mise en scène et les technologies actuelles de communication, réseaux sociaux inclus, pour moi, entre elle et Me’Shell, il en est une des deux qui est bien plus musicienne que l’autre. Et une qui est plus plasticienne que la précédente.
Ce vendredi, quand le bassiste, placé derrière Me’Shell, a commencé à lancer les premières notes de son titre Virgo présent sur son dernier album The Omnichord Real Book, rejoint par une batterie afro-beat qui rappelle autant Fela que le batteur Tony Allen ( décédé durant la pandémie du Covid) je me suis dit qu’il lui fallait toujours très peu pour nous atteindre.
Me’Shell Ndégeocello fait partie de cette minorité d’artistes (musicaux ou autres) qui ont décidé de prendre beaucoup de risques pour vivre de leur Art et qui y sont parvenus, trente ans durant.
Rosalia n’a pas encore ces trente ans de carrière.
Il en est tant d’autres, artistes ou spectateurs que l’on ne voit pas et que l’on n’entend pas sur aucune scène trente ans après. A la Villette ou ailleurs. Il m’arrive d’ailleurs de regretter encore le Finley Quaye de Even after All .
On peut rater un concert. Cela reste moins grave que de rater sa vie.
Me’Shell a-t’elle joué pour elle, ce vendredi soir ? Me’Shell n’a plus envie de performance. Lorsqu’elle a chanté en Anglais « Je suis reconnaissante d’avoir des yeux, je suis reconnaissante d’avoir des oreilles pour entendre », c’était sincère. On peut la trouver mystique. Elle s’est bien convertie un moment à la religion musulmane ou a semblé en tout cas s’en rapprocher. Mais elle fait ce qu’elle peut afin de se désabonner de l’ego. Bien d’autres artistes, avant elle, sont passés par là. Prince y compris, qui, un temps, ne voulait plus s’appeler Prince.
Alors que, nous, spectateurs, nous sommes nombreux à venir en concert afin de satisfaire ou de soigner notre ego. Souvent, nous repartons comme nous sommes venus et lorsque nous avons changé un peu, les effets de ce changement sont transitoires. Nous ne prenons pas beaucoup de risques à venir en spectateurs.
Il y avait sûrement un côté « prêche » dans l’attitude de Me’Shell ce vendredi soir. Elle n’était pas là pour nous flatter et nous caresser le ventre avec sa basse. Même si elle est passée par I’m digging you like an old soul record ( un de ses titres les plus connus de son premier album, Plantation Lullabies ) mais aussi par Love Song ( titre qui a plusieurs variantes, dont une variante Reggae, sur son album Comfort Woman sorti en 2003).
Et, il faudra un moment mentionner, aussi, qu’elle a perdu ses parents. Elle les a d’ailleurs dessinés sur son dernier album. Un album sur lequel on peut d’ailleurs trouver certains de ces croquis un peu à la façon de Miles sur son album Star People…
Me’Shell Ndégeocello restera celle qui n’est pas très connue et qui fait partie de ces artistes évitant la célébrité. En cela, on peut peut-être aussi la rapprocher de bien d’autres artistes. Cependant hier soir, dans la salle, on a pu voir quelques enfants d’une dizaine d’années, des jeunes d’une vingtaine d’années ainsi que des personnes, noires et blanches, d’une cinquantaine ou d’une bonne soixantaine d’années. Il y avait des Français mais aussi, à l’oreille, des Américains. On doit sans doute penser qu’une grande majorité de ce public était venue écouter de la musique de « vieux » car, aujourd’hui, ce que joue Me’Shell est en dehors de certains codes de cette musique-spectacle qui marche :
Aucune chorégraphie en forme de fesse, principalement des musiciens sur scène avec leurs instruments, pas de Rap ou de Reggaeton, pas d’autotune. Tout cela est d’un ringard car, selon certains critères, ce concert aurait donc été une sorte de « troisième âge » de la musique. Et, Me’Shell, pourtant novatrice, serait donc une artiste dépassée et nous aussi qui sommes venus ou revenus l’écouter. Même si, cachés ou non, il doit bien y avoir des artistes qui marchent très bien actuellement, depuis des années (ou plus tard) qui connaissent leur Me’Shell par cœur.
Bien-sûr, j’aurais préféré un autre concert de Me’Shell d’autant que j’ai l’impression que l’acoustique de la philarmonie est un peu un filet de pêche qui empêche la musique de passer. Mais on mesure la réussite d’un concert au fait qu’en rentrant chez soi, on aime ensuite réécouter les titres de l’artiste que l’on a vu (e) sur scène. Si ce vendredi soir, dans le train du retour, j’ai écouté Crash Landing et Come down hard on me de Jimi Hendrix suivi du Botanical Roots de Black Uhuru, alors que j’écris cet article aujourd’hui, je ne me fatigue pas de réentendre un certain nombre des titres de Me’shell.
La musique et ses artistes. Nos choix, nos mesures. Ceux que l’on a retenus, ceux qui nous ont laissé leur morsure et d’autres, leur monture. Je reste inconsolé, désormais, chaque fois que je repense à Finley Quaye qui avait tout pour lui et qui a tout perdu à la fin des années 90 :
Le charme, le toucher de guitare Jazz, la « soul », le Reggae, l’électronique, la voix, la chaleur, la crédibilité, la célébrité à moins de 25 ans aux côtés de piliers comme Massive Attack, Tricky, Portishead, Björk. Björk dont, désormais, le montant des places de concert, ressemble à celui de certains restaurants luxueux que seules peuvent s’offrir des personnes aisées et mondaines qui vont se faire « Un Björk » comme on va « se faire un Picasso » ou des fans prêts à se mettre à découvert et à endetter leur descendance sur trois générations pour rester fidèles à « leur » artiste.
Finley Quaye ne connaîtra pas ça. Cette vie de star était peut-être trop dure pour lui. Et, il n’est pas le seul à qui cela est arrivé et à qui cela arrivera.
Cela n’arrivera pas ou ne devrait pas arriver à Rodolphe Burger, Sofiane Saïdi et Mehdi Haddab. Des trois, et il faudra m’excuser pour cela, le premier est celui que je connais le « mieux ». Même si c’est peu, je ne compte pas m’inventer un Savoir artificiel pour parler d’eux.
Mehdi Haddab, je sais qu’il a joué avec Smadj, qu’il a électrifié son Oud dont il est l’un des plus grand maitres actuels depuis une bonne vingtaine d’années. J’ai lu qu’après avoir d’abord été guitariste rock qu’il avait ensuite appris à jouer de son instrument avec les plus grands Maitres. En particulier, en Egypte. En cela, même si son parcours est évidemment singulier et personnel, il peut rappeler l’Anglaise Susheela Raman, lorsque celle-ci était partie perfectionner son chant en Inde avant de se faire connaître internationalement.
Mehdi Haddab, franco-algérien, avant d’être un très grand musicien, a été un très grand cosmopolite. Sur le net, je suis tombé sur une interview de lui (datée de 2016) par la journaliste Anne Berthod pour Télérama. Ses propos concernant un concert de m’balax « pur et dur, hardcore, musicalement très élevé » de Pape Diouf au Thiossane, commencé à 2 heures du matin pour se terminer à 6 heures, m’ont donné envie d’être avec lui à ce moment-là. Mais, pour cela, encore faut-il être prêt à voyager par la musique à deux heures du matin en pays étranger.
Nos rencontres et nos soirées, tant que l’on en connaît, nous permettent de nous dispenser de ce genre de décalage horaire comme de ce genre de trajet à forte valeur ajoutée kilométrique, ou, au contraire, à les rechercher. Typiquement, ces rencontres et ces soirées à forte tendance musicale correspondent à cette période grosso modo située entre nos premières bouffées de chaleur dues à la préadolescence jusqu’ à leurs effets ou conclusions couronnées ou non de succès au début de l’âge adulte. Un âge adulte qui varie encore selon les individus mais qui débouche quand même à peu près toujours et sensiblement sur la même espèce de conclusions. Celles-ci consistent généralement à se retrouver dans le monde du travail, après avoir connu si possible quelques accouplements uniques ou répétés plus ou moins satisfaisants, plus ou moins secondaires, avec ou sans progéniture active, mais avec de la fatigue, quelques kilos et du ventre en trop. Et, aussi, pour certaines et certains, en ayant « attrapé » des addictions au passage.
Passé ce cap où l’on sort le soir comme l’ensemble des personnes de notre entourage et d’à peu près notre âge, il reste un noyau dur. Tant du côté des artistes que du côté de celles et ceux qui viennent les voir et les écouter. Celui pour lequel, la musique reste une matière indispensable. Pour laquelle, on acceptera de continuer de se déplacer qu’il s’agisse dans un festival, un concert ou, simplement, une médiathèque ou un fournisseur physique ou numérique d’accès à la musique.
Rodolphe Burger, Sofiane Saïdi et Mehdi Haddab sont des artistes et des personnes pour lesquelles la musique est une matière indispensable. Il ne s’agit pas d’une mode pour eux.
Sofiane Saïdi, Algérien, je l’ai découvert ce 15 décembre sur scène. Mehdi Haddab, je l’avais même croisé sur scène en faisant partie des figurants d’une pièce de théâtre à laquelle il participait en tant que musicien au Figuier blanc, à Argenteuil. Une version modernisée d’Othello avec le rappeur Disiz la Peste dans le rôle d’Othello, mais aussi avec l’acteur Denis Lavant et la musicienne Sapho et d’autres comédiens et danseurs. Mais Sofiane Saïdi, inconnu pour moi. Sur scène, au New Morning, ce 15 décembre, c’est lui qui rappellera la grande Cheikha Rimitti mais aussi que des personnes sont mortes en Algérie pour s’être exprimées au travers du Raï. Et, leur première partie, dont j’ai oublié le prénom et le nom, lui, rappellera Rachid Taha.
Rodolphe Burger, voix et guitare, c’est d’abord un Alsacien. Mais aussi le meneur ou l’un des meneurs du groupe Kat Onoma. C’est comme ça que j’avais entendu parler de Rodolphe Burger, la première fois. Dans les années 90-2000. Le titre Scie électrique m’avait particulièrement attiré. Rodolphe Burger ne chante pas tout à fait. Il « parle-chante » à la façon d’un Alain Bashung (ou d’un Serge Gainsbourg sans les excès de langage) que j’écoutais davantage dans les années 90-2000 et que j’étais allé voir en concert.
Je n’avais pas trop écouté les paroles chantées-parlées par Burger. C’était la musique, principalement, qui avait occupé mon attention. Après cet album intitulé Kat Onoma, je n’avais pas essayé d’en savoir plus sur Rodolphe Burger.
Puis, j’ai été surpris de tomber sur lui dans un des films de Rabah Ameur-Zaïmeche, un réalisateur dont j’ai vu la plupart des films au cinéma. Il devait s’agir du film Dernier maquis (2008) ou Les Chants de mandrin (2012). On y voyait Rodolphe Burger jouer seul de la guitare en plein désert. Un peu à la façon du titre White dans l’album Aura de Miles Davis.
Malgré cette surprise, je n’ai pas été plus curieux que ça envers Rodolphe Burger.
J’ai oublié ce qui s’est passé. La radio n’y est pour rien. Pas plus qu’un éventuel « tube » de Rodolphe Burger. Par contre, il y a quelques mois, j’ai emprunté l’album Before Bach qui date de 2004 dans lequel Rodolphe Burger, Erik Marchand, le chanteur breton et…Mehdi Haddab jouent ensemble sur plusieurs titres pour ne pas dire tous les titres de l’album.
Il suffit d’une circonstance, d’une rencontre, d’une soirée ou d’un titre pour qu’ensuite tout s’enclenche. Ce peut donc être cet album où le fait d’avoir vu une photo en noir en blanc de la musicienne Sarah Murcia, au Triton, aux Lilas, l’année dernière, puis d’avoir découvert ensuite sa reprise avec Rodolphe Burger du titre Billie Jean de Michaël Jackson qui m’a « rattrapé ».
Aujourd’hui, avec ses cheveux blancs, sa longévité, ses diverses traversées de par le monde, et son absence voire son silence dans les média qui font le buzz, je vois Rodolphe Burger comme une sorte d’Eric Tabarly. Un Tabarly qui continue de multiplier les projets sur les divers océans de la musique. Sa musique n’est pas gentille. Même si elle peut être douce et méditative, ou drôle et absurde, elle laisse aussi fermenter ses récifs qui se dirigent droit sur nous alors que l’on ne s’y attend pas.
Quitte à me contredire sur la « gentillesse », je vous invite aussi à écouter l’album Environs sorti en 2020. Pour l’instant, Lost & Looking (avec Sarah Murcia)et La Chambre (avec Christophe et Philippe Poirier) y sont mes titres préférés.
Il eut été regrettable de rater ce concert du 15 décembre au New Morning. Lequel était complet. Plutôt majoritairement masculin, d’une moyenne d’âge de 40-45 ans, il se trouvait un public féminin bien présent. Les trois artistes ont vraisemblablement attiré leurs publics conjoints et respectifs. La place de concert a coûté 40 euros.
En concert avec Pongo à la Cigale ce vendredi 18 novembre 2022.
Pongo m’était encore inconnue cet été. Dans mon entourage, personne ne la connaît. Cela a été pareil lorsque j’ai parlé récemment de l’humoriste Tania Dutel ( que j’ai envie d’aller revoir) ou de Hollie Cook. Trois femmes, chacune d’une trentaine d’années, plutôt émancipées. Je ne l’ai pas fait exprès.
C’est en écoutant le podcast Musicaline d’une poignée de minutes, il y a environ deux mois, que j’ai « découvert » Pongo. La journaliste racontait qu’à l’âge de 15 ans, Pongo avait fait un tube mondial, Wegue Wegue pour la FIFA. Mais son nom n’avait pas été crédité. J’ai écouté Wegue Wegue, tout à l’heure, le titre ne stimule pas ma mémoire. Il y a 15 ans, nous étions en 2007.
Après Wegue Wegue, durant une quinzaine d’années, Pongo a vécu de petits boulots afin de subvenir aux besoins de ses sœurs. ( Selon wikipédia, Pongo et sa famille auraient fui la guerre civile en Angola en venant vivre au Portugal. Cependant, quelques années après leur arrivée, son père aurait abandonné le foyer. Si cela est avéré, je l’ignorais lors du concert à la Cigale hier soir)
Un jour, Pongo s’est entendue chanter à la radio pour le titre Wegue Wegue. Cela l’aurait décidée à se remettre dans la musique.
Dans ce podcast daté du 31 mars 2022 où Pongo était surnommée La Guerrière du Kuduro, la journaliste louait son énergie ainsi que ses dansants mélanges musicaux.
Kuduro, le Semba ( musique angolaise), Zouk, Rap, Afrobeat, Dance Hall jamaïcain… quelques extraits de titres de Pongo avaient suivi :
Wegue Wegue, Bruxos, Doudou, Hey Linda…
La journaliste disait que Pongo était capable de faire « trois fois le tour du monde » dans une seule chanson.
Quelques jours plus tard, j’achetais son album, sorti cette année : Sakidila.
Je l’ai tout de suite aimé. Cela fait quelques années, maintenant, que le Kuduro a jailli. Et, même s’il a pu m’arriver de le côtoyer, je n’avais jamais pris le temps de l’écouter de près.
La musique de Pongo ne se cantonne pas au Kuduro. Puisqu’il y est question de mélanges. Mais son album me permet de m’y rendre en partie. Même si, au départ, en l’entendant chanter, je l’ai crue Nigériane car j’avais cru reconnaître l’Afrobeat de Fela pour la façon de chanter mais aussi une certaine agressivité dans le rythme. Si la musique de Hollie Cook berce, celle de Pongo, perce.
J’étais allé seul aux concerts de Zentone ( En concert avec Zentone à la Maroquinerie) et de HollieCook. Ce vendredi, j’ai invité deux amies, Zara et Tu piges ?! ou Tu Piges ?! et Zara à venir avec moi.
Deux à trois semaines plus tôt, Tu Piges ?! et un autre ami, Radio Langue de Pute, m’avaient expliqué qu’ils avaient pour habitude de partir à trois en concert avec une autre amie. Et qu’à tour de rôle, chacun faisait découvrir aux deux autres un artiste.
L’idée m’avait plu. Je l’ai assez rapidement mise en pratique avec le concert de Pongo. Car à trop attendre, certains projets ne se font pas. La preuve :
Comme j’avais un peu trop traîné pour acheter les places, il n’y en n’avait plus lorsque je me suis présenté dans cette chaine de magasins plus que connue pour vendre des produits culturels. Deux semaines avant le concert.
Je parle de cette chaine de magasins très connue qui ouvre aussi désormais le dimanche et qui figurait, lors du confinement dû à la pandémie du Covid, sur la liste des commerces essentiels. Tandis que les salles de concert, de théâtre, les salles de cinéma, les bibliothèques et les médiathèques municipales, les musées et les écoles avaient dû rester fermées pour raisons sanitaires ou nécessiter la présentation d’un passe sanitaire valide.
Je fais allusion à cette chaine de magasins qui vend aussi, maintenant, des produits électroménagers, en plus d’ordinateurs, de vélos électriques….
J’ai été bien contrarié lorsque la jeune vendeuse de cette chaine de magasins essentielle m’a appris qu’il n’y avait plus de places de concert disponibles quinze jours avant la date. J’avais trop attendu. Mais j’ai persisté à chercher.
Je suis tombé sur l’application Dice que je ne connaissais absolument pas. J’ai pu acheter trois places sur Dice, à 30 euros la place. Tout semblait en règle. J’ai même reçu une facture que j’ai imprimée. Mais cette transaction uniquement numérique me changeait de ce que j’avais toujours connu et de ce que je préfère :
Le contact humain. Même si on ne peut pas dire que le contact humain avec une vendeuse ou un vendeur de places de concert soit très souligné étant donné le nombre important de clients qu’ils voient défiler. Etant donné, aussi, le peu de plaisir qu’il peut y avoir dans le fait de répéter la tâche standardisée qui consiste à vendre des places de concert- ou du rêve- à un prix parfois élevé. Sans compter que, souvent sans doute, les vendeuses et vendeurs de places de concerts et de spectacles divers ont à répondre plusieurs fois aux mêmes questions comme si c’était la première fois que celles-ci leur étaient posées.
Je peux confirmer que Dice m’a permis de me rendre au concert de Pongo mais aussi d’y inviter Zara et Tu Piges ?! Radio Langue de pute ayant déjà prévu d’aller émettre dans une certaine région de France, il n’a pas pu venir avec nous cette fois-ci. J’ai donc fait profiter Zara de la place qui me restait.
Ce vendredi soir, avant de retrouver Tu Piges ?! et Zara à la cantine de la Cigale, cette fois, je suis allé acheter des protections auditives à la Baguetterie, un magasin de musique, rue Victor Massé. Même si, en le mentionnant, je fais là une forme de publicité, je la crois utilitaire pour des raisons sanitaires ainsi que musicales.
Ce vendredi, pour la première fois depuis que j’ai commencé à aller à des concerts, J’ai décidé de mettre le prix dans des protections auditives. Vu que j’ai envie de retourner à d’autres concerts. Et que j’ai besoin d’être près de la scène pour faire des photos.
Pour à peu près 50 euros, j’ai acheté les Fcking Loud 25 de la marque Crescendo que j’essayais pour la première fois et qui m’ont apporté un confort acoustique aussi étonnant que plaisant. A la fin du concert de Pongo, au bar de la Cigale, j’ai pu obtenir gratuitement des protections auditives. Mais celles que j’ai achetées protègent et mes oreilles et la qualité du son.
Il existe des protections auditives moins chères. Il existe un autre modèle, très recommandé, qui coûte environ 30 euros.
Lors du concert, dans la salle de la Cigale, ce qui m’a très vite étonné, c’est le nombre de femmes présentes. On aurait dit qu’il y avait plus de femmes que d’hommes à ce concert. Ou, que c’était peut-être une soirée entre femmes qui avait finalement « mâle tourné » puisqu’il se trouvait quand même des hommes.
Si j’ai remarqué que la moyenne d’âge générale du public se situait entre 20 et 30 ans, Tu Piges ?! et Zara m’ont ensuite dit avoir vu des spectateurs plus âgés. Mais pas dans la fosse où je me trouvais et où Tu Piges ?! a passé un peu de temps avec moi avant de retourner rejoindre Zara au balcon.
Je m’attendais aussi à rencontrer un public plus noir ou majoritairement noir. Cela a été l’inverse. Le public était majoritairement, et très largement, blanc. Et, si je poussais plus loin dans l’idée reçue, je dirais qu’à voir ce public blanc aussi présent au concert de Pongo, la preuve est à nouveau faite que la danse mais surtout certaines musiques se sont véritablement démocratisées et ne sont plus uniquement le « patrimoine » de communautés noires ou arabes. Comparativement aux années 80 ou 90 par exemple.
Je vais ici m’avancer à affirmer qu’une artiste comme Pongo, dans les années 80 ou 90 aurait sans doute compté un public plus « foncé ». Pour cela, je me fie à l’histoire de groupes comme Kassav’ par exemple, qui, lors de ses premiers concerts à Paris, avait gagné son succès grâce aux communautés noires présentes en France, en particulier antillaises et d’Outremer et sans doute aussi africaines ( lien vers mon compte-rendu sur le documentaire réalisé par Benjamin Marquet sur Kassav’ ). Au vu de la réussite par la suite de Kassav’ également dans des pays d’Afrique noire.
Et, je me rappelle aussi d’un concert du groupe de Reggae Black Uhuru à la fin des années 80, je crois, à l’Elysée Montmartre. Si j’avais finalement renoncé à profiter (une erreur de ma part ! ) de ma place que j’avais achetée et que j’avais très facilement revendue, je me rappelle d’avoir alors été étonné par la foule de Rastas ou de personnes en possédant certaines des caractéristiques majeures, en particulier les dreadlocks qui n’étaient pas là pour faire décoration.
Et, mon souvenir est que la foule que j’avais aperçue sur place devant la salle de concert était majoritairement et indiscutablement noire. Pour moi, qui suis noir, cela avait presque été un choc sociologique de me retrouver subitement devant un tel concentré de personnes noires. Au point que je m’étais demandé d’où sortaient tous ces « Rastas » que je voyais rarement, dans de telles proportions, dans ma vie ordinaire. Et où se cachaient-ils habituellement ? Dans des caves ?
Autre découverte hier soir : si, dans mon entourage, personne ne connaît Pongo, dans la salle, pleine, beaucoup de monde la connaissait. Ainsi que ses titres. La salle de concerts de la Cigale est une « petite » salle de concerts par comparativement à quelques paquebots sonores mais elle accueille néanmoins beaucoup plus de monde que certains bureaux de vote.
La première partie du concert a été assurée par le DJ Lazy Flaw. C’était plutôt plaisant. Mais on connaît le « principe » des premières parties. Ce n’est pas pour elles que l’on vient. Alors, on patiente poliment. Un peu comme si l’on attendait la fin d’un cours ou du ruisseau qui va nous mener à la mer en opinant de temps en temps. Par moments, on se dit même que ce n’est pas trop mal à condition, toutefois, que cela se termine bientôt. Ce qui a fini par arriver avec le DJ Lazy Flaw.
Après « l’entracte », les deux musiciens de Pongo sont arrivés tranquillement. D’abord la DJ et choriste, aussi élégante que discrète. Et le batteur, simple mais adéquat.
Pongo ? Son entrée sur scène a suffi pour capter l’attention de la salle. Je ne crois pas qu’elle avait commencé à chanter lorsqu’elle a produit cet effet. Elle est arrivée, elle a peut-être dit quelques mots. Tout le public était déjà branché sur elle.
Pongo a commencé par le titre Doudou. Lorsque j’écris « commencé », ce n’était pas juste chanter. Mais aussi danser, s’emparer de la scène et faire corps avec elle.
On ne peut pas rester indifférent lorsque l’on voit danser comme Pongo le fait. Si l’on aime la danse. Si, pour soi, danser, c’est se libérer, se défaire des regards, du découragement, se sensibiliser à la transe. Et projeter sa vitalité.
Un peu sur l’arrière scène, entre la DJ choriste et le batteur, il y avait une sorte de carré noir un peu surélevé sur lequel, plusieurs fois, Pongo est venue s’installer comme sur une machine à danser destinée à nous secouer et à promouvoir ce temps que nous allions passer ensemble.
Les titres étaient courts ou m’ont semblé courts mais pratiquement aucun n’a raté son sort. Nous attraper, nous faire danser. Pongo a régulièrement ponctué la fin de ses chansons de roucoulements et interpellé le public en l’appelant » La Famille ! « .
Un spectateur a remis un bouquet de fleurs à Pongo. Le public a manifesté son amour. Pongo a été très émue au point de pleurer un peu. Il m’a semblé que beaucoup de féministes étaient à la Cigale au concert de Pongo. A commencer par Zara et Tu Piges ?!
Vers la fin du concert, Pongo a invité le public à venir sur scène avec elle à deux reprises. Il y a eu foule à chaque fois. Entre les deux, Pongo est descendue dans la fosse pour chanter au milieu du public.
La seconde fois sur scène, avec tout ce public à nouveau venu la rejoindre, cela a été drôle de voir la tête d’un des agents de sécurité qui se serait bien passé de tout ce bordel.
Pongo a enlacé quelques spectatrices et spectateurs. Pongo a aussi fait intervenir deux danseuses, séparément mais aussi ensemble. Chacune avait de solides arguments. Personne, je crois, n’a contesté ce qu’elles avaient à dire et elles l’ont dit. Pongo, à côté, ne faisait pas de la figuration. Il lui suffisait d’un mouvement ou deux pour réaffirmer sa présence.
Le concert a été extraordinaire. Et, je suis d’autant plus content qu’il a beaucoup plu à Zara et à Tu Piges ?!
J’espère que cet article et mes photos contribueront à prolonger cette impression d’extraordinaire mais aussi à donner envie d’écouter Pongo ou de danser avec elle en concert.
Pour rendre compte au mieux avec mes photos de l’atmosphère du concert, il m’a semblé qu’il fallait, cette fois-ci, opter pour un diaporama. Et, j’ai choisi le titre Bruxos de Pongo qui est un de mes préférés et celui que j’avais en tête lorsque j’étais en quête des places de concert.
Les photos du concert viennent dans un certain désordre. J’ai délibérément évité de suivre la chronologie exacte du déroulement du concert. Je crois que c’est mieux comme ça et j’espère que cela vous plaira.